Après un temps de réflexion collective (marqué notamment par une contribution programmatique proposée au GSRL, mûrie entre l’école interne de Maintenon du GSRL les 27 et 28 mars 2026, et le mois de mai dernier), il y a du nouveau au programme RELIF !
Nous nous réjouissons vivement de vous convier à notre prochaine réunion du programme GSRL “Religion et Francophonie”, qui se tiendra le mardi 16 juin 2026 de14:00-16:30 salle 5.067, bâtiment recherche nord (5e étage), au Campus Condorcet (Aubervilliers).
Après le tour de table habituel, nous aurons le grand plaisir d’écouter Pascal Bourdeaux, directeur d’études à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (EPHE-PSL), par ailleurs co-responsable de ce programme de recherche GSRL.
Pascal Bourdeaux, directeur d’études à l’EPHE-PSL
Pascal Bourdeaux nous donnera l’occasion de revenir sur un ouvrage exceptionnel, qu’il a codirigé, à la croisée de l’histoire globale et de l’histoire connectée, réinterrogeant nos catégories à partir d’un décentrement à la fois géographique, culturel et postcolonial.
Le livre en question, La question laïque vue d’Asie : Regards croisés sur les relations États–Religions (De Gruyter, 2025) est un ouvrage collectif dirigé par Pascal Bourdeaux, Eddy Dufourmont, André Laliberté et Rémy Madinier.
Il examine la diversité des formes de laïcité et de sécularisme dans plusieurs sociétés asiatiques. L’ouvrage remet en question une conception exclusivement occidentale de la laïcité, souvent fondée sur l’expérience européenne et chrétienne. Les auteurs analysent les trajectoires historiques propres à des pays tels que l’Inde, le Japon, la Chine, Taïwan, l’Indonésie, le Vietnam et le Myanmar. Ils montrent que les relations entre l’État et les religions résultent de contextes culturels, linguistiques et politiques spécifiques.
Cet ouvrage, qui a été également traduit et publié en anglais, examine la diversité des États laïques à travers une pluralité de perspectives asiatiques et retrace leurs origines dans des trajectoires singulières, façonnées au fil des siècles par les traditions religieuses, les langues et les structures et interactions sociopolitiques. Ces études de cas décentrent et élargissent le débat sur la laïcité, en s’éloignant des références au christianisme comme cadre de référence pour appréhender le désenchantement du monde.
Les chapitres de ce livre analysent cette question dans des contextes nationaux en examinant la formation historique du lexique qui a défini le « séculier », l’« État laïque » et la laïcité. Cette approche implique de prendre en compte les langues vernaculaires modernes et leurs précédents dans les traditions écrites, souvent très anciennes. Cet ouvrage présente trois cadres d’interprétation : la modernité multiple, la variété de la laïcité et les typologies des États laïques postcoloniaux.
Un très riche grain à moudre que le professeur Pascal Bourdeaux nous présentera dans le cadre d’un exposé suivi d’une discussion.
Il y a des réunions qu’on organise longtemps à l’avance, dans le cadre d’un planning rigide ; d’autres qu’on prévoit à la dernière minute, en raison d’une opportunité à ne pas rater.
C’est dans ce dernier cadre qu’a été invité le professeur Filip Kraus (Olomouc, Palacky University, Prague, Faculty of Arts, dpt of Asian Studies). C’est peu de dire que personne ne fut déçu de l’occasion, tant la présentation passionnante de Filip Kraus a captivé l’assistance du programme GSRL “Religion et Francophonie”.
L’exposé présenté n’a pas comporté de lien direct avec la thématique spécifiquement francophone. En revanche, le volet de notre programme consacré aux dynamiques diasporiques a été abondamment traité au fil d’un exposé intitulé (en anglais) : History of Religious Freedom, Catholic Politics, and Diasporic Religious Groups in the Czech Republic (Histoire de la liberté religieuse, de la politique catholique, et des groupes religieux diasporiques dans la République thèque).
Dr Filip Kraus, GSRL, Campus Condorcet (France), 12 décembre 2024
Notre collègue tchèque a déployé son analyse, à partir d’une projection Powerpoint de grande qualité (émaillé de sources et caricatures d’époque), sur la base d’un long rappel historique qui a permis de saisir à quel point le processus de pluralisation religieuse, en République Tchèque, n’a pas été linéaire. Filip Kraus a minutieusement retracé l’histoire de ce processus, à partir des guerres hussites. La guerre de Trente ans, qui aurait décimé les 2/3 de la population (!) a laissé des marques durables.
La résolution de ce conflit de nature religieuse a été obtenu avec la paix de Westphalie (1648), qui marque la victoire du parti catholique. Depuis lors, le catholicisme a été, en quelque sorte, le maître du jeu religieux, jusqu’à une période communiste marquée par discrimination et même persécution violente, en dépit d’une relation en apparence apaisée avec le pouvoir.
Démographie catholique en République tchèque
La révolution de velours, en 1989, a ensuite marqué un tournant décisif, avec des effets sécularisants qui se sont poursuivis. Filip Kraus rappelle aussi que la société tchèque reste peu ouverte, en particulier à l’égard des religions non chrétiennes, mais aussi du pentecôtisme, peu représenté (quelques milliers d’adeptes).
Les communautés juives, très importantes à l’époque de l’Empire austro-hongrois, ont été confrontées à l’exclusion. Après 1945, la défiance religieuse à l’égard des minorités a évolué vers une forme de xénophobie culturelle, les Tchèques, majoritairement athées, manifestant souvent de forts sentiments anti-islamiques. Il est intéressant de noter que cette attitude ne s’étend pas aux religions comme le bouddhisme, l’hindouisme ou les religions plus animistes. Essentiellement, la société tchèque a des préjugés sur certaines religions tout en en tolérant d’autres.
Cette présentation nous a offert un passionnant aperçu du paysage religieux pluriel de la République tchèque, sur fond d’une sécularisation massive, ouvrant sur de nombreuses questions sur les liens avec la diaspora vietnamienne, chinoise notamment. 90.000 Chinois vivraient aujourd’hui en République tchèque. Le lien entre diaspora, religion et économie n’a pas été occulté.
Des questions se sont aussi posées sur la tension entre politique identitaire, patrimonielle, de la religion (Colonne Marian reconstruite le 15 août 2020 sur la Grand Place de Prague, éminent symbole catholique ; cimetière juif de Prague…) et politique d’influence, y compris via un “soft power” possiblement activé à partir des réseaux transnationaux (pagodes, mosquées, circulations évangéliques).
Après le tour de table habituel, et quelques ajustements techniques (merci Antoine Vermande), notre 9e réunion de programme de ce 19 juin 2024, co-organisée avec le programme « Laïcités, Religions et Politique » du GSRL, est entrée dans le vif du sujet, avec une présentation de l’orateur invité par Philippe Portier (photo ci-dessous).
Philippe Portier et Jacob Legault-Leclerc, GSRL, 19 juin 2024
Jacob Legault-Leclerc est doctorant en sociologie à la University of Waterloo et boursier doctoral Joseph-Armand-Bombardier (BÉSCD). Assistant de recherche en études quantitatives, il est présentement en visite doctorale à l’Institut de sciences sociales des religions de l’Université de Lausanne, d’où il est arrivé la veille en TGV. Sous la direction de Sarah Wilkins-Laflamme et Jörg Stolz, il rédige une thèse intitulée Transition séculière et transmission de la religion au Canada et en Europe : une analyse quantitative de la socialisation religieuse au sein de la famille. Il se spécialise dans l’étude statistique des religions à partir d’une approche sociologique.
Devant sept personnes en présentiel, nourri par un Powerpoint et relayé par la visioconférence, Jacob Legault-Leclerc a développé une passionnante analyse de l’effet de la socialisation parentale sur la transmission intergénérationnelle de la religion et du niveau de religiosité au Canada et en Europe (Italie, Finlande, Allemagne, Hongrie). Explicitant sa méthodologie et celle de son équipe, autour de l’enquête TORAG (Transmission of Religion Across Generations Project), il a commencé par rappeler que la difficulté de la transmission religieuse est sans doute un des éléments constitutifs de la sécularisation. Une large enquête internationale sur cinq pays, avec plus de 8400 répondants (interrogés par téléphone) permet d’y voir plus clair. En complément des données quantitatives récoltées et traitées, Jacob Legault-Leclerc souligne que des entretiens qualitatifs, via des familles en focus group, ont également été réalisés afin de mieux cerner les dynamiques intergénérationnelles à l’œuvre.
Il a détaillé les questions de recherche et les objectifs visés. Les deux principales questions sont les suivantes : quels sont les effets des profils religieux parentaux sur la transmission intergénérationnelle de la religiosité ? Quels sont les effets des profils religieux parentaux sur la transmission intergénérationnelle de la religiosité ? Quant aux objectifs détaillés, ils sont au nombre de quatre. Quantifier et comparer l’effet des mécanismes de socialisation. Brosser le portrait du changement intergénérationnel de la religiosité. Comparer le Canada à quatre pays européens. Et enfin, situer le cas canadien au sein de la vaste littérature scientifique produite sur ces enjeux de transmission.
Deux modèles : transition séculière / socialisation familiale
Détaillant très finement, diapositive après diapositive, les résultats principaux auxquels il est parvenu, grâce à une impressionnante maîtrise des techniques quantitatives couplée à un grand sens de la pédagogie visuelle, Jacob Legault-Leclerc a progressivement précisé dans quelle mesure les processus de transmission étudiés s’inscrivent dans un mouvement général, celui de la sécularisation. Cohorte après cohorte, d’une classe d’âge à l’autre, le degré de religiosité, et le taux de personnes religieuses tend à s’amenuiser, à des rythmes variables suivant les pays. Après avoir expliqué l’intérêt de deux approches théoriques différentes, et en réalité complémentaires, celle de la transition séculière, et celle de la socialisation familiale, il souligne cette constante : la même génération tend à conserver le même niveau de religiosité tout au long de la vie. En revanche, d’une génération à l’autre, on observe une baisse de la religiosité.
Entre pré-boomers, bébé boomers, génération X et milléniaux, on observe un déclin de l’affiliation religieuse. Quant à la substance de la croyance, 23% des milléniaux, au Canada, croient en un Dieu personnel, contre 40% au niveau des pré-boomers (données Canada 2021). De nombreuses études croisées, intégrant les variables des parents, grands-parents, proches, ainsi que celle du contexte socio-historique, et les différentes religions (catholicisme, islam, protestantisme mainline, évangélisme etc.) ont été présentées au fil de l’exposé. La comparaison européenne permet de montrer de nombreuses logiques de convergence Canada-Europe. On observe, globalement, une croissance généralisée de la non-socialisation religieuse provenant de la famille dans les pays étudiés. Ce qui n’empêche pas des disparités : par exemple, 70% des répondants qui ont deux parents avec une affiliation religieuse ont également une religion, au Canada. En Hongrie, le montant est de 90%, et en Italie, 51%.
Au total, on observe à la fois une tendance à la baisse de la religiosité, et aussi une tendance à l’homogénéisation du niveau de religiosité chez les plus jeunes. Le Canada apparaît par ailleurs, avec l’(ancienne) Allemagne de l’Est, comme un des pays où les jeunes se projettent le moins dans une transmission familiale religieuse future : 38% seulement des jeunes Canadiens répondent « oui » à la question, « si vous deviez avoir des enfants, est-ce que vous les éleveriez religieusement en 2021 ? » (photo ci-dessous).
Une riche discussion a suivi l’exposé, invitant à élargir le comparatisme, intégrer d’autres variables (quelle religion transmet-on ?), ou tenir compte des autres facteurs de transmission que la famille, notamment par les réseaux numériques et les pairs. Philippe Portier a également soulevé la question de l’hypothèse d’une recomposition du croire, avec en filigrane l’interrogation suivante : est-ce que la recomposition est-elle, ou non, un stade intermédiaire dans la transition séculière ? Autant de pistes à poursuivre, qui témoignent de la très grande richesse de l’exposé proposé par Jacob Legault-Leclerc.
Chères amies, chers amis du programme “Religions et Francophonie”,
Nous avons le plaisir de vous convier à la réunion n°9 du programme GSRL “Religion et Francophonie”, co-organisé avec le programme GSRL “Laïcités, Religions et politique(responsables : Philippe Portier, Denis Pelletier et Jean-Paul Willaime)
La séance aura lieu le mercredi 19 juin 2024 de 10H à 12H en salle 5.067 (5e étage du Bâtiment Recherche Nord, Campus Condorcet, Aubervilliers), avec Jacob Legault-Leclair comme orateur invité.
Jacob Legault-Leclair est doctorant en sociologie à la University of Waterloo et boursier doctoral Joseph-Armand-Bombardier (BÉSCD). Il est présentement en visite doctorale à l’Institut de sciences sociales des religions de l’Université de Lausanne où il y rédige sa thèse intitulée Transition séculière et transmission de la religion au Canada et en Europe : une analyse quantitative de la socialisation religieuse au sein de la famille.
Nous aurons le plaisir de l’écouter sur le sujet suivant :
La transmission religieuse au sein de la famille au Canada et en Europe. Constats démographiques et analyses sociologiques.
Cette présentation aura pour objectif d’analyser l’effet de la socialisation parentale sur la transmission intergénérationnelle de la religion et du niveau de religiosité au Canada et en Europe (Italie, Finlande, Allemagne, Hongrie).
En basant son analyse sur la théorie du remplacement par cohorte, Jacob Legault-Leclair va quantifier le changement intergénérationnel de religiosité. Cette présentation de données empiriques utilisera une base inédite tirée d’un sondage international – The Transmission of Religion Across Generations. Ainsi, il se propose de comparer, entre les pays, ce qui permet aux différentes familles de transmettre ou non leur religiosité d’une génération à l’autre. Il portera mon regard sur les conséquences de la pratique religieuse et de la socialisation lors de l’enfance.
Ce qui lui permettra de comparer la reproduction du religieux au sein de la famille et à travers différents pays en fonction des générations.
Un rapide tour de table précédera l’exposé, suivi d’un temps de questions.