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Programme RELIF (GSRL), compte-rendu de la réunion du 22 septembre 2025

Notre 17e réunion du programme « Religion et Francophonie » s’est tenue, en ce lundi 22 septembre 2025 entre 14H et 17H00 dans nos locaux du Campus Condorcet, à l’écoute des passionnants travaux comparatistes de Mme Paule-Estelle Adjanba (Université de Nantes), qui nous a de surcroît régalés d’un excellent diaporama Powerpoint d’accompagnement (qu’elle nous communiquera bientôt).

Si la quantité des participants n’était pas tout à fait au rendez-vous (en cause, d’autres réunions au même horaire, et un mois de septembre chargé), la qualité était bien là en revanche , avec six participants très réactifs, dont deux à distance (par visio), Philippe Portier et Anne Ruolt, qui sont tous deux intervenus lors du temps de question.

Le tour de table habituel a permis un bref échange de nouvelles, avec notamment l’annonce de la venue, le 25 novembre prochain, de l’historien Jérémie Foa, qui interviendra lors d’une séance que nous co-organisons avec le laboratoire CESOR (le mardi de 16H à 18H). Plus d’infos à suivre bientôt !

Ce fut ensuite au tour de Paule-Estelle Adjanba de prendre la parole pour un exposé didactique très fouillé, nourri des travaux déployés dans sa thèse de doctorat de l’Université de Nantes (Faculté de Droit et des Sciences Politiques), soutenue le 28 juin 2024 (lien). Elle s’appuie sur une riche enquête de terrain, alimentée de nombreux entretiens (notamment avec le Bureau des cultes, en France, et la Direction générale des cultes, en Côte d’Ivoire, mais aussi des élus locaux, des acteurs religieux et éducatifs), et éclairée à la fois par le droit, les sciences politiques, et la sociologie historique.

Un principe constitutionnel commun, décliné différemment
(Paule Estelle Adjanba, 22 septembre 2025, GSRL)

Notre invitée commence par mettre en parallèle l’acceptation sociale généralisée, en Côte d’Ivoire, autour de la participation du président Ouattara à certaines rencontres religieuses, qui contraste avec les débats vifs et les critiques acerbes qui fusent lorsque le président Macron assiste à une messe présidée par le pape François au stade vélodrome de Marseille.

Laïcité de collaboration / La¨ïcité de séparation

Constitutionnellement laïques, les deux pays, la Côte d’Ivoire et la France, partagent, en apparence, un même référentiel. Mais ils ne perçoivent pas la laïcité de la même manière. Société très peu sécularisée, imprégnée par un rapport à la religion non dissocié du reste de la réalité sociale, la Côte d’Ivoire est aussi héritière d’une histoire de collaboration coloniale entre colons français et religions. Elle interprète et applique une laïcité qui s’apparente à une laïcité de collaboration avec les religions. Ce modèle diffère à bien des égards, de la laïcité de séparation française, même si certains croisements s’opèrent, d’autant que suivant les périodes et les aides géographiques (hexagone, outre-mer), la France n’a pas une application univoque de la laïcité.

Le rôle de la chronologie (décolonisation) et du contexte local (une société profondément religieuse, composée d’au moins 60 ethnies différentes) est souligné, pour expliquer des écarts qui interrogent, en creux, les modèles de régulation des deux pays. En Côte d’Ivoire, c’est un pragmatisme qui domine, mais aussi un souci d’équidistance entre les cultes, d’arbitrage et de dialogue, sans séparation.

22 septembre 2025, Campus Condorcet (GSRL)

En France, la séparation, en principe, est de règle, même si, de facto, ce n’est pas forcément le cas. Le financement des religions, en Côte d’Ivoire, est explicité, au grand jour. Il est accepté, même s’il soulève certains enjeux en matière d’instrumentalisation et de clientélisme. Il apparaît normal de rencontrer les représentants des différentes confessions religieuses, et le mariage coutumier (largement imprégné de religion traditionnelle) reste central, au point qu’en 2019, on a supprimé les sanctions pénales jusque-là prévues lorsque le mariage coutumier passe avant le mariage civil.

Quant aux jours fériés en Côte d’Ivoire, ils sont ouverts à toutes les religions, conformément au pluralisme et à la diversité religieuse du pays. Le question de la langue française, et de l’usage du mot “laïcité”, n’a pas été éludée, avec l’enjeu, aujourd’hui, de reformuler, à partir des expressions de la population ivoirienne, cette “laïcité”. Quel mot retenir ? Et quels contenus juridiques adosser à la notion ?

Une des conclusions de Paule-Estelle Adjanba est qu’il n’existe pas encore de formalisation juridique opérante de la laïcité constitutionnelle. Cette dernière n’est pourtant pas sans effets, notamment en matière de non-discrimination, mais elle souffre d’un manque de traduction dans le droit et la jurisprudence, à partir des réalités ivoiriennes.

N’hésitant pas à esquisser des propositions programmatiques, elle ouvre des pistes pour prévenir les risques du clientélisme politico-religieux. Des enjeux d’autant plus vivaces que la société ivoirienne fut marquée, en 2010-2011, par un conflit interne à fort caractère politico-religieux, attisé par une fièvre prophétique qui a fracturé la société.

Un riche temps de questions, portant en particulier sur le contexte ivoirien (ses religions, l’enjeu sectaire, le poids discret de la franc-maçonnerie) et sur le régime de laïcité en jeu (Philippe Portier) ont conclu une séance très stimulante. Grand merci Paule Estelle Adjanba, et “tout de bon” pour la publication de cette passionnante thèse de doctorat.

Programme RELIF (GSRL), compte rendu de la réunion du 19 juin 2024

Après le tour de table habituel, et quelques ajustements techniques (merci Antoine Vermande), notre 9e réunion de programme de ce 19 juin 2024, co-organisée avec le programme « Laïcités, Religions et Politique » du GSRL, est entrée dans le vif du sujet, avec une présentation de l’orateur invité par Philippe Portier (photo ci-dessous). 

Philippe Portier et Jacob Legault-Leclerc, GSRL, 19 juin 2024

Jacob Legault-Leclerc est doctorant en sociologie à la University of Waterloo et boursier doctoral Joseph-Armand-Bombardier (BÉSCD). Assistant de recherche en études quantitatives, il est présentement en visite doctorale à l’Institut de sciences sociales des religions de l’Université de Lausanne, d’où il est arrivé la veille en TGV. Sous la direction de Sarah Wilkins-Laflamme et Jörg Stolz, il rédige une thèse intitulée Transition séculière et transmission de la religion au Canada et en Europe : une analyse quantitative de la socialisation religieuse au sein de la famille. Il se spécialise dans l’étude statistique des religions à partir d’une approche sociologique.

Devant sept personnes en présentiel, nourri par un Powerpoint et relayé par la visioconférence, Jacob Legault-Leclerc a développé une passionnante analyse de l’effet de la socialisation parentale sur la transmission intergénérationnelle de la religion et du niveau de religiosité au Canada et en Europe (Italie, Finlande, Allemagne, Hongrie). Explicitant sa méthodologie et celle de son équipe, autour de l’enquête TORAG (Transmission of Religion Across Generations Project), il a commencé par rappeler que la difficulté de la transmission religieuse est sans doute un des éléments constitutifs de la sécularisation. Une large enquête internationale sur cinq pays, avec plus de 8400 répondants (interrogés par téléphone) permet d’y voir plus clair. En complément des données quantitatives récoltées et traitées, Jacob Legault-Leclerc souligne que des entretiens qualitatifs, via des familles en focus group, ont également été réalisés afin de mieux cerner les dynamiques intergénérationnelles à l’œuvre. 

Il a détaillé les questions de recherche et les objectifs visés. Les deux principales questions sont les suivantes : quels sont les effets des profils religieux parentaux sur la transmission intergénérationnelle de la religiosité ? Quels sont les effets des profils religieux parentaux sur la transmission intergénérationnelle de la religiosité ? Quant aux objectifs détaillés, ils sont au nombre de quatre. Quantifier et comparer l’effet des mécanismes de socialisation. Brosser le portrait du changement intergénérationnel de la religiosité. Comparer le Canada à quatre pays européens. Et enfin, situer le cas canadien au sein de la vaste littérature scientifique produite sur ces enjeux de transmission.

Deux modèles : transition séculière / socialisation familiale

Détaillant très finement, diapositive après diapositive, les résultats principaux auxquels il est parvenu, grâce à une impressionnante maîtrise des techniques quantitatives couplée à un grand sens de la pédagogie visuelle, Jacob Legault-Leclerc a progressivement précisé dans quelle mesure les processus de transmission étudiés s’inscrivent dans un mouvement général, celui de la sécularisation. Cohorte après cohorte, d’une classe d’âge à l’autre, le degré de religiosité, et le taux de personnes religieuses tend à s’amenuiser, à des rythmes variables suivant les pays. Après avoir expliqué l’intérêt de deux approches théoriques différentes, et en réalité complémentaires, celle de la transition séculière, et celle de la socialisation familiale, il souligne cette constante : la même génération tend à conserver le même niveau de religiosité tout au long de la vie. En revanche, d’une génération à l’autre, on observe une baisse de la religiosité. 

Entre pré-boomers, bébé boomers, génération X et milléniaux, on observe un déclin de l’affiliation religieuse. Quant à la substance de la croyance, 23% des milléniaux, au Canada, croient en un Dieu personnel, contre 40% au niveau des pré-boomers (données Canada 2021). De nombreuses études croisées, intégrant les variables des parents, grands-parents, proches, ainsi que celle du contexte socio-historique, et les différentes religions (catholicisme, islam, protestantisme mainline, évangélisme etc.) ont été présentées au fil de l’exposé. La comparaison européenne permet de montrer de nombreuses logiques de convergence Canada-Europe. On observe, globalement, une croissance généralisée de la non-socialisation religieuse provenant de la famille dans les pays étudiés. Ce qui n’empêche pas des disparités : par exemple, 70% des répondants qui ont deux parents avec une affiliation religieuse ont également une religion, au Canada. En Hongrie, le montant est de 90%, et en Italie, 51%.

Au total, on observe à la fois une tendance à la baisse de la religiosité, et aussi une tendance à l’homogénéisation du niveau de religiosité chez les plus jeunes. Le Canada apparaît par ailleurs, avec l’(ancienne) Allemagne de l’Est, comme un des pays où les jeunes se projettent le moins dans une transmission familiale religieuse future : 38% seulement des jeunes Canadiens répondent « oui » à la question, « si vous deviez avoir des enfants, est-ce que vous les éleveriez religieusement en 2021 ? » (photo ci-dessous).

Une riche discussion a suivi l’exposé, invitant à élargir le comparatisme, intégrer d’autres variables (quelle religion transmet-on ?), ou tenir compte des autres facteurs de transmission que la famille, notamment par les réseaux numériques et les pairs. Philippe Portier a également soulevé la question de l’hypothèse d’une recomposition du croire, avec en filigrane l’interrogation suivante : est-ce que la recomposition est-elle, ou non, un stade intermédiaire dans la transition séculière ? Autant de pistes à poursuivre, qui témoignent de la très grande richesse de l’exposé proposé par Jacob Legault-Leclerc.

Réunion n°9 programme ReliF, 19/06/2024 (invitation)

Chères amies, chers amis du programme “Religions et Francophonie”,

Nous avons le plaisir de vous convier à la réunion n°9 du programme GSRL “Religion et Francophonie”, co-organisé avec le programme GSRL “Laïcités, Religions et politique (responsables : Philippe Portier, Denis Pelletier et Jean-Paul Willaime)

La séance aura lieu le mercredi 19 juin 2024 de 10H à 12H en salle 5.067 (5e étage du Bâtiment Recherche Nord, Campus Condorcet, Aubervilliers), avec Jacob Legault-Leclair comme orateur invité.

Jacob Legault-Leclair est doctorant en sociologie à la University of Waterloo et boursier doctoral Joseph-Armand-Bombardier (BÉSCD). Il est présentement en visite doctorale à l’Institut de sciences sociales des religions de l’Université de Lausanne où il y rédige sa thèse intitulée Transition séculière et transmission de la religion au Canada et en Europe : une analyse quantitative de la socialisation religieuse au sein de la famille.

Nous aurons le plaisir de l’écouter sur le sujet suivant :

La transmission religieuse au sein de la famille au Canada et en Europe. Constats démographiques et analyses sociologiques.

Cette présentation aura pour objectif d’analyser l’effet de la socialisation parentale sur la transmission intergénérationnelle de la religion et du niveau de religiosité au Canada et en Europe (Italie, Finlande, Allemagne, Hongrie).

En basant son analyse sur la théorie du remplacement par cohorte, Jacob Legault-Leclair va quantifier le changement intergénérationnel de religiosité. Cette présentation de données empiriques utilisera une base inédite tirée d’un sondage international – The Transmission of Religion Across Generations. Ainsi, il se propose de comparer, entre les pays, ce qui permet aux différentes familles de transmettre ou non leur religiosité d’une génération à l’autre. Il portera mon regard sur les conséquences de la pratique religieuse et de la socialisation lors de l’enfance.

Ce qui lui permettra de comparer la reproduction du religieux au sein de la famille et à travers différents pays en fonction des générations.

Un rapide tour de table précédera l’exposé, suivi d’un temps de questions. 

Venez nombreux ! 

Pascal et Sébastien

 

Programme RELIF (GSRL), compte rendu de la réunion du 26.01.2024

 

Après l’aide technique précieuse d’Antoine Vermande pour l’installation de la visio (qui a bénéficié à quatre personnes connectées), la quatrième séance du programme Religion et Francophonie (RELIF) a commencé, comme à l’habitude, par un tour de table. Les huit personnes en présentiel, et les quatre personnes qui participent en distantiel, se sont présentées. L’occasion a permis d’échanger sur travaux en cours, retours de voyage et publications en perspective, tout en faisant connaissance avec de nouveaux participant.e.s.

Puis les organisateurs remercient vivement Fatiha Kaoues (CNRS, GSRL), discutante, et Julien Argoud, doctorant CERI/ScPo (sous la direction de Philippe Portier et Stéphane Lacroix)  (en 2e année de thèse) qui a accepté, après quatre mois de terrain sur place au Maroc, de nous partager ses travaux en cours, avec l’intitulé suivant :  « Comprendre la restructuration du champ chrétien au Maroc à la lumière de la conversion de l’islam au christianisme »

L’orateur commence à poser des éléments de contexte, notamment la présence significative (mais non quantifiable précisément) de Marocaines et Marocains chrétiens. Il pointe aussi l’interdiction du prosélytisme, et l’incompatibilité de principe entre la citoyenneté marocaine et la religion chrétienne. On peut être Marocain et musulman, éventuellement Marocain et juif, mais il n’est pas possible d’être Marocain et chrétien. Dans le cadre d’un “islam du juste milieu” (al wassatiya), la répression contre les convertis n’est cependant pas intense (même si on note quelques arrestations), dès lors qu’une certaine discrétion est affichée par les chrétiens marocains. Il évoque aussi ses sources, notamment (pour le moment) 24 entretiens avec d’anciens musulmans marocains convertis au christianisme, au Maroc et en France.

Julien Argoud développe ensuite un approche appuyée sur une logique d’échelle.

A l’échelle micro, celle de l’individu, il explique les différentes motivations qui peuvent présider à une conversion chrétienne, sans oublier le rôle des technologies (radio, il y a trente ans, réseaux sociaux d’internet aujourd’hui). Quelles sont les conséquences dans la vie des converti.e.s, dans un contexte où seul l’islam est ouvertement pratiqué par la population marocaine ?

A l’échelle méso, il aborde ensuite le rapport entre enjeu de la conversion chrétienne, les  institutions chrtétiennes officielles au Maroc (Eglise catholique, Eglise Evangélique (EEM), et les organisations chtétiennes non officielles au Maroc.

Il signale l’existence d’organisations officieuses d’Eglises marocaines de maison, dont les deux principales sont la Confédération des chrétiens marocains (tournée vers l’extérieur) et l’union des chrétiens marocains (qui repose sur le soutien local des fidèles, et qui lutte pour la reconnaissance).

Enfin, à l’échelle macro, Julien Argoud traite des relations entre les institutions, l’Etat et les acteurs confessionnels internationaux, avec une influence de la langue anglaise, de plus en plus pratiquée (en particulier dans la Confédération des chrétiens marocains). Les jeux de passage entre arabe dialectal, langue française et langue anglaise sont évoqués.

Un exposé passionnant qui a suscité de très riches échanges

 

Fatiha Kaoues (CNRS, GSRL), discutante (en visio), a ensuite poursuivi la réflexion par une reprise critique très stimulante qui a notamment ouvert de fructueuses pistes de comparaison avec l’Algérie voisine (et sa loi de 2006 sur le prosélytisme). De nombreuses questions ont suivi, réagissant aux multiples pistes soulevées par Julien Argoud (phénomène des “Eglises de café”, notamment, enjeu de la théologie politique, conflits de loyauté, place des femmes, etc.). Des questions et échanges très nourris, qui  témoignent de la richesse des travaux présentés par Julien Argoud.