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Programme RELIF (GSRL), compte-rendu de la réunion du 30 juin 2025

Notre 16e réunion du programme « Religion et Francophonie » s’est tenue, malgré la canicule, en ce lundi 30 juin 2025 entre 14H et 16H30 dans nos locaux du Campus Condorcet, avec douze participants, dont deux à distance (par visio), Sylvie Toscer-Angot et Jean-Paul Willaime, qui sont tous deux intervenus lors du temps de question.

Le tour de table habituel a permis un bref échange de nouvelles, avec notamment l’annonce de la parution du colloque franco-belge sur les mutations religieuses, aux éditions de l’Université de Bruxelles (sous la dir. de Philippe Portier et de Jean-Philippe Schreiber)

Puis ce fut le temps d’écouter notre invitée, Corinne Valasik, professeure extraordinaire à l’Institut Catholique de Paris (ICP) et directrice adjointe du Groupe Sociétés Religions Laïcités (EPHE-PSL / CNRS). Appuyée sur une présentation Powerpoint, elle a traité de l’enjeu des prêtres africains en France, du catholicisme et du postcolonial.

Corinne Valasik, directrice adjointe du GSRL

Fait peu connu, près de la moitié des prêtres actifs en France aujourd’hui seraient des prêtres étrangers, dont 80% d’Africains. Corinne Valasik souligne la médiatisation récente de ce phénomène, mais aussi la difficulté à se procurer des chiffres à jour : d’un diocèse à l’autre, le traitement des données n’est pas toujours le même, et les relevés transmis à Rome ne sont pas toujours répercutés vers la Conférence des Evêques de France.

Au-delà d’une certaine incertitude sur les montants précis, une chose est sûre : la tendance à la “mission en retour”, pour une durée déterminée (généralement sept ans) est massive, et interroge les imaginaires, les pratiques, le rapport à la liturgie, au corps, voire à la pastorale, non sans engendrer incompréhensions, choc culturel, difficultés diverses (solitude, voire suicide).

En arrière plan, c’est tout le passage d’un paradigme colonial à un paradigme postcolonial qui est posé. Explicitant avec soin et pédagogie ses outils, sa méthodologie, ses hypothèses, Corinne Valasik montre en quoi une forme de libération de la parole permet d’interroger les relations Nord-Sud et les enjeux d’interculturalité, de formation et d’accueil, avec des situations très diverses d’un diocèse à l’autre. De nombreux décalages sont ressentis et exprimés par les prêtres africains : la découverte de la retraite, de la sécurité sociale, des congés payés, d’un côté, mais aussi une certaine solitude, et un statut social du prêtre moins valorisé en France qu’en Afrique. L’usage de la langue française diffère en partie, les paroissiens jugeant parfois le français parlé par ces prêtres de “livresque”.

Corinne Valasik (ICP, GSRL), réunion RELIF du 30 juin 2025

De quoi amorcer un processus de créolisation implicite du clergé catholique en France, comme le souligne à un moment l’historien Denis Pelletier, dans la discussion.

Son échantillon d’enquête est copieux et diversifié : il comprend notamment 48 prêtres venus d’Afrique, soit en Fidei Donum (le fidei donum désigne, dans l’Église catholique, les prêtres diocésains envoyés en mission dans d’autres diocèses ou pays pour répondre à des besoins pastoraux. Ce terme est issu de l’encyclique Fidei Donum (1957) de Pie XII), soit prêtres étudiants, des prêtres religieux, des frères/prêtres missionnaires, et certains revenus en Afrique Des entretiens particulièrement longs, d’une durée de 4heures, sont enregistrés puis retranscrits, anonymisés et analysés.

Outre ces données, des religieuses africaines en France, mais aussi des religieuses françaises, ont été interrogées, sans compter une vingtaine de laïcs en entretiens (formels ou informels), une quinzaine de prêtres français, dont certains anciennement africains, des vicaires, etc. Au total, un corpus très riche, qui permet tirer des pistes d’analyses très étayées.

Ces pistes constituent non seulement une contribution à l’histoire contemporaine du catholicisme français et francophone, grâce à l’agentivité de prêtres africains qui tendent un miroir au catholicisme français. Mais elles représentent aussi une contribution importante à l’histoire connectée de l’Afrique et de l’Europe, entre paradigme postcolonial (l’imaginaire de l’Africain en position dominée laisse place à la figure du prêtre qui officie devant un public blanc) et paradigme néocolonial (invisibilisation partielle des prêtres africains, enjeu de la ponction démographique sur les clergés d’Afrique, question du racisme).

Pour compléter le panorama donné à partir d’une approche muséographique, Corinne Valasik a conclu son propos par un retour d’expérience sur sa visite du Humboldt Forum de Berlin, un ancien musée colonial qui a tenté de repenser sa muséographie sous un prisme postcolonial, s’éloignant du cabinet de curiosité, sans complètement y parvenir…. L’occasion d’une comparaison avec le Musée Royal d’Afrique Centrale de Tervuren, près de Bruxelles, qui a tenté également une mue similaire.

Un riche temps de questions a ensuite permis de prolonger de nombreuses pistes soulevées par Corinne Valasik, soulignant la forte dimension programmatique de son terrain de recherche. Grand merci à Corinne Valasik !

Réunion n°16, programme ReliF, 30 juin 2025 (invitation)

Nous nous réjouissons de vous convier à notre prochaine réunion du programme GSRL “Religion et Francophonie”, qui se tiendra le lundi 30 juin 2025 de 14H à 16H, en salle 5.067 (5e étage du Bâtiment Recherche Nord, Campus Condorcet, Aubervilliers)

Nous aurons le plaisir d’écouter Corinne Valasik, directrice adjointe du laboratoire GSRL et maître de conférences à l’Institut Catholique de Paris (ICP).

Corinne Valasik (GSRL) sur RFi

Le 25 mai 2023 sur RFI (photo), Corinne Valasik a passionné un très large auditoire autour du thème “Religieuses et prêtres africains en France: «de nouveaux missionnaires»?” Il faut dire que son terrain de recherche, mené tambour battant, est des plus passionnant.

Aussi est-ce avec beaucoup d’impatience que nous nous réjouissons, dans le cadre de nos réunions RELIF, de pouvoir écouter Corinne Valasik, puis échanger avec elle, autour du sujet des prêtres africains en France, catholicisme et enjeu postcolonial.

Sur 3000 prêtres étrangers en France, 80% sont africains

En France, nous dit-elle, la présence des prêtres africains est devenue un phénomène majeur au sein de l’Église catholique. Sur environ 3 000 prêtres étrangers exerçant dans le pays, 80 % sont originaires d’Afrique, soit près de 2 400 à 2 500 prêtres africains actuellement en mission sur le territoire français

Cette dynamique s’est fortement accélérée depuis les années 1990, principalement en raison de la baisse des vocations sacerdotales françaises, du vieillissement du clergé et de la sécularisation de la société, qui ont poussé les diocèses à renverser l’encyclique Fidei Donum de 1957. 

La majorité de ces prêtres viennent de pays francophones d’Afrique subsaharienne comme la République démocratique du Congo (RDC), le Burkina Faso, Madagascar, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Bénin, le Togo, le Sénégal, le Burundi et le Rwanda.

Ils jouent un rôle vital dans le catholicisme français, tout en posant de nouveaux défis d’intégration, de formation et de partenariat entre continents, notamment entre les Églises du Sud et du Nord.

Pour en savoir plus, et pour en discuter ensemble, venez nombreux écouter Corinne Valasik le 30 juin 2025 au GSRL !

Cliquer ici avec le Lien visio pour celles et ceux qui ne pourront pas venir.

Un tour de table précédera l’exposé, suivi d’un temps de questions. 

A bientôt !

Pascal et Sébastien