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Programme RELIF (GSRL), compte-rendu de la réunion du 16 juin 2026

Organisée ce mardi 16 juin 2026, la 21e réunion du programme « Religion et Francophonie » s’est tenue entre 14H et 16H45 dans nos locaux du Campus Condorcet (salle 5.067, bâtiment Recherche Nord). 

Elle s’est comme d’habitude déroulée en mode hybride, toujours grâce à l’aide technique d’Antoine Vermande que nous remercions. La réunion a été jumelée avec le dernier séminaire EPHE-PSL de l’année 2025-26 consacré au modernisme bouddhique (directeur d’études, Pascal Bourdeaux).

Outre celles et ceux qui ont suivi à distance, la réunion a rassemblé une douzaine de participantes et participants en présentiel, autour d’un présentation particulièrement passionnante.

Pour commencer, le tour de table habituel a permis un échange de nouvelles, avant de laisser la parole à Pascal Bourdeaux (directeur d’études à l’EPHE/GSRL). Il nous a donné l’occasion de revenir sur un ouvrage collectif exceptionnel, qu’il a codirigé, à la croisée de l’histoire globale et de l’histoire connectée, réinterrogeant nos catégories à partir d’un décentrement à la fois géographique, culturel et postcolonial. Le livre en question s’intitule La question laïque vue d’Asie : Regards croisés sur les relations États–Religions (De Gruyter, 2025). Il a été dirigé par Pascal Bourdeaux, Eddy Dufourmont, André Laliberté et Rémy Madinier.

Pascal Bourdeaux, directeur d’études à l’EPHE-PSL

Pascal Bourdeaux rappelle le long processus qui a précédé cet ouvrage. Amorcée par une journée d’études en 2012, puis par un colloque international en 2014, et un second colloque international en 2018, la réflexion collective s’est déployée sur une décennie au service d’une exigence épistémologique jamais démentie : combiner sémantique historique, études croisées, pluri-disciplinaires, autour des enjeux de régulation du religieux, pour avancer sur une approche, alors particulièrement novatrice, de laïcité comparée, loin des visions occidentalistes trop réductrices. L’idée est de « faire dialoguer des systèmes très différents », non sans s’inspirer de la veine des Global studies. 

Une boîte à l’outil sur la laïcité, appliquée au champ asiatique

Après avoir détaillé l’itinéraire scientifique qui a abouti à un premier ouvrage en anglais (2022), puis à l’ouvrage en langue française (2025), Pascal Bourdeaux entre dans le « cœur du réacteur », à savoir les contenus rassemblés dans La question laïque vue d’Asie. André Laliberté, Pascal Bourdeaux, Eddy Dufourmont, Rémy Madinier ouvrent le bal avec une introduction qui pointe la question des « mots, concepts et pratiques » (p.1 à 18 ; André Laliberté évoque et analyse ensuite les « Modernités multiples enchevêtrées et diversité des États laïcs », en référence, notamment, aux travaux de Schmuel Eisenstadt (p.19 à 44).

Jean Baubérot poursuit par un cadrage stimulant sur « Laïcité, sécularisme, sécularisation : Quelques hypothèses concernant l’Asie . . . et ailleurs » (p. 45 à 62). Pascal Bourdeaux souligne la fécondité du cadre théorique forgé par Jean Baubérot, dont la souplesse typologique (sept modèles) a servi de boîte à outil conceptuelle sur les terrains asiatiques étudiés. Peter Van der Veer propose, du haut de sa longue expérience, une approche synthétique sur la laïcité en Asie (p. 63 à 74), passant ensuite le relai à Rémy Madinier qui s’interroge : « Le Pancasila en Indonésie : une « laïcité religieuse » menacée ? » (p.75-94).

A partir du passionnant dossier du paléo-hindouisme à Bali, Michel Picard creuse ensuite la question suivante « Religion, sécularisation et contre-sécularisation à Bali » (p.95 à 118). Le cas vietnamien, ausculté par Pascal Bourdeaux, permet de mettre en lumière la fécondité heuristique d’une historicisation des modèles de laïcité, période par période (p.119 à 150). Aminah Mohammad-Arif revient ensuite sur le modèle de régulation indien, entre « originalité et limites » (p. 151 à 168), avant qu’Eddy Dufourmont ne traite de la laïcisation du Japon moderne (p.169 à 192). A front renversé, Ji Zhe s’interroge, après le dossier japonais, sur le regard porté depuis la Chine sur la laïcité française au début du XXe siècle (p. 193 à 218). Dans une contribution originale, qui a été rajoutée par rapport à l’édition de 2022 (De Gruyter) en anglais, André Laliberté se penche sur la « laïcité sinisée de Taïwan » (p.219-244), avant que Bénédicte Brac de la Perrière ne ferme le ban avec une réflexion sur la religion en tant qu’enjeu de transition politique en Birmanie, entre sécularisme autoritaire et projet de nationalisme religieux bouddhiste (p. 245-270). 

En restituant les apports de chaque chapitre, Pascal Bourdeaux souligne combien l’enjeu de la retraduction en français n’a pas été de tout repos : un « territoire circulatoire des concepts » se dessinerait ainsi, les notions se voyant traduites, retravaillées, et renvoyées en boomerang.

La mise en perspective d’Alexis

Alexis, étudiant de Pascal Bourdeaux, a ensuite pris la parole pour relancer la discussion, à partir d’une fiche de lecture réalisée sur l’ouvrage, et présentée dans le cadre du séminaire EPHE de Valentine Zuber. Il salue le « liant » apporté par la typologie des laïcités de Jean Baubérot, et pointe des pistes d’élargissement à d’autres terrains asiatiques, comme l’Iran, le Pakistan, la Corée du Sud, ce qui pourrait permettre à cet ouvrage fondamental de devenir un manuel de synthèse sur la question, pour toute l’Asie.

Alexis note aussi l’intérêt de découvrir, dans l’ouvrage, des débats et des perspectives parfois divergentes, signalant ainsi la liberté académique qui a nourrit l’ensemble du projet. André Laliberté, ainsi, ne considère pas la Chine ou le Vietnam comme laïques, alors que Jean Baubérot, au contraire, estime que ces deux terrains relèvent bien de la laïcité, mais d’une laïcité antireligieuse. 

Un copieux temps de questions a prolongé l’exposé à deux voix présenté par Pascal et Alexis. Les deux intervenants ont répondu avec détail et précision aux remarques et observations faites. L’enjeu de la circulation et de la transitivité des notions a nourri des échanges animés, tout comme la perspective d’élargir par un comparatisme Sud-Sud entre l’Asie et l’Afrique (cf. l’ouvrage collectif L’Afrique des laïcités: Etat, religion et pouvoirs au Sud du Sahara, 2014 ).

Théologie vs Cosmologie

Le point aveugle de l’approche juridique et constitutionnelle a été également évoqué, tout comme la question du monothéisme des valeurs (Max Weber). L’occasion, pour Pascal Bourdeaux, de pointer le fait que le divin n’est pas forcément un prérequis de la discussion, proposant de faire jouer la tension entre « théologie » et « cosmologie ». Passionnant !

De riches échanges, un auditoire attentif et réactif

La discussion a également relevé l’intérêt de distinguer la laïcité, dans ses diverses déclinaisons, d’autres régimes de régulation, comme la religion civile (dossier japonais), le nationalisme religieux (dossier birman), le sécularisme anti-religieux (dossier mongol communiste). Le projet de dictionnaire sur les notions, cultivé par le grand programme RELIGIS, ne manquera pas, souligne Pascal Bourdeaux, de se saisir de ces enjeux. 

Bien des pistes passionnantes à poursuivre dans le cadre d’une histoire globale et connectée marquée aujourd’hui par les effets « boomerang » de la mondialisation postcoloniale et de nouvelles dynamiques Sud-Sud.

Grand merci Pascal Bourdeaux et Alexis ! 

Réunion n°21, programme RELIF, invitation (Pascal Bourdeaux)

Après un temps de réflexion collective (marqué notamment par une contribution programmatique proposée au GSRL, mûrie entre l’école interne de Maintenon du GSRL les 27 et 28 mars 2026, et le mois de mai dernier), il y a du nouveau au programme RELIF !

Nous nous réjouissons vivement de vous convier à notre prochaine réunion du programme GSRL “Religion et Francophonie”, qui se tiendra le mardi 16 juin 2026 de14:00-16:30 salle 5.067, bâtiment recherche nord (5e étage), au Campus Condorcet (Aubervilliers). 

Après le tour de table habituel, nous aurons le grand plaisir d’écouter Pascal Bourdeaux, directeur d’études à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (EPHE-PSL), par ailleurs co-responsable de ce programme de recherche GSRL.

Pascal Bourdeaux, directeur d’études à l’EPHE-PSL

Pascal Bourdeaux nous donnera l’occasion de revenir sur un ouvrage exceptionnel, qu’il a codirigé, à la croisée de l’histoire globale et de l’histoire connectée, réinterrogeant nos catégories à partir d’un décentrement à la fois géographique, culturel et postcolonial.

Le livre en question, La question laïque vue d’Asie : Regards croisés sur les relations États–Religions (De Gruyter, 2025) est un ouvrage collectif dirigé par Pascal Bourdeaux, Eddy Dufourmont, André Laliberté et Rémy Madinier.


Il examine la diversité des formes de laïcité et de sécularisme dans plusieurs sociétés asiatiques.
L’ouvrage remet en question une conception exclusivement occidentale de la laïcité, souvent fondée sur l’expérience européenne et chrétienne.
Les auteurs analysent les trajectoires historiques propres à des pays tels que l’Inde, le Japon, la Chine, Taïwan, l’Indonésie, le Vietnam et le Myanmar.
Ils montrent que les relations entre l’État et les religions résultent de contextes culturels, linguistiques et politiques spécifiques.

Cet ouvrage, qui a été également traduit et publié en anglais, examine la diversité des États laïques à travers une pluralité de perspectives asiatiques et retrace leurs origines dans des trajectoires singulières, façonnées au fil des siècles par les traditions religieuses, les langues et les structures et interactions sociopolitiques. Ces études de cas décentrent et élargissent le débat sur la laïcité, en s’éloignant des références au christianisme comme cadre de référence pour appréhender le désenchantement du monde.

 

Les chapitres de ce livre analysent cette question dans des contextes nationaux en examinant la formation historique du lexique qui a défini le « séculier », l’« État laïque » et la laïcité. Cette approche implique de prendre en compte les langues vernaculaires modernes et leurs précédents dans les traditions écrites, souvent très anciennes. Cet ouvrage présente trois cadres d’interprétation : la modernité multiple, la variété de la laïcité et les typologies des États laïques postcoloniaux.

Un très riche grain à moudre que le professeur Pascal Bourdeaux nous présentera dans le cadre d’un exposé suivi d’une discussion.

Qu’on se le dise, venez en nombre !

 









 









 

Programme RELIF (GSRL), compte-rendu de la réunion du 11 février 2026

Coorganisée avec l’axe transversal GSRL «Interactions et créativités religieuses ». que nous remercions vivement, notre 19e réunion du programme « Religion et Francophonie » s’est tenue, en ce mercredi 11 février 2026, entre 14H et 16H30 dans nos locaux du Campus Condorcet (salle 5.067, bâtiment Recherche Nord).

Le tour de table habituel a permis un échange de nouvelles, notamment pour signaler le tout prochain colloque “Piétisme et éducation”, dont le GSRL est un des organisateurs (lien), ainsi qu’un colloque sur le bouddhisme en France prévu le 26 juin 2026. Puis ce fut l’opportunité d’écouter Dr Zuzana Bártová ,senior lecturer à l’Université de Bohème du Sud (University of South Bohemia, České Budějovice), qui effectue actuellement un séjour de recherche en France dans le cadre d’Erasmus. 


Devant une salle bien remplie, complétée par un public qui a suivi en distantiel (près de 20 personnes au total), Zuzana Bártová nous a fait partager avec brio quelques éléments de recherche issus de sa thèse de doctorat (Université de Strasbourg), disponible par ailleurs en ligne en accès intégral (lien).

Le titre de son exposé : “Le style de vie bouddhiste et ses valeurs, le cas des pratiquants bouddhistes en France et en République tchèque”.

Zuzana Bártová nous présente ses recherches

Appuyée par une projection Powerpoint (merci Antoine Vermande pour le support technique), Zuzana Bártová a commencé par préciser qu’elle je travaille pas sur tous les pratiquants du bouddhisme, mais qu’elle se concentre sur le bouddhisme de convertis, c’est-à-dire des personnes dépourvues d’héritage culturel bouddhiste.

Sa perspective s’ancre sur un double terrain, en France (avec Soka Gakkai France, Bodhicarya France, association Zen international) et en République tchèque (diamond way et la soto zen CR). Elle aborde successivement, après des éléments d’introduction, des références théoriques pour aborder le religieux dans la culture de consommation, puis des éclairages méthodologiques sur ses terrains; elle poursuit en détaillant “les valeurs bouddhistes dans le religieux vécu”, terminant, dans un cinquième et dernier point, par les valeurs bouddhistes dans la culture de consommation.

Une précieuse mise en perspective bibliographique et théorique permet de parfaitement cadrer le sujet, avec des références comme McMahan (l’éthique de l’authenticité), Liogier et Cirklova (valeurs post-matérialistes), BMcKenzie 2013, Carrette et King, 2005, Mitchell, 2012 (débat autour du bouddhisme discrédité par sa commercialisation), et Gauthier et alii, 2013, 2020 (Le religieux dans la culture de consommation). S’appuyant sur une approche de “cosmopolitisme théorique” qui part du présupposé que les congruences transnationales sont plus importantes que les particularismes nationaux, elle souligne l’importance d’items comme le bonheur, le choix, l’authenticité, et une approche du religieux comme ressource identitaire et style de vie. Elle observe, entre la France et la République tchèque, des expériences similaires, montrant davantage de ressemblances que de différences.

“Une note bouddhiste commune, des timbres différents”

Ses matériaux empiriques, nourris d’une observation participante déployée entre 2010 et 2013, montrent un rapport très réflexif à la culture de la consommation, avec un accent sur l’amélioration de soi, la libération par rapport aux états émotionnels, le bien-être. « j’ai pas à me plaindre, à transformer oui, mais pas à plaindre » (Bernard, pratiquant de la Soka Gakkai, France). Elle observe “une note bouddhiste commune”, avec des “timbres différents” suivants les bouddhismes pratiqués.

Un exposé très riche qui a nourri beaucoup de questions

Zuzana Bártová met également l’accent sur une certaine valeur de non-conformité à la société ambiante.

Non-conformité valorisée

Le bouddhisme pratiqué par ces convertis permet une mise en tension entre le matérialisme consumériste dans sa rationalité instrumentale, et la spiritualité pratiquée. Le bien-être durable et une fabrique patiente du bonheur seront par exemple valorisés, par opposition au mirage d’une instantanéité prête à consommer que proposerait la société ambiante. L’individualisme et l’agressivité sont également des repoussoirs, le “style de vie” bouddhiste apparaissant comme un recours, qui n’oblige pas non plus à rompre avec son travail ou sa vie sociale.

Un riche débat a suivi l’exposé, témoignant du caractère stimulant de la recherche présentée par Zuzana Bártová. Catherine Evuort-Moïse a ouvert le ban avec une question sur la dimension collective et communautaire de la pratique observée. D’autres se sont interrogés sur les différents types de bouddhismes, y compris ceux non traités dans l’exposés, ou sur le rôle du numérique, aujourd’hui, dans une éventuelle homogénéisation d’un certain “style” bouddhiste. L’enjeu des classes sociales, ou du débat entre théorie du choix rationnel et économie morale (soulevé par Pascal Bourdeaux) n’ont pas été oubliés, ainsi que la dimension genrée de la pratique religieuse.

Grand merci à Dr Zuzana Bártová pour cette réflexion partagée !

Programme RELIF (GSRL), compte-rendu de la réunion du 2 avril 2025

Après les ajustements techniques nécessaires pour mettre en place la retransmission en distantiel (merci Antoine Vermande), notre 14e réunion du programme « Religion et Francophonie » s’est tenue comme convenu en ce mercredi 2 avril 2025 entre 14H et 17H. Le tour de table habituel a d’abord permis un échange de nouvelles, avec notamment cette annonce, détaillée par Pascal Bourdeaux, du lancement d’un grand programme de recherche, soutenu par le Ministère des Affaires Étrangères, qui porte sur la traduction de textes en SHS français/vietnamien. 

Puis ce fut le temps d’écouter notre invité, avec un exposé particulièrement fouillé et stimulant proposé par Fernand Idriss Mintoogue, docteur en anthropologie sociale de l’EPHE-PSL, « jeune docteur » de l’IMAF (Institut des Mondes Africains). 

 Appuyé sur une projection Powerpoint et de nombreuses références bibliographiques, Fernand Idriss Mintoogue a traité du sujet suivant : « soigner la crise en postcolonie, retour sur l’actualité du protestantisme et son rôle dans la reconfiguration de l’espace religieux au Cameroun ». L’exposé commence par une présentation de la méthodologie, basée sur une collecte de sources locale, l’observation participante et l’observation passive, au fil d’un terrain camerounais, principalement à Yaoundé, qui recouvre, au total, une période de treize mois. L’occasion d’une ample collecte d’informations qui ont permis, ensuite, de développer une analyse approfondie des recompositions postcoloniales du protestantisme et du champ des offres religieuses au Cameroun, objet d’une thèse de doctorat EPHE-PSL, soutenue, en décembre dernier (2024), sous la direction de la directrice d’études Agnieszka Kedzierska Manzon. 

Huit personnes ont assisté en présentiel à l’exposé de Fernand Idriss Mintoogue, sans compter le suivi en distantiel

1990 : libéralisation du champ des offres religieuses au Cameroun

Fernand Idriss Mintoogue a structuré sa présentation en trois points. Il commence par mettre en perspective historique la christianisation du Cameroun, au travers des aléas de la colonisation puis de l’indépendance (proclamée au 1er janvier 1960), en pointant l’importance, côté protestant, des baptistes implantés depuis la Jamaïque en 1846 (Baptist Missionary Society), et, côté catholique, des pallotins (arrivés plus tard, à partir de 1890). Il souligne ensuite, et surtout, l’impact considérable des recompositions protestantes sous l’effet du pentecôtisme, dont une première vague, discrète, s’affirme dans les années 1960, puis une seconde vague, nettement plus importante, depuis les années 1980. 

Avec la libéralisation du champ religieux opérée au Cameroun en 1990, sous l’effet de l’octroi d’une large liberté d’association, c’est « un verrou qui saute ». Une troisième vague se dessine alors, amorcée par le père Soffo (ce qui veut dire « ami de Dieu », en langue bamileke), qui se présente comme prophète ; la vague néocharismatique ou néoprophétique s’amplifie et explose à partir des années 2000. Cette dernière, appuyée sur les médias numériques et les réseaux sociaux, s’est engagée dans une surenchère la « bataille de charisme », dans un combat d’influence où se joue le nombre de fidèles, mais aussi l’influence politique, sociale, et l’impact territorial. 

Surplus sacrés

Cette bataille de charisme, qui renvoie à une définition mise au point par Fernand Idriss Mintoogue, s’appuie aussi sur la commercialisation de multiples objets sacrés transitionnels, supposés communiquer une grâce ou des bienfaits matériels. Mouchoirs, sable, eau, huile bénite, châles, etc. peuvent être réemployé à ces fins, illustrant ce que Fernand Idriss Mintoogue appelle, à la suite du chercheur sud-africain Asondeh Ukah (2020), le « surplus sacré ».

Dans l’économie du salut de ces entreprises religieuses compétitives, le recours aux objets médiateurs peut offrir un avantage comparatif sur le concurrent, dans une course à l’influence qui recompose, chaque année un peu plus, le paysage chrétien, sur la base d’une tendance à l’uniformisation des pratiques : quelle que soit l’étiquette confessionnelle, les Églises adoptent de plus en plus ouvertement les codes, pratiques, stratégies de ces nouvelles Églises « pentecôtistes », « charismatiques », « néocharismatiques ». Une pentecôtisation du christianisme camerounais ? Une homogénéisation postcoloniale des pratiques, sur la base d’une spiritualité utilitaire ? Le terrain des enfants n’est pas oublié : l’encadrement de plus en plus « agressif » et précoce des enfants, dans certaines Églises néocharismatiques, dénote une volonté de façonner, préempter, la prochaine génération d’adultes. 

Dans un second temps de son exposé, Fernand Idriss Mintoogue détaille également la tension conflictuelle qui se déploie, depuis plus d’un quart de siècles, entre les offres néoprotestantes, en forte croissance, comme la Cathédrale de la Foi de Dieunedort Kandem, et le catholicisme, qui bénéficie toujours d’un statut dominant et d’une proximité sans égal avec le pouvoir en place. 

Bataille de charisme et surplus sacré

Cette tension complexe s’inscrit dans des circulations interconfessionnelles, des hybridations, et une temporalité qui voit les positionnements évoluer. Ainsi, après deux vagues de fermeture d’Églises de Réveil (dont 200 fermées par la police depuis ce début d’année 2025), les acteurs néocharismatiques se font beaucoup plus discrets dans leur critique des autorités en place. 

Popularité de la spiritualité thérapeutique des cellules de prière

Enfin, Fernand Idriss Mintoogue parachève sa présentation avec les résultats de son observation d’une cellule de prière presbytérienne (fondée en 2012). Il montre à quel point ces cellules contrebalancent l’offre cultuelle classique (office du dimanche). Autant le culte dominical relève de l’enseignement, de la transmission des Écritures, autant ces cellules fonctionnent sur un autre régime, celui d’une offre thérapeutique tous azimuts, avec prescriptions spirituelles, carnet de santé dédié, pratiques de piété et de jeûne destinées à guérir de 1000 et 1 maux. Très suivies, ces cellules se retrouvent aujourd’hui dans toutes les confessions chrétiennes du Cameroun, quelle que soit l’étiquette, et répondent aux besoins concrets des fidèles, dans un contexte social, économique, politique, marqué par la précarité, l’insécurité, la souffrance et la peur du lendemain. 

Quel rapport à la langue, française, vernaculaire ? Cette question, et beaucoup d’autres, a été posée lors du temps de débat qui a suivi l’exposé présenté. Repérable notamment à travers l’hymnologie, la progression du recours aux langues vernaculaires n’empêche pas l’usage dominant du français, mais selon un régime gradué : un prédicateur peut très bien passer du français (comme langue d’enseignement) à la langue locale (pour traiter d’un fait divers connu par la population, par exemple). Des questions posées aussi sur la comparaison avec le bouddhisme (dans le rapport à l’argent, à l’évergétisme), la répartition genrée des fidèles (75% de femmes, 25% d’hommes dans les cellules de prière), les circulations religieuses Sud-Sud avec l’Asie, le contraste entre milieu rural et grandes villes, ont permis d’apprendre encore davantage, grâce aux réponses très précises apportées par l’orateur, que nous remercions vivement ! 

Programme RELIF (GSRL), compte-rendu de la réunion du 21.03.2024

Devant une assistance de huit personnes présentes sur place, et quatre connectées, cette réunion du programme RELIF, impulsée par l’axe transversal GSRL « Religion et numérique » qui a efficacement co-organisé la séance, a nourri de riches échanges autour de l’enjeu des « ressources numériques francophones vues du Vietnam : de l’isolat à la mise en réseaux ».

Pascal Bourdeaux (EPHE-PSL), orateur du programme RELIF (21/03/2024)

VALEASE, Humanités numériques vietnamiennes francophones

Pascal Bourdeaux (EPHE-PSL, coresponsable du programme RELIF) a ouvert le ban en brossant une synthèse très complète des ressources archivistiques, numériques ou non, qui alimentent le travail de l’historien du Vietnam contemporain. Il a en particulier présenté le programme VALEASE (Valorisation de l’Ecrit en Asie du Sud-Est), en soulignant que cette approche ne relève pas d’une nostalgie coloniale de l’Indochine. Au contraire, elle fait ressortir, via des archives héritées de l’époque coloniale, un patrimoine historique national commun.

Ces sources ne sont pas des sources françaises. Elles font partie du patrimoine vietnamien, et sont à étudier comme telles. Les archives religieuses permettent par ailleurs d’éclairer bien autre chose que la religion : elles peuvent apporter une précieuse contribution à l’histoire sociale, démographique, culturelle du Vietnam.

Après le programme VIETNAMICA (projet ERC mené à bien), qui, lui, portait sur la langue vernaculaire, l’idée est ici de travailler sur les sources francophones, en s’adaptant à la révolution numérique qui induit une déterritorialisation de l’accès aux sources. Loin de se limiter à inventorier avec précision les nombreux fonds d’archives, numérisées ou non, qui attendent le chercheur, Pascal Bourdeaux a soulevé de nombreux enjeux méthodologiques et théoriques, et plaidé pour une mise en réseau croissante des centres d’archives et des bibliothèques, pour nourrir une arborescence du savoir historique sur le Vietnam contemporain. Il a souligné au passage que les sources en langue française, mais aussi en langue portugaise ou italienne, par exemple, contribuent aussi à ouvrir une lucarne sur le Vietnam précolonial.  

Nguyen Ngoc Giang présente ses travaux, Programme RELIF, 21/03/2024

Explorer le Bulletin de la Société des Etudes Indochinoises

Un vaste chantier s’est ouvert, dont Nguyen Ngoc Giang, titulaire d’un master de recherche en humanités numériques, a donné ensuite un aperçu détaillé au travers d’un dossier spécifique. Sous la direction de Pascal Bourdeaux et de Marc Bui (EPHE / PSL),  elle a procédé, grâce à des outils logiciels, à « l’exploration numérique d’un corpus scientifique d’époque coloniale : le Bulletin de la Société des Etudes Indochinoises (1883-1975) ».

Ce corpus impressionnant, déployé sur une période de 92 ans, représente 225 numéros de revue, et des milliers de contributeurs.  Pour l’appréhender, Nguyen Ngoc Giang a suivi une formation spécifique, qui lui a permis d’utiliser les algorithmes pour rechercher les thématiques plus plus traitées, via Top 2Vec, par exemple, ou le modèle KRAKEN (logiciel open source), qui peut fonctionner sur un mode multilingue.

Ce dernier modèle, testé sur 700 pages en français, 400 pages en quocngu (vietnamien), et 500 pages en français et quocngu, s’est révélé d’une fiabilité remarquable (supérieure à 90%). En matière religieuse, quel est le mot clef qui ressort le plus souvent au terme d’un travail de « Topic Modelling » effectué sur le Bulletin de la Société des Etudes Indochinoises ? C’est celui d’offrande. Nguyen Ngoc Giang souligne, au fil de son exposé, combien ces approches sérielles sont utiles, mais à condition d’être complétées par un travail manuel et qualitatif qui permet au chercheur d’affiner les outils numériques, et d’éviter les erreurs d’interprétation, à partir, notamment, de la sémantique historique.

Stimulée par l’introduction / présentation effectuée par Johan Rols (GSRL / INALCO), une riche discussion s’est poursuivie, croisant enjeu de la francophonie (une langue liée à la colonialité, mais pas seulement) et défi de la numérisation, et de la (re) fabrique de la source, qui peut certes à la fois démocratiser l’accès aux documents d’archive, mais aussi accentuer le contrôle sur ces mêmes sources.

Réunion n°6 programme ReliF, 21/03/2024 (invitation)

Chères amies, chers amis du programme RELIF,


Nous avons le plaisir de vous convier à la réunion n°6 du programme GSRL “Religion et Francophonie”, en collaboration avec le programme Religion et Numérique qui a pris l’initiative de cet événement.

Cette réunion permettra de croiser, sous l’angle des humanités numériques, les enjeux croisés de la réflexion sur les corpus d’archives francophones et des spécificités du travail sur les archives digitalisées.

La séance aura lieu le jeudi 21 mars 2024 de 10H à 12H en salle 5.067 (5e étage du Bâtiment Recherche Nord, GSRL, Campus Condorcet, Aubervilliers).

 Un lien visio vous sera communiqué pour celles et ceux qui ne peuvent pas se joindre à nous physiquement. Nous remercions Pascal Bourdeaux et Nguyên Thi Ngoc Giang de nous conduire dans la réflexion commune.

Thème : “Réflexion sur les ressources numériques francophones vues du Vietnam : de l’isolat à la mise en réseaux.“.


La séance sera animée par Johan Rols (GSRL, Inalco)

 

ORDRE DU JOUR

1/ Tour de table, échange de nouvelles (publications, colloques, appels à com etc.)

2/ Exposés de Pascal Bourdeaux (maître de conférences à l’EPHE-PSL, co-responsable du programme “Religion et Francophonie” au GSRL) et Nguyên Thi Ngoc Giang (diplômée de l’Ecole des Chartes, Master humanités numériques en septembre 2023)

Sujet  de l’exposé : Réflexion sur les ressources numériques francophones vues du Vietnam : de l’isolat à la mise en réseaux

L’idée principale qui sera développée par l’oratrice et l’orateur sera de proposer une réflexion générale, croisant francophonie et numérique, sur les corpus d’archives religieuses au Vietnam au travers d’une étude de cas: la revue orientaliste Bulletin de la société des études indochinoises (1880-1975).

3/ Débat, discussions sur l’exposé

Venez nombreux !

Pascal Bourdeaux et Sébastien Fath

Programme RELIF (GSRL), compte rendu de la réunion du 22.11.2023

 

La troisième séance du programme Religion et Francophonie (RELIF) a commencé, comme à l’habitude, par un tour de table, qui a notamment permis d’échanger sur travaux en cours (thèse de doctorat de Constance Varoquier) et publications en perspective (manuscrit de Richard Lengo).

Puis les organisateurs remercient vivement le docteur en sociologie Richard Lengo  (maître assistant CAMES, docteur de l’Université Maren Ngouabi de Brazzaville) d’avoir accepté de nous partager ses travaux sur “Les mutations de l’éthos protestant au sein de l’Eglise Evangélique du Congo”

L’orateur s’est appuyé sur une projection Powerpoint qui détaille son plan, sa méthodologie (recours aux travaux de Roger Bastide, George Balandier, l’école interactionniste de Chicago…) et ses principaux résultats. Richard Lengo a commencé son analyse en rappelant cette exclamation : “même les protestants !” Tenue dans les années 1990 à Brazzaville, la formule exprime une déception par rapport au comportement public d’acteurs protestants réputés jadis comme intègres. Et dont les pratiques de corruptions rejoignent désormais celles du reste de la population. Eclairé par 261 entretiens, dont 215 par questionnaire, Richard Lengo explique que jusqu’au début des années 1990, les protestants de l’EEC (principale Eglise protestante de la République du Congo) étaient socialement reconnus pour leur intégrité en matière de gestion financière. Mais les transformations socio-économiques (effets du Programme d’Ajustement Structurel du FMI, etc.), accroissant la précarité et la recherche de positions stables, ont eu raison de ce modèle. L’ethos protestant de jadis s’est altéré. C’est la fin d’un certain « exceptionnalisme protestant ». Ces mutations ont par ailleurs induit le passage d’un ethos de vocation, jadis dominant, à un ethos de professionnalisation où la fonction pastorale devient davantage convoitée pour des raisons économiques que pour des raisons vocationnelles. L’occasion de souligner qu’au travers de l’étude des mutations de l’ethos protestant, cette thèse constitue aussi une contribution à l’histoire socio-économique, politique et culturelle du Congo.

Richard Lengo a achevé son exposé par une analyse du rapport à la langue française au sein de l’Eglise Evangélique du Congo. Outre le Kikongo et le Lingala (deux langues nationales), le Français est langue officielle, et est utilisé au sein de l’Eglise evangélique du Congo suivant diverses modalités. De rares paroisses (d’intellectuelles) organisent tous les cultes en français, beaucoup d’autres traduisent, ou se focalisent sur la langue vernaculaire dominante.

Sébastien Fath, Richard Lengo, Jean-Paul Willaime et Pascal Bourdeaux, GSRL, 22 nov 2023 (Campus Condorcet)

La présentation s’est poursuivie par un débat nourri, alimenté notamment par le sociologue Jean-Paul Willaime, par les historiens Sébastien Fath et Pascal Bourdeaux (cf. photo ci-dessus). Plusieurs questions ont été poursuivies, comme l’enjeu de la différence axiologique des Eglises dans un contexte de sécularité environnante, celui de la métaethnicité, de la diaspora de l’Eglise Evangélique du Congo, de la course aux diplômes chez les pasteurs, et la tension entre encastrement Eglise-institutions économiques et sociales, et dérive mafieuse. Des fils de discussions (liste non exhaustive) qui témoignent de la richesse des travaux présentés par Richard Lengo.

Réunion n°1 programme ReliF, 20/09/2023 (invitation)

Avec un exposé de Paul Zawadzki sur la temporalité

Chères amies, chers amis du programme “Religions et Francophonie”,

Nous avons le plaisir de vous convier à la réunion n°1 du programme GSRL “Religion et Francophonie”. Elle aura lieu le mercredi 20 septembre 2023 de 14H à 16H en salle 5.067 (5e étage du Bâtiment Recherche Nord, Campus Condorcet, Aubervilliers).

ORDRE DU JOUR :

1/ Tour de table

2/ Présentation des perspectives de réflexion du programme (Pascal Bourdeaux et Sébastien Fath)

3/ Exposé de Paul Zawadzki (Université Panthéon Sorbonne, GSRL) sur “Les régimes de temporalité au miroir des débats sur la modernité et le postcolonial”

Paul Zawadzki a notamment dirigé le collectif “Malaise dans la temporalité” (éditions de la Sorbonne, 2002); il a également publié dans la revue Temporalités un texte intitulé “Aux sources démocratiques du Malaise dans la temporalité”, pour préciser les sources politiques/démocratiques (et non seulement économiques/capitalistes) du dit “malaise” :  

http://journals.openedition.org/temporalites/6973    

4/ Questions et échanges au sujet de l’exposé de Paul Zawadzki

Venez nombreux !

Pascal et Sébastien, pour le GSRL

Présentation du programme “Religion et Francophonie” (ReliF)

 

Programme Religion et francophonie

Mémoire & résilience ; Histoire & épistémologie

Responsables : Pascal Bourdeaux et Sébastien Fath

 

Problématique

Sur les cinq continents, 321 millions de personnes sont capables de s’exprimer en français (données OIF 2023).

Ces espaces francophones invitent à penser autrement les interactions religieuses, y compris historiquement, au-delà d’un prisme hexagonal qui s’est longtemps voulu hégémonique. Déployer l’analyse du religieux en société dans cet espace-temps francophone et postcolonial, tel est l’objet de ce programme “Religion et francophonie”.

Penser les recompositions religieuses contemporaines en francophonie depuis le XIXe siècle, c’est s’inscrire, d’une part, dans une logique d’échelle, élargissant la focale pour embrasser la diversités des espaces francophones, souvent marqué par le fait colonial.

C’est adopter, d’autre part, une logique de décentrage épistémologique, en interrogeant le régime des sciences issues de la révolution industrielle et du “moment colonial” à la lumière d’une réévaluation des productions conceptuelles et empiriques issues des “suds”.

D’où le choix d’articuler ce programme porté par le GSRL (UMR 8582) en deux pôles, “Mémoire et résilience”, et “Enjeux épistémologiques et théoriques”.

 

La francophonie interroge les ancrages religieux, et nourrit des circulations. Le pôle “mémoire et résilience” s’intéresse plus particulièrement à la religion en francophonie comme répertoire de ressources, et à l’enjeu de la recomposition des identités narratives à l’épreuve de la transnationalité. Les objectifs scientifiques de ce pôle “mémoire et résilience” sont pensés pour se coordonner avec la Plateforme “Mémoire et résilience” du CAMPUS CONDORCET.

Le religieux en francophonie comme répertoire de ressources

-La ressource numérique : en coordination avec l’axe transversal “Religion et numérique”, l’objectif est d’inventorier et d’analyser les vecteurs numériques qui reconfigurent, depuis les années 1990, l’espace religieux francophone. La langue française en partage induit, via le numérique, une bascule du champ national vers le champ francophone transnational.

-La ressource liturgique : en matière liturgique, notamment dans les différentes Eglises chrétiennes, la musique participe des répertoires partagés de la francophonie. Depuis le XIXe siècle, comment circule cette musique dans l’espace francophone ? Quels sont ses effets en matière de cloisonnement/décloisonnement des identités religieuses?

-La ressource institutionnelle : depuis la décolonisation, la francophonie a été soumise à un processus d’institutionnalisation. Comment les religions de l’espace francophones se sont-elles inscrites dans ce processus? De grands réseaux, comme l’Alliance Israélite universelle, se sont constitués d’emblée à l’échelle de toute la francophonie. Entre institutions, organisations, réseaux souples, quelle typologie? Quelle tension entre institutions religieuses et identités linguistiques ?

-La ressource du capital social : l’aire francophone éclaire sous un nouveau jour les circuits d’entraide transnationaux qui contribuent à irriguer les sociabilités religieuses. Les transferts financiers opérés via les solidarités religieuses francophones, le rôle des médias religieux, les expertises partagées, les logiques d’endogamie/exogamie…. Autant de champs d’observation.

Religieux en francophonie & identité narrative (Ricoeur)

-L’identité par la mémoire du groupe : la « religion pour mémoire » s’appuie sur un référentiel traditionnel et une transmission générationnelle qui n’est pas vouée à la stabilité d’un périmètre territorial. Les « racines » sont aujourd’hui portatives. Quelles recompositions ?

-L’identité par le choix de l’expression francophone : l’espace francophone est multilingue. La langue française n’y est ni hégémonique, ni exclusive. Dans ces configurations plurilinguistiques, quels choix orientent les acteurs vers la langue française ?

-L’identité par la conversion : sur l’identité narrative théorisée par Paul Ricoeur se greffent aussi les identités recomposées sous le prisme des conversions. Du colonial au postcolonial, quelles formes, quels enjeux, quelles temporalités du changement religieux en francophonie ?

-L’identité par le genre : entre résistances, recompositions, innovation, les modes d’appropriation genrée de l’identité religieuse dans les espaces francophones coloniaux et postcoloniaux constituent un passionnant terrain d’enquête.

 

Le second pôle de ce programme s’intéresse à la place de la production scientifique francophone dans les approches globales du religieux. Penser cette histoire incite à opter pour une approche comparée des historiographies religieuses et nationales, des régimes d’historicités, de l’autonomisation des sciences religieuses, des temporalités, proposant ainsi une nouvelle échelle d’analyse de la globalisation du religieux.

Vers une histoire globale et francophone du religieux contemporain?

– Sources de la connaissance des religions et religiosités contemporaines : à l’heure où les humanités numériques tendent à s’imposer comme une méthode de recherche et comme des ressources incontournables, nous chercherons à dresser un état des lieux de la documentation francophone accessible sans être toujours connue ou valorisée.

– Penser les espaces et les réseaux religieux francophones : le monde francophone se déploie en sous-ensembles invitant à des études comparées de la pluralité religieuse (territoire ultra-marin, ex-colonie, etc.). Quant aux villes francophones, montreraient-elles encore des spécificités dans l’organisation spatiale et dans la gestion de la pluralité religieuse ?

– Francophonie et religions du monde (étude de la pluralité, gestion du pluralisme) : l’étude de la pluralité religieuse, en tant que caractéristique de la mobilité des hommes et de la globalisation des religions du monde, incite aussi à comparer les processus d’intégration et de reconnaissance juridique des organisations religieuses. Par exemple, comment le bouddhisme se structure aujourd’hui en France, Suisse, Belgique, Canada et quel est son statut ?

Production scientifique: la langue scientifique entre impérialisme et universalisme

– Histoires religieuses comparées: Comment l’histoire des religions a-t-elle évolué depuis le milieu du XIXe siècle, puis tout au long de l’époque coloniale, au moment où s’affirme l’émergence simultanée des sciences historiques et des sciences religieuses ? Des savoirs religieux contemporains jusqu’à une histoire sécularisée et plurielle, un parcours à décrypter.

– Epistémologies du religieux : la fabrique du lexique francophone du religieux ouvre un autre champ de recherche, appelé à tenir compte de et l’insertion des vocabulaires vernaculaires dans le langage scientifique. Les études menées sur les transferts culturels, sur l’histoire conceptuelle sont là pour nous aider à penser cette définition des lexiques mobilisés.

– Modernités et contemporanéités en question : en prolongement, c’est la question des modernités multiples (S. Eisenstadt) qui peut être réexaminée. Au travers des recompositions sociales, culturelles et religieuses de la francophonie après les décolonisations, c’est aussi la question du rapport à “l’universel” qui peut se trouver interrogée, avec, par exemple, l’hypothèse d’une relecture de la modernité à travers un “pluriversalisme” postcolonial, ou des “altermodernités (Hardt et Negri, Citton).

Mode de fonctionnement

Le mode opératoire de ce programme de recherche en sciences humaines et sociales (SHS) porté par le laboratoire GSRL (UMR 8582) repose sur un principe général : multiplier les transversalités et opérations mutualisées, d’abord avec les autres programmes et axes du laboratoire, ensuite avec des partenaires scientifiques.

Nous fonctionnerons ensuite sur la base de trois modalités.

-Tout d’abord, des réunions régulières, tenues toutes les cinq semaines environ, et faisant l’objet d’un compte-rendu (avec publication sur ce Carnet Hypothèses).

-Ensuite, des journées d’études seront organisées, et un colloque prévu dans trois ans, avec des partenaires scientifiques issus des universités de la francophonie, ainsi qu’avec des partenaires institutionnels tels que le MAE, la Maison des étudiants de la Francophonie (Cité Internationale), l’Agence Universitaire de la Francophonie ou l’Institut Convergences Migrations.

-Enfin, l’objectif du programme est aussi d’initier et favoriser des enquêtes de terrain et opérations de recherche (contrats doctoraux, post-doctoraux), notamment en s’articulant aux objectifs “Horizons Europe 2030” (projets blancs, ERC).

En favorisant de nouvelles collaborations, notamment avec des partenaires de la très vaste francophonie sub-méditerranéenne (universités africaines).