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Les CR des réunions RELIF pour l’AG 2026 du GSRL

En vue de l’Assemblée Générale du Groupe Sociétés Religions Laïcités

(EPHE-PSL, CNRS), 11 juin 2026

7. Réunion le 16 juin 2026 avec Pascal Bourdeaux (EPHE/PSL) sur la laïcité en Asie

Lien : https://relifran.hypotheses.org/1779

6. Ecole interne. 27-28 mars 2026 : participation à l’école interne GSRL de Maintenon, bilan et perspectives

5. Réunion le 26 février 2026 avec Marc Lebranchu sur le taoïsme dans l’espace francophone

Lien (compte-rendu)  : https://relifran.hypotheses.org/1710

4. Réunion du 11 février 2026 (en co-organisation avec l’axe anthropologie), avec Dr Zuzana Bártová, sur le style de vie bouddhiste France / République Tchèque

Lien (compte-rendu) : https://relifran.hypotheses.org/1664

3. Réunion du 25 novembre 2025 (en co-organisation avec le laboratoire CESOR), avecl’historien Jérémie Foa, au sujet de de Survivre, Une histoire des guerres de religion”, Paris, Seuil, 2024, avec Hélène Dumas (CNRS), spécialiste du génocide des Tutsi

Lien (compte-rendu) : https://relifran.hypotheses.org/1511

2. Réunion du 22 septembre 2025, en co-organisation avec l’axe transatlantique dirigé par Philippe Portier, avec Paule-Estelle Adjanba, sur le modèle laïque ivoirien

Lien (compte-rendu) : https://relifran.hypotheses.org/1426

1. . Réunion du 30 juin 2025, avec la professeure Corinne Valasik (ICP), sur les prêtres africains en France

Lien : https://relifran.hypotheses.org/1275

Sur sept réunions, 3 ont été animées par des post-doctorant.e.s

Sur sept réunions, 3 en lien avec les religions d’Asie, 2 en lien avec la francophonie africaine, 2 avec l’Europe

Sur sept réunions, 4 co-organisations (Cesor, axe anthropologie, axe laïcité transatlantique, école interne)

Programme RELIF (GSRL), compte-rendu de la réunion du 26 février 2026

Organisée ce jeudi 26 février 2026, la 20e réunion du programme « Religion et Francophonie » s’est tenue entre 14H et 16H30 dans nos locaux du Campus Condorcet (salle 5.067, bâtiment Recherche Nord). Elle s’est déroulée en mode hybride, grâce à l’aide technique d’Antoine Vermande que nous remercions.

Outre les auditeurs qui ont suivi à distance, la réunion a rassemblé sept personnes en présentiel, autour d’un beau programme.

Le tour de table habituel a permis un échange de nouvelles, avant de laisser la parole à Marc Lebranchu (GSRL), auteur de Découvrir le taoïsme, Histoire, courants, fondements et pratiques (Paris, Eyrolles, 2020). A l’aide d’une projection Powerpoint particulièrement soignée, il a traité du thème Taoïsme en francophonie. Comment une religion chinoise s’est inscrite dans le monde francophone.

Commençant par quelques considérations méthodologiques, il souligne le décalage entre « l’invention » (c’est-à-dire la découverte) en Europe du taoïsme, qui reste relativement récente -une érudition, longtemps via des lunettes confessionnelles, en déploiement progressif-, et une tradition profondément ancrée et imbriquée dans la culture chinoise depuis environ deux millénaires.

Le taoïsme entretient un certain régime de confusion avec un fonds commun de la pensée chinoise, et nécessite, pour être appréhendé en profondeur, une bonne connaissance en sinologie. Marc Lebranchu décrit avec pédagogie et finesse, non sans humour, un univers religieux complexe, décentralisé, non-missionnaire (contrairement au bouddhisme) et sans magistère, qui conjugue notamment des pratiques communautaires ascriptives, non confessionnelles, et des pratiques individuelles, personnelles, monastiques ou érémitiques. 

On poursuit par un survol extrêmement complet de l’historiographie comparée du taoïsme depuis l’époque moderne, avec des figures emblématiques comme Edouard Chavannes et Paul Pelliot, au début du XXe siècle, Henri Maspero (1883-1945), et bien d’autres. Ce processus de transmission, traduction, et de relecture plus ou moins sélective témoigne entre autres du rôle clef joué, en France, par la 5e section de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, mais aussi, plus globalement, d’une translation progressive d’un pôle francophone vers un pôle anglophone. 

Premières associations taoïstes en Europe depuis 1993

Marc Lebranchu nous décrit l’acculturation progressive, récente, différenciée, du taoïsme en Europe et dans la francophonie. Les premières associations taoïstes en Europe ? Elles datent de 1993, majoritairement à l’initiative de taoïsants occidentaux. Chemin faisant, notre orateur détaille des parcours singuliers comme celui de Karine Martin, française et première prêtresse européenne à avoir été initiée en 2016 (ce qui lui donne pleinement le titre de taoïste, réservé en principe aux initiés).

Dans la vision taoïste, on combine enseignements révélés par des divinités primordiales et des immortels, ainsi que des rituels communautaires ou individuels, pour les vivants et les morts ; des pratiques individuelles s’ajoutent également. En Occident, à l’intérieur ou à l’extérieur de la francophonie, cette grammaire religieuse est souvent revisitée comme une boîte à outil, une religion choisie, non-assignée, ultraminoritaire et en évolution constante ; on comprend aussi, au fil des explications et analyses, qu’il existe toute une gamme de rapports possibles au taoïsme, qui vont d’un consumérisme utilitariste à une formation approfondie, notamment via l’enseignement exigeant de maître à disciple.

Pour synthétiser des développements très riches et nuancés, Marc Lebranchu pointe, au fil de la démonstration, un déclin de l’influence française, européenne et catholique depuis le XVIIe siècle. On quitte un creuset européen chrétien pour des recompositions à l’échelle du monde global. La perception-représentation des traditions de culture de soi chinoises passe du biais de l’euro-centrisme à celui de l’américano-centrisme consumériste, et du biais du rationalisme laïque militant à celui du New Age psycho-mystique.  

Il fait également le constat d’un développement du taoïsme très progressif, et par capillarité : au sein de réseaux européens d’une part, via l’orientalisme, l’ésotérisme, les arts martiaux, la médecine ; au sein des Etats-Unis (notamment depuis la Californie) d’autre part, via enseignants sino-américains de Hong Kong, de Taïwan, mais aussi une vaste production éditoriale ; ces déploiements s’effectuent dans la majorité des cas sans lien direct avec la Chine ou même avec les communautés diasporiques. 

Hypothèse d’un néo-taoïsme occidental populaire

Il conclut en ouvrant sur de multiples pistes à poursuivre, en particulier sur l’hypothèse de l’invention d’un néo-taoïsme occidental populaire : une offre cognitive exotique, alternative implicite aux modèles religieux/rationnels occidentaux, donnant place à un monisme dualiste (yinyang), un naturalisme spiritualiste, offrant large espace à la nature, au féminin, au corps, avec des signifiants flottants susceptibles de toutes les projections/interprétations.

Inventée en partie par des Américains blancs et des émigrés chinois occidentalisés en quête d’identité, cette offre néo-taoïste serait centrée sur des pratiques psychocorporelles hybrides de développement personnel / Guérison.

Laozi en serait le sage fondateur, d’une sagesse immémoriale, ‘authentique’, universelle. Et on note que la connaissance/maîtrise de la langue chinoise s’avère très rare dans ces cercles « néo-taoïstes », où le niveau de diplôme, en revanche, est plutôt élevé, avec une forte sur-représentation de femmes. 

Un copieux temps de questions a prolongé l’exposé présenté (y compris à partir de l’auditoire qui suivait par écran interposé), s’interrogeant notamment sur l’histoire comparée de l’occidentalisation du bouddhisme et du taoïsme, sur la nature des rites domestiques pratiqués, ou sur les raisons du basculement de la francophonie vers l’anglophonie.

Bien des pistes passionnantes à poursuivre dans le cadre d’une histoire globale et connectée marquée aujourd’hui par les effets « boomerang » de la mondialisation postcoloniale. Grand merci Marc Lebranchu ! 

Programme RELIF (GSRL), compte-rendu de la réunion du 11 février 2026

Coorganisée avec l’axe transversal GSRL «Interactions et créativités religieuses ». que nous remercions vivement, notre 19e réunion du programme « Religion et Francophonie » s’est tenue, en ce mercredi 11 février 2026, entre 14H et 16H30 dans nos locaux du Campus Condorcet (salle 5.067, bâtiment Recherche Nord).

Le tour de table habituel a permis un échange de nouvelles, notamment pour signaler le tout prochain colloque “Piétisme et éducation”, dont le GSRL est un des organisateurs (lien), ainsi qu’un colloque sur le bouddhisme en France prévu le 26 juin 2026. Puis ce fut l’opportunité d’écouter Dr Zuzana Bártová ,senior lecturer à l’Université de Bohème du Sud (University of South Bohemia, České Budějovice), qui effectue actuellement un séjour de recherche en France dans le cadre d’Erasmus. 


Devant une salle bien remplie, complétée par un public qui a suivi en distantiel (près de 20 personnes au total), Zuzana Bártová nous a fait partager avec brio quelques éléments de recherche issus de sa thèse de doctorat (Université de Strasbourg), disponible par ailleurs en ligne en accès intégral (lien).

Le titre de son exposé : “Le style de vie bouddhiste et ses valeurs, le cas des pratiquants bouddhistes en France et en République tchèque”.

Zuzana Bártová nous présente ses recherches

Appuyée par une projection Powerpoint (merci Antoine Vermande pour le support technique), Zuzana Bártová a commencé par préciser qu’elle je travaille pas sur tous les pratiquants du bouddhisme, mais qu’elle se concentre sur le bouddhisme de convertis, c’est-à-dire des personnes dépourvues d’héritage culturel bouddhiste.

Sa perspective s’ancre sur un double terrain, en France (avec Soka Gakkai France, Bodhicarya France, association Zen international) et en République tchèque (diamond way et la soto zen CR). Elle aborde successivement, après des éléments d’introduction, des références théoriques pour aborder le religieux dans la culture de consommation, puis des éclairages méthodologiques sur ses terrains; elle poursuit en détaillant “les valeurs bouddhistes dans le religieux vécu”, terminant, dans un cinquième et dernier point, par les valeurs bouddhistes dans la culture de consommation.

Une précieuse mise en perspective bibliographique et théorique permet de parfaitement cadrer le sujet, avec des références comme McMahan (l’éthique de l’authenticité), Liogier et Cirklova (valeurs post-matérialistes), BMcKenzie 2013, Carrette et King, 2005, Mitchell, 2012 (débat autour du bouddhisme discrédité par sa commercialisation), et Gauthier et alii, 2013, 2020 (Le religieux dans la culture de consommation). S’appuyant sur une approche de “cosmopolitisme théorique” qui part du présupposé que les congruences transnationales sont plus importantes que les particularismes nationaux, elle souligne l’importance d’items comme le bonheur, le choix, l’authenticité, et une approche du religieux comme ressource identitaire et style de vie. Elle observe, entre la France et la République tchèque, des expériences similaires, montrant davantage de ressemblances que de différences.

“Une note bouddhiste commune, des timbres différents”

Ses matériaux empiriques, nourris d’une observation participante déployée entre 2010 et 2013, montrent un rapport très réflexif à la culture de la consommation, avec un accent sur l’amélioration de soi, la libération par rapport aux états émotionnels, le bien-être. « j’ai pas à me plaindre, à transformer oui, mais pas à plaindre » (Bernard, pratiquant de la Soka Gakkai, France). Elle observe “une note bouddhiste commune”, avec des “timbres différents” suivants les bouddhismes pratiqués.

Un exposé très riche qui a nourri beaucoup de questions

Zuzana Bártová met également l’accent sur une certaine valeur de non-conformité à la société ambiante.

Non-conformité valorisée

Le bouddhisme pratiqué par ces convertis permet une mise en tension entre le matérialisme consumériste dans sa rationalité instrumentale, et la spiritualité pratiquée. Le bien-être durable et une fabrique patiente du bonheur seront par exemple valorisés, par opposition au mirage d’une instantanéité prête à consommer que proposerait la société ambiante. L’individualisme et l’agressivité sont également des repoussoirs, le “style de vie” bouddhiste apparaissant comme un recours, qui n’oblige pas non plus à rompre avec son travail ou sa vie sociale.

Un riche débat a suivi l’exposé, témoignant du caractère stimulant de la recherche présentée par Zuzana Bártová. Catherine Evuort-Moïse a ouvert le ban avec une question sur la dimension collective et communautaire de la pratique observée. D’autres se sont interrogés sur les différents types de bouddhismes, y compris ceux non traités dans l’exposés, ou sur le rôle du numérique, aujourd’hui, dans une éventuelle homogénéisation d’un certain “style” bouddhiste. L’enjeu des classes sociales, ou du débat entre théorie du choix rationnel et économie morale (soulevé par Pascal Bourdeaux) n’ont pas été oubliés, ainsi que la dimension genrée de la pratique religieuse.

Grand merci à Dr Zuzana Bártová pour cette réflexion partagée !

Réunion n°19, programme ReliF, 11 février 2026, invitation

Nous nous réjouissons de vous convier à notre prochaine réunion du programme GSRL “Religion et Francophonie”, qui se tiendra, en collaboration et co-organisation avec le programme GSRL«Interactions et créativités religieuses ».

La séance aura lieu le mercredi 11 février 2026 de14:00-16:00 salle 5.067, bâtiment recherche nord (5e étage), au Campus Condorcet (Aubervilliers). 

Après le tour de table habituel, nous aurons le grand plaisir d’écouter Dr Zuzana Bártová , senior lecturer à l’Université de Bohème du Sud (University of South Bohemia, České Budějovice), qui effectue actuellement un séjour de recherche en France. 

Dr Zuzana Bártová

Son intervention présentera les résultats d’une recherche sociologique inédite dans le contexte des études du bouddhisme en Europe. 

Une enquête ethnographique a été effectuée sur trois formes de bouddhisme de convertis dans deux pays européens, à savoir sur le bouddhisme zen, le bouddhisme tibétain et la Soka Gakkai en France et en République tchèque. 

Quant aux deux terrains nationaux, l’analyse du bouddhisme est inscrite dans le contexte commun de la culture de consommation en optant ainsi pour l’approche du « cosmopolitisme méthodologique » (cf. Beck and Sznaider 2006), adaptée à l’analyse des phénomène globaux. 

Comme plusieurs études le montrent, cette culture de consommation transforme le religieux en style de vie façonné par l’ethos consumériste (Gauthier 2012, 2020, 2025 ; Gauthier, Woodhead and Martikainen 2013). 

Zuzana Bártová analysera comment les valeurs centrales du style de vie bouddhiste sont en phase avec cet ethos. Ces valeurs mises en avant sont notamment le choix, la réflexivité, le bien-être, le développement personnel, l’authenticité et le pragmatisme.”

La dimension du rapport à la langue (française notamment) ne sera pas oubliée.

Venez nombreux à cette séance qui s’annonce passionnante ! 

Et pour celles et ceux qui ne pourront pas nous suivre en présentiel, voici le lien pour suivre en visio : https://meet.goto.com/gsrl/interactionsetcréativitésreligieuses

Ou https://meet.goto.com/775995557

Programme RELIF (GSRL), compte-rendu de la réunion du 25 novembre 2025 

En collaboration avec “Les débats du CESOR“, laboratoire ami que nous remercions vivement, notre 18e réunion du programme « Religion et Francophonie » s’est tenue, en ce mardi 25 novembre 2025 entre 16H et 18H00 dans nos locaux du Campus Condorcet (salle 3.001 réservée par le CESOR), en débat avec les passionnants travaux de l’historien Jérémie Foa (Maître de conférences HDR en Histoire moderne à l’Université d’Aix-Marseille).


Devant une salle comble (env. 25 personnes, sans compter la visio), il nous a présenté son dernier ouvrage, “Survivre, Une histoire des guerres de religion”, Paris, Seuil, 2024 (prix de l’essai France Culture / Arte 2025). 

Jérémie Foa nous présente “Survivre”, à l’aide d’un Powerpoint qui donne un aperçu de ses sources

Après les habituels ajustements techniques de rigueur, requis notamment en raison des exigences du distantiel (zoom) et du partage du Powerpoint présenté par Jérémie Foa, nous nous sommes passés cette fois-ci du tour de table dont nous avons l’habitude au programme RELIF, au profit d’un exposé liminaire condensé et hautement stimulant de Jérémie Foa, suivi d’une lecture croisée proposée par deux discutants, Hélène Dumas (Centre d’études sociologiques et Politiques Raymond Aron/CESOR) et Sébastien Fath (GSRL/EPHE).

L’historien et seiziémiste Jérémie Foa a ouvert la séance en rappelant les conditions d’élaboration de cette nouvelle recherche, consacrée aux enjeux de survie, au long de quatre décennies, au temps des guerres de religion.

Il explique avoir souhaité sortir d’un temps court, celui du massacre de masse, effectué par surprise, et à rebours de l’expérience passée des Huguenots (cf. son livre 2021 sur la Saint Barthélémy, “massacre entre voisins”), pour étudier des logiques sociales inscrites dans un temps plus long.

Crise sémiotique provoquée par la dérégulation de l’espace public

Que produit sur une société l’embrasement d’une guerre civile étalée sur quarante ans ? S’inspirant de Michel de Montaigne, contemporain des événements, il pointe la crise sémiotique provoquée par la guerre : chacun en vient à se méfier de tout le monde, d’autant que rien ne ressemble plus à un catholique, qu’un protestant. Et si l’on se retrouvait égorgé par un ami ?

De multiples fronts s’ouvrent, jusque dans la chambre à coucher, transformée en cœur névrotique de la guerre civile. C’est le temps de l’hyper vigilance. Les objets du quotidien, jadis univoques et familiers, deviennent potentiellement suspects, à l’image des horloges, désormais susceptibles de contenir une bombe. Cette image de l’horloge dont le sens s’opacifie, pourrait d’ailleurs servir de métaphore au dérèglement du temps et de l’espace engendré par le conflit fratricide.

Avec verve et souci pédagogique, ouvrant généreusement sa boîte à outil conceptuelle, nourrie de sociologie interactionniste (E. Goffman), de sémiotique, de Bourdieu etc., Jérémie Foa illustre son résumé par quelques sources d’époque fort bien choisies (images et textes) qui redonnent une épaisseur et une quotidienneté à un conflit qui n’a pas seulement mobilisé le Politique, ni la Religion et l’Eschatologie, mais a imprégné l’habitus et les moindres détails de la vie ordinaire des Françaises et Français au temps tumultueux des “troubles de religion”.

La venue de Jérémie Foa (Université Aix/Marseille) a fait salle comble !

Quatre angles d’analyse, qui constituent autant de parties du livre, sont rappelés par l’auteur .

La guerre civile alimente d’abord un doute sur les personnes. Qui vive ? Il s’agit de s’identifier, et de répondre au guet (équivalent du check-point aujourd’hui) dans un espace social instable, changeant, où une ville peut devenir catholique, puis protestante. Une demande de mise en conformité est requise, qui suppose un apprentissage du mensonge et de la dissimulation, pour rester en vie.

La guerre de religion nourrit ensuite un doute sur les espaces. Dans un contexte de dérégulation politique et spatiale, il s’agit de réapprendre à lire la distance, le lieu, la ville. Non sans peur (fantasmatique) du marquage, qui suscite une abondante paralittérature et des légendes urbaines -comme celle du marquage des portes lors de la Saint Barthélémy, qui n’a jamais eu lieu-.

Un doute sur les objets du quotidien s’invite aussi dans la durée. Tout ce qui est creux ne peut-il pas cacher une bombe ? L’inquiétude se porte désormais sur les objets, instruments, meubles les plus triviaux.

Enfin, la guerre fratricide engendre aussi un doute sur la langue (thème de la 4e et dernière partie du livre), entre création d’une « novlangue des troubles », invention de néologismes, et neutralisation/appauvrissement des énoncés, pour passer inaperçu.

En fin de compte, l’époque analysée par l’historien Jérémie Foa débouche sur la fabrique d’une femme et d’un homme post-guerre civile qui a appris à dissimuler, contrôler ses émotions : ce n’est pas la figure du brutal et du sanguin qui s’impose, mais celle du sang froid et de la maîtrise, non sans des effets de modernité, par la neutralisation progressive de l’espace public, mis à distance des factions religieuses.

Discussions après l’exposé : pistes comparatistes

Hélène Dumas (CNRS), spécialiste du génocide des Tutsi au Rwanda, a ensuite engagé en profondeur la discussion avec l’auteur, depuis Kigai (Rwanda), où elle intervenait en visioconférence. Elle a d’abord pointé l’effet de miroir entre les massacres et troubles religieux de la seconde moitié du XVIe siècle, en France, et le contexte du génocide rwandais.

Elle a ensuite souligné l’importance d’une élaboration très fine du savoir sur ces enjeux, dans une granulométrie qui parviennent à faire ressortir l’apparente  banalité des « massacres entre voisins ». 

Sébastien Fath (CNRS) a de son côté pointé les passerelles avec la micro-histoire (Ginzburg), l’histoire des émotions (Barbara Rosenwein), et l’anthropologie historique de la coexistence confessionnelle (Kaplan, Luria, Caroll etc.), et ouvert vers des pistes comparatistes avec l’espace sahélien contemporain, marqué depuis plus de trois décennies par des phénomènes de guerre civile qui interrogent les usages de la langue française (#francophonie, #résilience) et les frontières confessionnelles.

Hélène Dumas comme Sébastien Fath ont lancé quelques questions, auxquelles Jérémie Foa ne s’est pas dérobé, nourrissant du même coup une envie de débattre davantage.

La séance s’est dès lors poursuivie par un riche temps de questions avec les collègues/étudiantes et étudiants présents, qui ont porté tantôt sur les outils conceptuels utilisés, tantôt sur les sources -actes notariés du XVIe siècle-, tantôt sur des pistes comparatistes -notamment avec la Syrie contemporaine, évoquée par Emma Aubin-Boltanski, directrice du CESOR-, tantôt, enfin, sur les projets de recherche de Jérémie Foa.

Ce dernier nous a notamment annoncé travailler à un ouvrage avec Hélène Dumas sur l’enjeu des massacres de masse.

Grand merci à Jérémie Foa (Université Aix/Marseille) de nous avoir rejoints depuis Marseille (où il est reparti après la séance), pour se prêter avec pertinence et bienveillance à cet exercice de discussion autour de son dernier livre, et “tout de bon” à lui pour ses prochains projets éditoriaux, que nous suivrons de près !

Réunion n°18, programme ReliF, 25 novembre 2025, invitation

Nous nous réjouissons de vous convier à notre prochaine réunion du programme GSRL “Religion et Francophonie”, qui se tiendra, en collaboration avec le laboratoire CESOR (EHESS/CNRS), dans le cadre de son séminaire “Les débats du CESOR”, le mardi 25 novembre 2025 de 16H à 18H, en salle 3.001 (3e étage du Bâtiment Recherche Nord, Campus Condorcet, Aubervilliers).

Nous aurons le plaisir d’écouter Jérémie Foa, maître de conférences HDR en histoire moderne à l’université d’Aix-Marseille, et membre du laboratoireTELEMMe (Temps, Espaces, Langages, Europe Méridionale, Méditerranée).

Jérémie Foa  (Université d’Aix-Marseille)

Nous débattrons de son ouvrage Survivre. Une histoire des guerres de Religion (Seuil, 2024). Ce livre d’historien, éclairé par une large palette analytique puisée dans d’autres sciences sociales, explore les stratégies quotidiennes de survie pendant les conflits civils et confessionnels en France (1562-1598). Comment mentir, se déguiser, s’échapper, simuler ou dissimuler sa confession religieuse ? Comment se faufiler, tromper ou surprendre son adversaire ? 

A partir quatre grands postes d’observation (les interactions interpersonnelles, la conquête de l’espace, le parti pris des choses, et l’impact de la guerre civile sur la langue), le chercheur se focalise en particulier, sur l’incertitude identitaire, la dissimulation religieuse, la manipulation des signes (vêtements, accents, langages) et les expériences intimes des acteurs anonymes.

Basé sur des sources comme mémoires, chroniques et archives, Survivre met en lumière les “savoir-vivre avec le trouble”, dans un contexte où la mort n’est jamais loin, et propose une relecture “par le bas” de ces guerres, en dialogue avec des auteurs comme Montaigne ou Erving Goffman.

Les stratégies de survie (double jeu sur les signes linguistiques et identitaires) décrites par Foa dans le contexte des guerres de religion françaises (1562-1598) résonnent avec le pôle “Mémoire et résilience” de notre programme ReliF. L’impact du religieux sur le langage, en particulier (accents, ambivalences sémantiques pour masquer la foi) renvoie à des terrains plus contemporains (vaste espace francophone du Sahel, par exemple). La “coexistence précaire” et le “savoir-vivre avec le trouble”, dans Survivre, peuvent renvoyer à certaines dynamiques postcoloniales francophones (ex. : conversions et identités hybrides en Afrique ou au Vietnam).

Ces stratégies de survie (“faire l’huitre”) pourraient constituer aussi, comme le suggère l’auteur dans la conclusion de son ouvrage, un laboratoire de la modernité.

Sans anachronisme, mais avec un goût pour l’interdisciplinaire et la comparaison, nous écouterons Jérémie Foa nous présenter son ouvrage, puis en discuterons avec lui, avec en appui deux regards posés sur le livre, par Sébastien Fath (GSRL) et Hélène Dumas (Centre d’études sociologiques et politiques Raymond Aron, CESOR).

Pour en savoir plus, et pour en discuter ensemble, venez nombreux échanger avec Jérémie Foa le 25 novembre 2025 au Bâtiment Recherche Nord du Campus Condorcet (pôle d’hébergement des laboratoires organisateurs, le CESOR et le GSRL).

Un Lien visio sera disponible pour celles et ceux qui souhaitent participer à distance.

A bientôt !

Pascal et Sébastien (GSRL), avec les amis du CESOR

Réunion n°17, programme ReliF, 22 septembre 2025 (invitation)

Nous nous réjouissons de vous convier à notre prochaine réunion du programme GSRL “Religion et Francophonie”, qui se tiendra le lundi 22 septembre 2025 de 14H à 16H, en salle 5.067 (5e étage du Bâtiment Recherche Nord, Campus Condorcet, Aubervilliers)

Nous aurons le plaisir d’écouter Attaoua Paule-Estelle Kra Adjangba, docteure en droit et sciences politiques de l’Université de Nantes.

Dr Attaoua Paule-Estelle Kra Adjangba (Université de Nantes)

Le constat établi par Attaoua Paule Estelle Kra Adjangba au travers de sa recherche doctorale est double. D’abord, bien que la laïcité soit inscrite dans les constitutions des deux pays, la Côte d’Ivoire et la France, son application diverge sensiblement. L’héritage de la situation coloniale y est pour quelque chose. Ensuite, même en France, la laïcité n’est pas une notion monolithique. Elle est plurielle, tiraillée par des interprétations conflictuelles et adoucie par des aménagements, tant en métropole qu’au-delà, ce qu’elle démontre à partir de plusieurs terrains d’observation, notamment l’école, les jours fériés et le mariage.

Ces investigations mènent Dr Kra Adjangba à une question centrale : quelle est la portée juridique de la laïcité en France et en Côte d’Ivoire, et comment, à partir d’une même base constitutionnelle, pourrait-on envisager une laïcité spécifique en Côte d’Ivoire, fondée sur une collaboration formelle entre l’État et les cultes ?

Pour répondre à cette question, le travail de recherche développé par Attaoua Paule Estelle Kra Adjangba s’articule autour de plusieurs objectifs. Tout d’abord, elle s’attache à explorer la signification et l’application de la laïcité dans deux États liés par la colonisation et aujourd’hui partenaires sur les plans politique, diplomatique, économique et scientifique. 

Ces deux nations francophones partagent un même pluralisme religieux, mais leurs contextes historiques et sociaux façonnent des approches distinctes, avec des degrés de sécularisation très différents.

Ensuite, à travers l’exemple de la France et de la Côte d’Ivoire, elle cherche à démontrer sous l’angle juridique et contextuel, comment les variables historiques, sociales, politiques et économiques influencent l’interprétation et l’évolution de la laïcité. 

Enfin, alors que la France débat activement de ce concept de laïcité, la Côte d’Ivoire souffre d’un vide juridique sur la question, que son travail ambitionne de combler en proposant des pistes de réflexion.

Pour en savoir plus, et pour en discuter ensemble, venez nombreux écouter Attaoua Paule-Estelle Kra Adjangba le 22 septembre 2025 au GSRL !

Cliquer ici avec le Lien visio pour celles et ceux qui ne pourront pas venir.

Un tour de table précédera l’exposé, suivi d’un temps de questions. 

A bientôt !

Pascal et Sébastien

Programme RELIF (GSRL), compte-rendu de la réunion du 30 juin 2025

Notre 16e réunion du programme « Religion et Francophonie » s’est tenue, malgré la canicule, en ce lundi 30 juin 2025 entre 14H et 16H30 dans nos locaux du Campus Condorcet, avec douze participants, dont deux à distance (par visio), Sylvie Toscer-Angot et Jean-Paul Willaime, qui sont tous deux intervenus lors du temps de question.

Le tour de table habituel a permis un bref échange de nouvelles, avec notamment l’annonce de la parution du colloque franco-belge sur les mutations religieuses, aux éditions de l’Université de Bruxelles (sous la dir. de Philippe Portier et de Jean-Philippe Schreiber)

Puis ce fut le temps d’écouter notre invitée, Corinne Valasik, professeure extraordinaire à l’Institut Catholique de Paris (ICP) et directrice adjointe du Groupe Sociétés Religions Laïcités (EPHE-PSL / CNRS). Appuyée sur une présentation Powerpoint, elle a traité de l’enjeu des prêtres africains en France, du catholicisme et du postcolonial.

Corinne Valasik, directrice adjointe du GSRL

Fait peu connu, près de la moitié des prêtres actifs en France aujourd’hui seraient des prêtres étrangers, dont 80% d’Africains. Corinne Valasik souligne la médiatisation récente de ce phénomène, mais aussi la difficulté à se procurer des chiffres à jour : d’un diocèse à l’autre, le traitement des données n’est pas toujours le même, et les relevés transmis à Rome ne sont pas toujours répercutés vers la Conférence des Evêques de France.

Au-delà d’une certaine incertitude sur les montants précis, une chose est sûre : la tendance à la “mission en retour”, pour une durée déterminée (généralement sept ans) est massive, et interroge les imaginaires, les pratiques, le rapport à la liturgie, au corps, voire à la pastorale, non sans engendrer incompréhensions, choc culturel, difficultés diverses (solitude, voire suicide).

En arrière plan, c’est tout le passage d’un paradigme colonial à un paradigme postcolonial qui est posé. Explicitant avec soin et pédagogie ses outils, sa méthodologie, ses hypothèses, Corinne Valasik montre en quoi une forme de libération de la parole permet d’interroger les relations Nord-Sud et les enjeux d’interculturalité, de formation et d’accueil, avec des situations très diverses d’un diocèse à l’autre. De nombreux décalages sont ressentis et exprimés par les prêtres africains : la découverte de la retraite, de la sécurité sociale, des congés payés, d’un côté, mais aussi une certaine solitude, et un statut social du prêtre moins valorisé en France qu’en Afrique. L’usage de la langue française diffère en partie, les paroissiens jugeant parfois le français parlé par ces prêtres de “livresque”.

Corinne Valasik (ICP, GSRL), réunion RELIF du 30 juin 2025

De quoi amorcer un processus de créolisation implicite du clergé catholique en France, comme le souligne à un moment l’historien Denis Pelletier, dans la discussion.

Son échantillon d’enquête est copieux et diversifié : il comprend notamment 48 prêtres venus d’Afrique, soit en Fidei Donum (le fidei donum désigne, dans l’Église catholique, les prêtres diocésains envoyés en mission dans d’autres diocèses ou pays pour répondre à des besoins pastoraux. Ce terme est issu de l’encyclique Fidei Donum (1957) de Pie XII), soit prêtres étudiants, des prêtres religieux, des frères/prêtres missionnaires, et certains revenus en Afrique Des entretiens particulièrement longs, d’une durée de 4heures, sont enregistrés puis retranscrits, anonymisés et analysés.

Outre ces données, des religieuses africaines en France, mais aussi des religieuses françaises, ont été interrogées, sans compter une vingtaine de laïcs en entretiens (formels ou informels), une quinzaine de prêtres français, dont certains anciennement africains, des vicaires, etc. Au total, un corpus très riche, qui permet tirer des pistes d’analyses très étayées.

Ces pistes constituent non seulement une contribution à l’histoire contemporaine du catholicisme français et francophone, grâce à l’agentivité de prêtres africains qui tendent un miroir au catholicisme français. Mais elles représentent aussi une contribution importante à l’histoire connectée de l’Afrique et de l’Europe, entre paradigme postcolonial (l’imaginaire de l’Africain en position dominée laisse place à la figure du prêtre qui officie devant un public blanc) et paradigme néocolonial (invisibilisation partielle des prêtres africains, enjeu de la ponction démographique sur les clergés d’Afrique, question du racisme).

Pour compléter le panorama donné à partir d’une approche muséographique, Corinne Valasik a conclu son propos par un retour d’expérience sur sa visite du Humboldt Forum de Berlin, un ancien musée colonial qui a tenté de repenser sa muséographie sous un prisme postcolonial, s’éloignant du cabinet de curiosité, sans complètement y parvenir…. L’occasion d’une comparaison avec le Musée Royal d’Afrique Centrale de Tervuren, près de Bruxelles, qui a tenté également une mue similaire.

Un riche temps de questions a ensuite permis de prolonger de nombreuses pistes soulevées par Corinne Valasik, soulignant la forte dimension programmatique de son terrain de recherche. Grand merci à Corinne Valasik !

Les CR des réunions RELIF pour l’AG 2025 du GSRL

« Soigner la crise en postcolonie, retour sur l’actualité du protestantisme et son rôle dans la reconfiguration de l’espace religieux au Cameroun », avec Idriss Mintoogue (postdoctorant EHESS), 2 avril 2025

« Les ‘violences religieuses’ en Afrique sahélienne et subsaharienne, regard comparatiste et mise en contexte », en collaboration avec le séminaire GSRL « Religion et violence », avec Marc-Antoine Pérouse de Montclos (IRD, CEPED), 20 mars 2025

” Histoire de la liberté religieuse, de la politique catholique, et des groupes religieux diasporiques dans la République tchèque“, avec Filip Kraus (Olomouc, Palacky University, Prague-, le 12 décembre 2024

« L’institutionnalisation du mouvement évangélique français au travers du CNEF, regards sur un chantier de recherche », avec Constance Gotte, doctorante (EPHE), 6 novembre 2024

« L’Alliance Israélite Universelle, la fabrique d’une institution transnationale francophone », avec Nadia Malinovitch (statutaire GSRL), 2 octobre 2024

« La transmission religieuse au sein de la famille au Canada et en Europe. Constats démographiques et analyses sociologiques », avec Jacob Regault Leclerc, doctorant (Université de Waterloo, Canada), en collaboration avec le programme GSRL « Laïcités, Religions et Politique », 19 juin 2024

Et deux réunions à suivre en juin 2025, le 25/06 avec Brunehaut Cros sur les réseaux religieux Hmongs (master, Univ Tours), et le 30/06 Corinne Valasik sur les prêtres africains en France (statutaire GSRL); annonces à suivre

Programme RELIF (GSRL), compte-rendu de la réunion du 12 décembre 2024

Il y a des réunions qu’on organise longtemps à l’avance, dans le cadre d’un planning rigide ; d’autres qu’on prévoit à la dernière minute, en raison d’une opportunité à ne pas rater.

C’est dans ce dernier cadre qu’a été invité le professeur Filip Kraus (Olomouc, Palacky University, Prague, Faculty of Arts, dpt of Asian Studies). C’est peu de dire que personne ne fut déçu de l’occasion, tant la présentation passionnante de Filip Kraus a captivé l’assistance du programme GSRL “Religion et Francophonie”.

L’exposé présenté n’a pas comporté de lien direct avec la thématique spécifiquement francophone. En revanche, le volet de notre programme consacré aux dynamiques diasporiques a été abondamment traité au fil d’un exposé intitulé (en anglais) : History of Religious Freedom, Catholic Politics, and Diasporic Religious Groups in the Czech Republic (Histoire de la liberté religieuse, de la politique catholique, et des groupes religieux diasporiques dans la République thèque).

Dr Filip Kraus, GSRL, Campus Condorcet (France), 12 décembre 2024

Notre collègue tchèque a déployé son analyse, à partir d’une projection Powerpoint de grande qualité (émaillé de sources et caricatures d’époque), sur la base d’un long rappel historique qui a permis de saisir à quel point le processus de pluralisation religieuse, en République Tchèque, n’a pas été linéaire. Filip Kraus a minutieusement retracé l’histoire de ce processus, à partir des guerres hussites. La guerre de Trente ans, qui aurait décimé les 2/3 de la population (!) a laissé des marques durables.

La résolution de ce conflit de nature religieuse a été obtenu avec la paix de Westphalie (1648), qui marque la victoire du parti catholique. Depuis lors, le catholicisme a été, en quelque sorte, le maître du jeu religieux, jusqu’à une période communiste marquée par discrimination et même persécution violente, en dépit d’une relation en apparence apaisée avec le pouvoir.

Démographie catholique en République tchèque

La révolution de velours, en 1989, a ensuite marqué un tournant décisif, avec des effets sécularisants qui se sont poursuivis. Filip Kraus rappelle aussi que la société tchèque reste peu ouverte, en particulier à l’égard des religions non chrétiennes, mais aussi du pentecôtisme, peu représenté (quelques milliers d’adeptes).

Les communautés juives, très importantes à l’époque de l’Empire austro-hongrois, ont été confrontées à l’exclusion. Après 1945, la défiance religieuse à l’égard des minorités a évolué vers une forme de xénophobie culturelle, les Tchèques, majoritairement athées, manifestant souvent de forts sentiments anti-islamiques. Il est intéressant de noter que cette attitude ne s’étend pas aux religions comme le bouddhisme, l’hindouisme ou les religions plus animistes. Essentiellement, la société tchèque a des préjugés sur certaines religions tout en en tolérant d’autres.

Cette présentation nous a offert un passionnant aperçu du paysage religieux pluriel de la République tchèque, sur fond d’une sécularisation massive, ouvrant sur de nombreuses questions sur les liens avec la diaspora vietnamienne, chinoise notamment. 90.000 Chinois vivraient aujourd’hui en République tchèque. Le lien entre diaspora, religion et économie n’a pas été occulté.

Des questions se sont aussi posées sur la tension entre politique identitaire, patrimonielle, de la religion (Colonne Marian reconstruite le 15 août 2020 sur la Grand Place de Prague, éminent symbole catholique ; cimetière juif de Prague…) et politique d’influence, y compris via un “soft power” possiblement activé à partir des réseaux transnationaux (pagodes, mosquées, circulations évangéliques).

Merci Filip Kraus !