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Programme RELIF (GSRL), compte-rendu de la réunion du 16 juin 2026

Organisée ce mardi 16 juin 2026, la 21e réunion du programme « Religion et Francophonie » s’est tenue entre 14H et 16H45 dans nos locaux du Campus Condorcet (salle 5.067, bâtiment Recherche Nord). 

Elle s’est comme d’habitude déroulée en mode hybride, toujours grâce à l’aide technique d’Antoine Vermande que nous remercions. La réunion a été jumelée avec le dernier séminaire EPHE-PSL de l’année 2025-26 consacré au modernisme bouddhique (directeur d’études, Pascal Bourdeaux).

Outre celles et ceux qui ont suivi à distance, la réunion a rassemblé une douzaine de participantes et participants en présentiel, autour d’un présentation particulièrement passionnante.

Pour commencer, le tour de table habituel a permis un échange de nouvelles, avant de laisser la parole à Pascal Bourdeaux (directeur d’études à l’EPHE/GSRL). Il nous a donné l’occasion de revenir sur un ouvrage collectif exceptionnel, qu’il a codirigé, à la croisée de l’histoire globale et de l’histoire connectée, réinterrogeant nos catégories à partir d’un décentrement à la fois géographique, culturel et postcolonial. Le livre en question s’intitule La question laïque vue d’Asie : Regards croisés sur les relations États–Religions (De Gruyter, 2025). Il a été dirigé par Pascal Bourdeaux, Eddy Dufourmont, André Laliberté et Rémy Madinier.

Pascal Bourdeaux, directeur d’études à l’EPHE-PSL

Pascal Bourdeaux rappelle le long processus qui a précédé cet ouvrage. Amorcée par une journée d’études en 2012, puis par un colloque international en 2014, et un second colloque international en 2018, la réflexion collective s’est déployée sur une décennie au service d’une exigence épistémologique jamais démentie : combiner sémantique historique, études croisées, pluri-disciplinaires, autour des enjeux de régulation du religieux, pour avancer sur une approche, alors particulièrement novatrice, de laïcité comparée, loin des visions occidentalistes trop réductrices. L’idée est de « faire dialoguer des systèmes très différents », non sans s’inspirer de la veine des Global studies

Une boîte à l’outil sur la laïcité, appliquée au champ asiatique

Après avoir détaillé l’itinéraire scientifique qui a abouti à un premier ouvrage en anglais (2022), puis à l’ouvrage en langue française (2025), Pascal Bourdeaux entre dans le « cœur du réacteur », à savoir les contenus rassemblés dans La question laïque vue d’Asie. André Laliberté, Pascal Bourdeaux, Eddy Dufourmont, Rémy Madinier ouvrent le bal avec une introduction qui pointe la question des « mots, concepts et pratiques » (p.1 à 18 ; André Laliberté évoque et analyse ensuite les « Modernités multiples enchevêtrées et diversité des États laïcs », en référence, notamment, aux travaux de Schmuel Eisenstadt (p.19 à 44).

Jean Baubérot poursuit par un cadrage stimulant sur « Laïcité, sécularisme, sécularisation : Quelques hypothèses concernant l’Asie . . . et ailleurs » (p. 45 à 62). Pascal Bourdeaux souligne la fécondité du cadre théorique forgé par Jean Baubérot, dont la souplesse typologique (sept modèles) a servi de boîte à outil conceptuelle sur les terrains asiatiques étudiés. Peter Van der Veer propose, du haut de sa longue expérience, une approche synthétique sur la laïcité en Asie (p. 63 à 74), passant ensuite le relai à Rémy Madinier qui s’interroge : « Le Pancasila en Indonésie : une « laïcité religieuse » menacée ? » (p.75-94).

A partir du passionnant dossier du paléo-hindouisme à Bali, Michel Picard creuse ensuite la question suivante « Religion, sécularisation et contre-sécularisation à Bali » (p.95 à 118). Le cas vietnamien, ausculté par Pascal Bourdeaux, permet de mettre en lumière la fécondité heuristique d’une historicisation des modèles de laïcité, période par période (p.119 à 150). Aminah Mohammad-Arif revient ensuite sur le modèle de régulation indien, entre « originalité et limites » (p. 151 à 168), avant qu’Eddy Dufourmont ne traite de la laïcisation du Japon moderne (p.169 à 192). A front renversé, Ji Zhe s’interroge, après le dossier japonais, sur le regard porté depuis la Chine sur la laïcité française au début du XXe siècle (p. 193 à 218). Dans une contribution originale, qui a été rajoutée par rapport à l’édition de 2022 (De Gruyter) en anglais, André Laliberté se penche sur la « laïcité sinisée de Taïwan » (p.219-244), avant que Bénédicte Brac de la Perrière ne ferme le ban avec une réflexion sur la religion en tant qu’enjeu de transition politique en Birmanie, entre sécularisme autoritaire et projet de nationalisme religieux bouddhiste (p. 245-270). 

En restituant les apports de chaque chapitre, Pascal Bourdeaux souligne combien l’enjeu de la retraduction en français n’a pas été de tout repos : un « territoire circulatoire des concepts » se dessinerait ainsi, les notions se voyant traduites, retravaillées, et renvoyées en boomerang.

La mise en perspective d’Alexis

Alexis, étudiant de Pascal Bourdeaux, a ensuite pris la parole pour relancer la discussion, à partir d’une fiche de lecture réalisée sur l’ouvrage, et présentée dans le cadre du séminaire EPHE de Valentine Zuber. Il salue le « liant » apporté par la typologie des laïcités de Jean Baubérot, et pointe des pistes d’élargissement à d’autres terrains asiatiques, comme l’Iran, le Pakistan, la Corée du Sud, ce qui pourrait permettre à cet ouvrage fondamental de devenir un manuel de synthèse sur la question, pour toute l’Asie.

Alexis note aussi l’intérêt de découvrir, dans l’ouvrage, des débats et des perspectives parfois divergentes, signalant ainsi la liberté académique qui a nourrit l’ensemble du projet. André Laliberté, ainsi, ne considère pas la Chine ou le Vietnam comme laïques, alors que Jean Baubérot, au contraire, estime que ces deux terrains relèvent bien de la laïcité, mais d’une laïcité antireligieuse. 

Un copieux temps de questions a prolongé l’exposé à deux voix présenté par Pascal et Alexis. Les deux intervenants ont répondu avec détail et précision aux remarques et observations faites. L’enjeu de la circulation et de la transitivité des notions a nourri des échanges animés, tout comme la perspective d’élargir par un comparatisme Sud-Sud entre l’Asie et l’Afrique (cf. l’ouvrage collectif L’Afrique des laïcités: Etat, religion et pouvoirs au Sud du Sahara, 2014 ).

Théologie vs Cosmologie

Le point aveugle de l’approche juridique et constitutionnelle a été également évoqué, tout comme la question du monothéisme des valeurs (Max Weber). L’occasion, pour Pascal Bourdeaux, de pointer le fait que le divin n’est pas forcément un prérequis de la discussion, proposant de faire jouer la tension entre « théologie » et « cosmologie ». Passionnant !

De riches échanges, un auditoire attentif et réactif

La discussion a également relevé l’intérêt de distinguer la laïcité, dans ses diverses déclinaisons, d’autres régimes de régulation, comme la religion civile (dossier japonais), le nationalisme religieux (dossier birman), le sécularisme anti-religieux (dossier mongol communiste). Le projet de dictionnaire sur les notions, cultivé par le grand programme RELIGIS, ne manquera pas, souligne Pascal Bourdeaux, de se saisir de ces enjeux. 

Bien des pistes passionnantes à poursuivre dans le cadre d’une histoire globale et connectée marquée aujourd’hui par les effets « boomerang » de la mondialisation postcoloniale et de nouvelles dynamiques Sud-Sud.

Grand merci Pascal Bourdeaux et Alexis ! 

Réunion n°21, programme RELIF, invitation (Pascal Bourdeaux)

Après un temps de réflexion collective (marqué notamment par une contribution programmatique proposée au GSRL, mûrie entre l’école interne de Maintenon du GSRL les 27 et 28 mars 2026, et le mois de mai dernier), il y a du nouveau au programme RELIF !

Nous nous réjouissons vivement de vous convier à notre prochaine réunion du programme GSRL “Religion et Francophonie”, qui se tiendra le mardi 16 juin 2026 de14:00-16:30 salle 5.067, bâtiment recherche nord (5e étage), au Campus Condorcet (Aubervilliers). 

Après le tour de table habituel, nous aurons le grand plaisir d’écouter Pascal Bourdeaux, directeur d’études à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (EPHE-PSL), par ailleurs co-responsable de ce programme de recherche GSRL.

Pascal Bourdeaux, directeur d’études à l’EPHE-PSL

Pascal Bourdeaux nous donnera l’occasion de revenir sur un ouvrage exceptionnel, qu’il a codirigé, à la croisée de l’histoire globale et de l’histoire connectée, réinterrogeant nos catégories à partir d’un décentrement à la fois géographique, culturel et postcolonial.

Le livre en question, La question laïque vue d’Asie : Regards croisés sur les relations États–Religions (De Gruyter, 2025) est un ouvrage collectif dirigé par Pascal Bourdeaux, Eddy Dufourmont, André Laliberté et Rémy Madinier.


Il examine la diversité des formes de laïcité et de sécularisme dans plusieurs sociétés asiatiques.
L’ouvrage remet en question une conception exclusivement occidentale de la laïcité, souvent fondée sur l’expérience européenne et chrétienne.
Les auteurs analysent les trajectoires historiques propres à des pays tels que l’Inde, le Japon, la Chine, Taïwan, l’Indonésie, le Vietnam et le Myanmar.
Ils montrent que les relations entre l’État et les religions résultent de contextes culturels, linguistiques et politiques spécifiques.

Cet ouvrage, qui a été également traduit et publié en anglais, examine la diversité des États laïques à travers une pluralité de perspectives asiatiques et retrace leurs origines dans des trajectoires singulières, façonnées au fil des siècles par les traditions religieuses, les langues et les structures et interactions sociopolitiques. Ces études de cas décentrent et élargissent le débat sur la laïcité, en s’éloignant des références au christianisme comme cadre de référence pour appréhender le désenchantement du monde.

 

Les chapitres de ce livre analysent cette question dans des contextes nationaux en examinant la formation historique du lexique qui a défini le « séculier », l’« État laïque » et la laïcité. Cette approche implique de prendre en compte les langues vernaculaires modernes et leurs précédents dans les traditions écrites, souvent très anciennes. Cet ouvrage présente trois cadres d’interprétation : la modernité multiple, la variété de la laïcité et les typologies des États laïques postcoloniaux.

Un très riche grain à moudre que le professeur Pascal Bourdeaux nous présentera dans le cadre d’un exposé suivi d’une discussion.

Qu’on se le dise, venez en nombre !

 









 









 

Programme RELIF (GSRL), compte-rendu de la réunion du 26 février 2026

Organisée ce jeudi 26 février 2026, la 20e réunion du programme « Religion et Francophonie » s’est tenue entre 14H et 16H30 dans nos locaux du Campus Condorcet (salle 5.067, bâtiment Recherche Nord). Elle s’est déroulée en mode hybride, grâce à l’aide technique d’Antoine Vermande que nous remercions.

Outre les auditeurs qui ont suivi à distance, la réunion a rassemblé sept personnes en présentiel, autour d’un beau programme.

Le tour de table habituel a permis un échange de nouvelles, avant de laisser la parole à Marc Lebranchu (GSRL), auteur de Découvrir le taoïsme, Histoire, courants, fondements et pratiques (Paris, Eyrolles, 2020). A l’aide d’une projection Powerpoint particulièrement soignée, il a traité du thème Taoïsme en francophonie. Comment une religion chinoise s’est inscrite dans le monde francophone.

Commençant par quelques considérations méthodologiques, il souligne le décalage entre « l’invention » (c’est-à-dire la découverte) en Europe du taoïsme, qui reste relativement récente -une érudition, longtemps via des lunettes confessionnelles, en déploiement progressif-, et une tradition profondément ancrée et imbriquée dans la culture chinoise depuis environ deux millénaires.

Le taoïsme entretient un certain régime de confusion avec un fonds commun de la pensée chinoise, et nécessite, pour être appréhendé en profondeur, une bonne connaissance en sinologie. Marc Lebranchu décrit avec pédagogie et finesse, non sans humour, un univers religieux complexe, décentralisé, non-missionnaire (contrairement au bouddhisme) et sans magistère, qui conjugue notamment des pratiques communautaires ascriptives, non confessionnelles, et des pratiques individuelles, personnelles, monastiques ou érémitiques. 

On poursuit par un survol extrêmement complet de l’historiographie comparée du taoïsme depuis l’époque moderne, avec des figures emblématiques comme Edouard Chavannes et Paul Pelliot, au début du XXe siècle, Henri Maspero (1883-1945), et bien d’autres. Ce processus de transmission, traduction, et de relecture plus ou moins sélective témoigne entre autres du rôle clef joué, en France, par la 5e section de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, mais aussi, plus globalement, d’une translation progressive d’un pôle francophone vers un pôle anglophone. 

Premières associations taoïstes en Europe depuis 1993

Marc Lebranchu nous décrit l’acculturation progressive, récente, différenciée, du taoïsme en Europe et dans la francophonie. Les premières associations taoïstes en Europe ? Elles datent de 1993, majoritairement à l’initiative de taoïsants occidentaux. Chemin faisant, notre orateur détaille des parcours singuliers comme celui de Karine Martin, française et première prêtresse européenne à avoir été initiée en 2016 (ce qui lui donne pleinement le titre de taoïste, réservé en principe aux initiés).

Dans la vision taoïste, on combine enseignements révélés par des divinités primordiales et des immortels, ainsi que des rituels communautaires ou individuels, pour les vivants et les morts ; des pratiques individuelles s’ajoutent également. En Occident, à l’intérieur ou à l’extérieur de la francophonie, cette grammaire religieuse est souvent revisitée comme une boîte à outil, une religion choisie, non-assignée, ultraminoritaire et en évolution constante ; on comprend aussi, au fil des explications et analyses, qu’il existe toute une gamme de rapports possibles au taoïsme, qui vont d’un consumérisme utilitariste à une formation approfondie, notamment via l’enseignement exigeant de maître à disciple.

Pour synthétiser des développements très riches et nuancés, Marc Lebranchu pointe, au fil de la démonstration, un déclin de l’influence française, européenne et catholique depuis le XVIIe siècle. On quitte un creuset européen chrétien pour des recompositions à l’échelle du monde global. La perception-représentation des traditions de culture de soi chinoises passe du biais de l’euro-centrisme à celui de l’américano-centrisme consumériste, et du biais du rationalisme laïque militant à celui du New Age psycho-mystique.  

Il fait également le constat d’un développement du taoïsme très progressif, et par capillarité : au sein de réseaux européens d’une part, via l’orientalisme, l’ésotérisme, les arts martiaux, la médecine ; au sein des Etats-Unis (notamment depuis la Californie) d’autre part, via enseignants sino-américains de Hong Kong, de Taïwan, mais aussi une vaste production éditoriale ; ces déploiements s’effectuent dans la majorité des cas sans lien direct avec la Chine ou même avec les communautés diasporiques. 

Hypothèse d’un néo-taoïsme occidental populaire

Il conclut en ouvrant sur de multiples pistes à poursuivre, en particulier sur l’hypothèse de l’invention d’un néo-taoïsme occidental populaire : une offre cognitive exotique, alternative implicite aux modèles religieux/rationnels occidentaux, donnant place à un monisme dualiste (yinyang), un naturalisme spiritualiste, offrant large espace à la nature, au féminin, au corps, avec des signifiants flottants susceptibles de toutes les projections/interprétations.

Inventée en partie par des Américains blancs et des émigrés chinois occidentalisés en quête d’identité, cette offre néo-taoïste serait centrée sur des pratiques psychocorporelles hybrides de développement personnel / Guérison.

Laozi en serait le sage fondateur, d’une sagesse immémoriale, ‘authentique’, universelle. Et on note que la connaissance/maîtrise de la langue chinoise s’avère très rare dans ces cercles « néo-taoïstes », où le niveau de diplôme, en revanche, est plutôt élevé, avec une forte sur-représentation de femmes. 

Un copieux temps de questions a prolongé l’exposé présenté (y compris à partir de l’auditoire qui suivait par écran interposé), s’interrogeant notamment sur l’histoire comparée de l’occidentalisation du bouddhisme et du taoïsme, sur la nature des rites domestiques pratiqués, ou sur les raisons du basculement de la francophonie vers l’anglophonie.

Bien des pistes passionnantes à poursuivre dans le cadre d’une histoire globale et connectée marquée aujourd’hui par les effets « boomerang » de la mondialisation postcoloniale. Grand merci Marc Lebranchu ! 

Réunion n°20, programme ReliF, 26 février 2026, invitation

Nous nous réjouissons de vous convier à notre prochaine réunion du programme GSRL “Religion et Francophonie”, qui se tiendra le jeudi 26février 2026 de14:00-16:30 salle 5.067, bâtiment recherche nord (5e étage), au Campus Condorcet (Aubervilliers). 

Après le tour de table habituel, nous aurons le grand plaisir d’écouter Dr Marc Lebranchu , un des piliers de notre laboratoire GSRL, notamment auteur dDécouvrir le taoïsme, Histoire, courants, fondements et pratiques (Paris, Eyrolles, 2020). 

Marc Lebranchu interviendra sur le thème suivant : 

Taoïsme en francophonie. Comment une religion chinoise s’est inscrite dans le monde francophone.


Depuis la fin du XXe siècle le taoïsme, tradition religieuse spécifiquement chinoise vieille de deux millénaires, connaît un intérêt grandissant au niveau mondial, porté par la diffusion du DaodejingLivre de la Voie et de la/sa Vertu, attribué à Laozi (2200 traductions en 97 langues), le développement de pratiques chinoises : arts martiaux, avec le taijiquan (Boxe du Faîte suprême), techniques d’entretien de la vie (qigong, yangsheng), ou pratiques ésotériques (mantique, géobiologie, alchimie interne, talismans, …). A partir des années 2000 on assiste en Europe, en particulier francophone, à la création d’associations nationales, l’ouverture de temples, parfois éphémères (France), d’un centre culturel taoïste (Suisse), l’organisation de multiples séminaires et la venue de moines chinois.

Si les premières « conversions », certes rares, ont lieu, elles vont se développer progressivement auprès d’enseignants occidentaux plus ou moins formés en Chine. L’une des dernières a vu la prise de vœux de 60 Occidentaux en Suisse en 2024. Si cette évolution touche principalement le monde occidental, des prémisses commencent à être perceptibles en Afrique accompagnées par le développement du soft power chinois,


Si ces événements témoignent de l’intérêt grandissant pour le taoïsme ils s’ancrent aussi dans la longue histoire religieuse et intellectuelle qui relie le monde francophone européen et la Chine depuis le XVIIe siècle. Histoire qui illustre et reflète à la fois le déclin du christianisme et de l’influence française et leur substitution par les valeurs consuméristes pragmatiques et individualistes portées par modèle néo-libéral américain et sa mondialisation.


Marc Lebranchu abordera successivement les différents rôles joués par le monde francophone européen dans l’invention du taoïsme en Occident, puis l’internationalisation de ce dernier dans le monde francophone sous la double contrainte de la mondialisation et du soft power chinois.

Venez nombreux à cette séance qui s’annonce passionnante ! 

Attention, le lien visio a changé.

Le bon lien est : http://meet.goto.com/labgsrl/religionetfrancophonie‌

Programme RELIF (GSRL), compte-rendu de la réunion du 25 novembre 2025 

En collaboration avec “Les débats du CESOR“, laboratoire ami que nous remercions vivement, notre 18e réunion du programme « Religion et Francophonie » s’est tenue, en ce mardi 25 novembre 2025 entre 16H et 18H00 dans nos locaux du Campus Condorcet (salle 3.001 réservée par le CESOR), en débat avec les passionnants travaux de l’historien Jérémie Foa (Maître de conférences HDR en Histoire moderne à l’Université d’Aix-Marseille).


Devant une salle comble (env. 25 personnes, sans compter la visio), il nous a présenté son dernier ouvrage, “Survivre, Une histoire des guerres de religion”, Paris, Seuil, 2024 (prix de l’essai France Culture / Arte 2025). 

Jérémie Foa nous présente “Survivre”, à l’aide d’un Powerpoint qui donne un aperçu de ses sources

Après les habituels ajustements techniques de rigueur, requis notamment en raison des exigences du distantiel (zoom) et du partage du Powerpoint présenté par Jérémie Foa, nous nous sommes passés cette fois-ci du tour de table dont nous avons l’habitude au programme RELIF, au profit d’un exposé liminaire condensé et hautement stimulant de Jérémie Foa, suivi d’une lecture croisée proposée par deux discutants, Hélène Dumas (Centre d’études sociologiques et Politiques Raymond Aron/CESOR) et Sébastien Fath (GSRL/EPHE).

L’historien et seiziémiste Jérémie Foa a ouvert la séance en rappelant les conditions d’élaboration de cette nouvelle recherche, consacrée aux enjeux de survie, au long de quatre décennies, au temps des guerres de religion.

Il explique avoir souhaité sortir d’un temps court, celui du massacre de masse, effectué par surprise, et à rebours de l’expérience passée des Huguenots (cf. son livre 2021 sur la Saint Barthélémy, “massacre entre voisins”), pour étudier des logiques sociales inscrites dans un temps plus long.

Crise sémiotique provoquée par la dérégulation de l’espace public

Que produit sur une société l’embrasement d’une guerre civile étalée sur quarante ans ? S’inspirant de Michel de Montaigne, contemporain des événements, il pointe la crise sémiotique provoquée par la guerre : chacun en vient à se méfier de tout le monde, d’autant que rien ne ressemble plus à un catholique, qu’un protestant. Et si l’on se retrouvait égorgé par un ami ?

De multiples fronts s’ouvrent, jusque dans la chambre à coucher, transformée en cœur névrotique de la guerre civile. C’est le temps de l’hyper vigilance. Les objets du quotidien, jadis univoques et familiers, deviennent potentiellement suspects, à l’image des horloges, désormais susceptibles de contenir une bombe. Cette image de l’horloge dont le sens s’opacifie, pourrait d’ailleurs servir de métaphore au dérèglement du temps et de l’espace engendré par le conflit fratricide.

Avec verve et souci pédagogique, ouvrant généreusement sa boîte à outil conceptuelle, nourrie de sociologie interactionniste (E. Goffman), de sémiotique, de Bourdieu etc., Jérémie Foa illustre son résumé par quelques sources d’époque fort bien choisies (images et textes) qui redonnent une épaisseur et une quotidienneté à un conflit qui n’a pas seulement mobilisé le Politique, ni la Religion et l’Eschatologie, mais a imprégné l’habitus et les moindres détails de la vie ordinaire des Françaises et Français au temps tumultueux des “troubles de religion”.

La venue de Jérémie Foa (Université Aix/Marseille) a fait salle comble !

Quatre angles d’analyse, qui constituent autant de parties du livre, sont rappelés par l’auteur .

La guerre civile alimente d’abord un doute sur les personnes. Qui vive ? Il s’agit de s’identifier, et de répondre au guet (équivalent du check-point aujourd’hui) dans un espace social instable, changeant, où une ville peut devenir catholique, puis protestante. Une demande de mise en conformité est requise, qui suppose un apprentissage du mensonge et de la dissimulation, pour rester en vie.

La guerre de religion nourrit ensuite un doute sur les espaces. Dans un contexte de dérégulation politique et spatiale, il s’agit de réapprendre à lire la distance, le lieu, la ville. Non sans peur (fantasmatique) du marquage, qui suscite une abondante paralittérature et des légendes urbaines -comme celle du marquage des portes lors de la Saint Barthélémy, qui n’a jamais eu lieu-.

Un doute sur les objets du quotidien s’invite aussi dans la durée. Tout ce qui est creux ne peut-il pas cacher une bombe ? L’inquiétude se porte désormais sur les objets, instruments, meubles les plus triviaux.

Enfin, la guerre fratricide engendre aussi un doute sur la langue (thème de la 4e et dernière partie du livre), entre création d’une « novlangue des troubles », invention de néologismes, et neutralisation/appauvrissement des énoncés, pour passer inaperçu.

En fin de compte, l’époque analysée par l’historien Jérémie Foa débouche sur la fabrique d’une femme et d’un homme post-guerre civile qui a appris à dissimuler, contrôler ses émotions : ce n’est pas la figure du brutal et du sanguin qui s’impose, mais celle du sang froid et de la maîtrise, non sans des effets de modernité, par la neutralisation progressive de l’espace public, mis à distance des factions religieuses.

Discussions après l’exposé : pistes comparatistes

Hélène Dumas (CNRS), spécialiste du génocide des Tutsi au Rwanda, a ensuite engagé en profondeur la discussion avec l’auteur, depuis Kigai (Rwanda), où elle intervenait en visioconférence. Elle a d’abord pointé l’effet de miroir entre les massacres et troubles religieux de la seconde moitié du XVIe siècle, en France, et le contexte du génocide rwandais.

Elle a ensuite souligné l’importance d’une élaboration très fine du savoir sur ces enjeux, dans une granulométrie qui parviennent à faire ressortir l’apparente  banalité des « massacres entre voisins ». 

Sébastien Fath (CNRS) a de son côté pointé les passerelles avec la micro-histoire (Ginzburg), l’histoire des émotions (Barbara Rosenwein), et l’anthropologie historique de la coexistence confessionnelle (Kaplan, Luria, Caroll etc.), et ouvert vers des pistes comparatistes avec l’espace sahélien contemporain, marqué depuis plus de trois décennies par des phénomènes de guerre civile qui interrogent les usages de la langue française (#francophonie, #résilience) et les frontières confessionnelles.

Hélène Dumas comme Sébastien Fath ont lancé quelques questions, auxquelles Jérémie Foa ne s’est pas dérobé, nourrissant du même coup une envie de débattre davantage.

La séance s’est dès lors poursuivie par un riche temps de questions avec les collègues/étudiantes et étudiants présents, qui ont porté tantôt sur les outils conceptuels utilisés, tantôt sur les sources -actes notariés du XVIe siècle-, tantôt sur des pistes comparatistes -notamment avec la Syrie contemporaine, évoquée par Emma Aubin-Boltanski, directrice du CESOR-, tantôt, enfin, sur les projets de recherche de Jérémie Foa.

Ce dernier nous a notamment annoncé travailler à un ouvrage avec Hélène Dumas sur l’enjeu des massacres de masse.

Grand merci à Jérémie Foa (Université Aix/Marseille) de nous avoir rejoints depuis Marseille (où il est reparti après la séance), pour se prêter avec pertinence et bienveillance à cet exercice de discussion autour de son dernier livre, et “tout de bon” à lui pour ses prochains projets éditoriaux, que nous suivrons de près !

Programme RELIF (GSRL), compte-rendu de la réunion du 22 septembre 2025

Notre 17e réunion du programme « Religion et Francophonie » s’est tenue, en ce lundi 22 septembre 2025 entre 14H et 17H00 dans nos locaux du Campus Condorcet, à l’écoute des passionnants travaux comparatistes de Mme Paule-Estelle Adjanba (Université de Nantes), qui nous a de surcroît régalés d’un excellent diaporama Powerpoint d’accompagnement (qu’elle nous communiquera bientôt).

Si la quantité des participants n’était pas tout à fait au rendez-vous (en cause, d’autres réunions au même horaire, et un mois de septembre chargé), la qualité était bien là en revanche , avec six participants très réactifs, dont deux à distance (par visio), Philippe Portier et Anne Ruolt, qui sont tous deux intervenus lors du temps de question.

Le tour de table habituel a permis un bref échange de nouvelles, avec notamment l’annonce de la venue, le 25 novembre prochain, de l’historien Jérémie Foa, qui interviendra lors d’une séance que nous co-organisons avec le laboratoire CESOR (le mardi de 16H à 18H). Plus d’infos à suivre bientôt !

Ce fut ensuite au tour de Paule-Estelle Adjanba de prendre la parole pour un exposé didactique très fouillé, nourri des travaux déployés dans sa thèse de doctorat de l’Université de Nantes (Faculté de Droit et des Sciences Politiques), soutenue le 28 juin 2024 (lien). Elle s’appuie sur une riche enquête de terrain, alimentée de nombreux entretiens (notamment avec le Bureau des cultes, en France, et la Direction générale des cultes, en Côte d’Ivoire, mais aussi des élus locaux, des acteurs religieux et éducatifs), et éclairée à la fois par le droit, les sciences politiques, et la sociologie historique.

Un principe constitutionnel commun, décliné différemment
(Paule Estelle Adjanba, 22 septembre 2025, GSRL)

Notre invitée commence par mettre en parallèle l’acceptation sociale généralisée, en Côte d’Ivoire, autour de la participation du président Ouattara à certaines rencontres religieuses, qui contraste avec les débats vifs et les critiques acerbes qui fusent lorsque le président Macron assiste à une messe présidée par le pape François au stade vélodrome de Marseille.

Laïcité de collaboration / La¨ïcité de séparation

Constitutionnellement laïques, les deux pays, la Côte d’Ivoire et la France, partagent, en apparence, un même référentiel. Mais ils ne perçoivent pas la laïcité de la même manière. Société très peu sécularisée, imprégnée par un rapport à la religion non dissocié du reste de la réalité sociale, la Côte d’Ivoire est aussi héritière d’une histoire de collaboration coloniale entre colons français et religions. Elle interprète et applique une laïcité qui s’apparente à une laïcité de collaboration avec les religions. Ce modèle diffère à bien des égards, de la laïcité de séparation française, même si certains croisements s’opèrent, d’autant que suivant les périodes et les aides géographiques (hexagone, outre-mer), la France n’a pas une application univoque de la laïcité.

Le rôle de la chronologie (décolonisation) et du contexte local (une société profondément religieuse, composée d’au moins 60 ethnies différentes) est souligné, pour expliquer des écarts qui interrogent, en creux, les modèles de régulation des deux pays. En Côte d’Ivoire, c’est un pragmatisme qui domine, mais aussi un souci d’équidistance entre les cultes, d’arbitrage et de dialogue, sans séparation.

22 septembre 2025, Campus Condorcet (GSRL)

En France, la séparation, en principe, est de règle, même si, de facto, ce n’est pas forcément le cas. Le financement des religions, en Côte d’Ivoire, est explicité, au grand jour. Il est accepté, même s’il soulève certains enjeux en matière d’instrumentalisation et de clientélisme. Il apparaît normal de rencontrer les représentants des différentes confessions religieuses, et le mariage coutumier (largement imprégné de religion traditionnelle) reste central, au point qu’en 2019, on a supprimé les sanctions pénales jusque-là prévues lorsque le mariage coutumier passe avant le mariage civil.

Quant aux jours fériés en Côte d’Ivoire, ils sont ouverts à toutes les religions, conformément au pluralisme et à la diversité religieuse du pays. Le question de la langue française, et de l’usage du mot “laïcité”, n’a pas été éludée, avec l’enjeu, aujourd’hui, de reformuler, à partir des expressions de la population ivoirienne, cette “laïcité”. Quel mot retenir ? Et quels contenus juridiques adosser à la notion ?

Une des conclusions de Paule-Estelle Adjanba est qu’il n’existe pas encore de formalisation juridique opérante de la laïcité constitutionnelle. Cette dernière n’est pourtant pas sans effets, notamment en matière de non-discrimination, mais elle souffre d’un manque de traduction dans le droit et la jurisprudence, à partir des réalités ivoiriennes.

N’hésitant pas à esquisser des propositions programmatiques, elle ouvre des pistes pour prévenir les risques du clientélisme politico-religieux. Des enjeux d’autant plus vivaces que la société ivoirienne fut marquée, en 2010-2011, par un conflit interne à fort caractère politico-religieux, attisé par une fièvre prophétique qui a fracturé la société.

Un riche temps de questions, portant en particulier sur le contexte ivoirien (ses religions, l’enjeu sectaire, le poids discret de la franc-maçonnerie) et sur le régime de laïcité en jeu (Philippe Portier) ont conclu une séance très stimulante. Grand merci Paule Estelle Adjanba, et “tout de bon” pour la publication de cette passionnante thèse de doctorat.

Réunion n°17, programme ReliF, 22 septembre 2025 (invitation)

Nous nous réjouissons de vous convier à notre prochaine réunion du programme GSRL “Religion et Francophonie”, qui se tiendra le lundi 22 septembre 2025 de 14H à 16H, en salle 5.067 (5e étage du Bâtiment Recherche Nord, Campus Condorcet, Aubervilliers)

Nous aurons le plaisir d’écouter Attaoua Paule-Estelle Kra Adjangba, docteure en droit et sciences politiques de l’Université de Nantes.

Dr Attaoua Paule-Estelle Kra Adjangba (Université de Nantes)

Le constat établi par Attaoua Paule Estelle Kra Adjangba au travers de sa recherche doctorale est double. D’abord, bien que la laïcité soit inscrite dans les constitutions des deux pays, la Côte d’Ivoire et la France, son application diverge sensiblement. L’héritage de la situation coloniale y est pour quelque chose. Ensuite, même en France, la laïcité n’est pas une notion monolithique. Elle est plurielle, tiraillée par des interprétations conflictuelles et adoucie par des aménagements, tant en métropole qu’au-delà, ce qu’elle démontre à partir de plusieurs terrains d’observation, notamment l’école, les jours fériés et le mariage.

Ces investigations mènent Dr Kra Adjangba à une question centrale : quelle est la portée juridique de la laïcité en France et en Côte d’Ivoire, et comment, à partir d’une même base constitutionnelle, pourrait-on envisager une laïcité spécifique en Côte d’Ivoire, fondée sur une collaboration formelle entre l’État et les cultes ?

Pour répondre à cette question, le travail de recherche développé par Attaoua Paule Estelle Kra Adjangba s’articule autour de plusieurs objectifs. Tout d’abord, elle s’attache à explorer la signification et l’application de la laïcité dans deux États liés par la colonisation et aujourd’hui partenaires sur les plans politique, diplomatique, économique et scientifique. 

Ces deux nations francophones partagent un même pluralisme religieux, mais leurs contextes historiques et sociaux façonnent des approches distinctes, avec des degrés de sécularisation très différents.

Ensuite, à travers l’exemple de la France et de la Côte d’Ivoire, elle cherche à démontrer sous l’angle juridique et contextuel, comment les variables historiques, sociales, politiques et économiques influencent l’interprétation et l’évolution de la laïcité. 

Enfin, alors que la France débat activement de ce concept de laïcité, la Côte d’Ivoire souffre d’un vide juridique sur la question, que son travail ambitionne de combler en proposant des pistes de réflexion.

Pour en savoir plus, et pour en discuter ensemble, venez nombreux écouter Attaoua Paule-Estelle Kra Adjangba le 22 septembre 2025 au GSRL !

Cliquer ici avec le Lien visio pour celles et ceux qui ne pourront pas venir.

Un tour de table précédera l’exposé, suivi d’un temps de questions. 

A bientôt !

Pascal et Sébastien

Programme RELIF (GSRL), compte-rendu de la réunion du 30 juin 2025

Notre 16e réunion du programme « Religion et Francophonie » s’est tenue, malgré la canicule, en ce lundi 30 juin 2025 entre 14H et 16H30 dans nos locaux du Campus Condorcet, avec douze participants, dont deux à distance (par visio), Sylvie Toscer-Angot et Jean-Paul Willaime, qui sont tous deux intervenus lors du temps de question.

Le tour de table habituel a permis un bref échange de nouvelles, avec notamment l’annonce de la parution du colloque franco-belge sur les mutations religieuses, aux éditions de l’Université de Bruxelles (sous la dir. de Philippe Portier et de Jean-Philippe Schreiber)

Puis ce fut le temps d’écouter notre invitée, Corinne Valasik, professeure extraordinaire à l’Institut Catholique de Paris (ICP) et directrice adjointe du Groupe Sociétés Religions Laïcités (EPHE-PSL / CNRS). Appuyée sur une présentation Powerpoint, elle a traité de l’enjeu des prêtres africains en France, du catholicisme et du postcolonial.

Corinne Valasik, directrice adjointe du GSRL

Fait peu connu, près de la moitié des prêtres actifs en France aujourd’hui seraient des prêtres étrangers, dont 80% d’Africains. Corinne Valasik souligne la médiatisation récente de ce phénomène, mais aussi la difficulté à se procurer des chiffres à jour : d’un diocèse à l’autre, le traitement des données n’est pas toujours le même, et les relevés transmis à Rome ne sont pas toujours répercutés vers la Conférence des Evêques de France.

Au-delà d’une certaine incertitude sur les montants précis, une chose est sûre : la tendance à la “mission en retour”, pour une durée déterminée (généralement sept ans) est massive, et interroge les imaginaires, les pratiques, le rapport à la liturgie, au corps, voire à la pastorale, non sans engendrer incompréhensions, choc culturel, difficultés diverses (solitude, voire suicide).

En arrière plan, c’est tout le passage d’un paradigme colonial à un paradigme postcolonial qui est posé. Explicitant avec soin et pédagogie ses outils, sa méthodologie, ses hypothèses, Corinne Valasik montre en quoi une forme de libération de la parole permet d’interroger les relations Nord-Sud et les enjeux d’interculturalité, de formation et d’accueil, avec des situations très diverses d’un diocèse à l’autre. De nombreux décalages sont ressentis et exprimés par les prêtres africains : la découverte de la retraite, de la sécurité sociale, des congés payés, d’un côté, mais aussi une certaine solitude, et un statut social du prêtre moins valorisé en France qu’en Afrique. L’usage de la langue française diffère en partie, les paroissiens jugeant parfois le français parlé par ces prêtres de “livresque”.

Corinne Valasik (ICP, GSRL), réunion RELIF du 30 juin 2025

De quoi amorcer un processus de créolisation implicite du clergé catholique en France, comme le souligne à un moment l’historien Denis Pelletier, dans la discussion.

Son échantillon d’enquête est copieux et diversifié : il comprend notamment 48 prêtres venus d’Afrique, soit en Fidei Donum (le fidei donum désigne, dans l’Église catholique, les prêtres diocésains envoyés en mission dans d’autres diocèses ou pays pour répondre à des besoins pastoraux. Ce terme est issu de l’encyclique Fidei Donum (1957) de Pie XII), soit prêtres étudiants, des prêtres religieux, des frères/prêtres missionnaires, et certains revenus en Afrique Des entretiens particulièrement longs, d’une durée de 4heures, sont enregistrés puis retranscrits, anonymisés et analysés.

Outre ces données, des religieuses africaines en France, mais aussi des religieuses françaises, ont été interrogées, sans compter une vingtaine de laïcs en entretiens (formels ou informels), une quinzaine de prêtres français, dont certains anciennement africains, des vicaires, etc. Au total, un corpus très riche, qui permet tirer des pistes d’analyses très étayées.

Ces pistes constituent non seulement une contribution à l’histoire contemporaine du catholicisme français et francophone, grâce à l’agentivité de prêtres africains qui tendent un miroir au catholicisme français. Mais elles représentent aussi une contribution importante à l’histoire connectée de l’Afrique et de l’Europe, entre paradigme postcolonial (l’imaginaire de l’Africain en position dominée laisse place à la figure du prêtre qui officie devant un public blanc) et paradigme néocolonial (invisibilisation partielle des prêtres africains, enjeu de la ponction démographique sur les clergés d’Afrique, question du racisme).

Pour compléter le panorama donné à partir d’une approche muséographique, Corinne Valasik a conclu son propos par un retour d’expérience sur sa visite du Humboldt Forum de Berlin, un ancien musée colonial qui a tenté de repenser sa muséographie sous un prisme postcolonial, s’éloignant du cabinet de curiosité, sans complètement y parvenir…. L’occasion d’une comparaison avec le Musée Royal d’Afrique Centrale de Tervuren, près de Bruxelles, qui a tenté également une mue similaire.

Un riche temps de questions a ensuite permis de prolonger de nombreuses pistes soulevées par Corinne Valasik, soulignant la forte dimension programmatique de son terrain de recherche. Grand merci à Corinne Valasik !

Programme RELIF (GSRL), compte-rendu de la réunion du 25 juin 2025

Après les ajustements techniques nécessaires pour mettre en place la retransmission en distantiel (merci Antoine Vermande), notre 15e réunion du programme « Religion et Francophonie » s’est tenue comme convenu en ce mercredi 25 juin 2025 entre 10H et 12H30 dans nos locaux du Campus Condorcet, avec une dizaine de participants (dont trois à distance).

Le tour de table habituel a d’abord permis un échange de nouvelles, avec notamment l’annonce de la venue au Campus Condorcet à l’automne prochain de l’historien Jérémie FOA, invité pour présenter son livre “Survivre” (25 novembre 2025)

Puis ce fut le temps d’écouter notre invitée, Brunehaut Cros, observatrice Pharos et titulaire d’un Master d’Histoire et cultures européennes à l’Université de Tours. 

Intitulé « Venir d’ailleurs, croire d’ici », son exposé remarquablement clair et documenté s’est appuyé sur une projection Powerpoint. Il explore l’évangélisme hmong en France, en lien avec la migration des Hmong laotiens, un peuple originaire du sud de la Chine, historiquement animiste et bouddhiste. Après la guerre du Vietnam (1975), persécutés par le régime communiste Pathet Lao pour leur collaboration avec les Américains, environ 300 000 Hmong fuient, principalement via des camps en Thaïlande.

La France accueille 10 000 d’entre eux à partir de 1979. Elle leur offre un statut de réfugiés politiques. Dès les années 1950, des missionnaires protestants (suédois, puis américains de la Christian and Missionary Alliance) et catholiques, comme Yves Bertrais, initient les premières conversions au Laos. Bertrais, outre son rôle missionnaire, transcrit la langue Hmong et traduit des textes chrétiens, facilitant l’évangélisation.

“Venir d’ailleurs, croire d’ici”, l’exposé de Brunehaut Cros (GSRL)

En France, les premières communautés évangéliques Hmong émergent dans les années 1980, notamment en Indre-et-Loire dans les années 1990. Ces églises, fondées par des familles converties, se réunissent d’abord dans des foyers privés, avant de s’organiser en associations cultuelles, comme l’Association des Chrétiens Évangéliques Hmong de Tours, déclarée en 1997.

Initialement, les cultes sont en Hmong, mais le français devient prédominant avec l’intégration des jeunes générations, souvent nées en France. Des cultes bilingues émergent, et des cours de Hmong sont proposés à la demande, bien que la préservation linguistique ne soit pas prioritaire. Les églises Hmong s’intègrent aux réseaux protestants français, passant de la Fédération des Églises Chrétiennes Missionnaires Hmong (FECMIM, 2000) à l’Alliance des Églises Chrétiennes Missionnaires (AECM), affiliée au CNEF, pour gagner en visibilité et dialoguer avec les autorités. Ce processus s’inscrit dans un contexte de suspicion envers les « sectes » et de renforcement de la laïcité avec la loi sur le séparatisme de 2021.

Brunehaut Cros (Université de Tours) au GSRL, 24 juin 2025

Brunehaut Cros observe que les pratiques animistes persistent dans certaines familles chrétiennes, notamment lors de rites familiaux (mariages, enterrements) ou en cas de maladie, perçues comme un manque d’affermissement de la foi, mais tolérées sans conflit dogmatique majeur. Ces syncrétismes, plus marqués chez les catholiques hmong, s’observent lors d’événements comme le Nouvel An hmong, où des offrandes aux esprits coexistent avec des bénédictions chrétiennes.

La dénomination « ethnique » des églises, nécessaire pour préserver l’identité culturelle et faciliter les liens communautaires, est parfois stigmatisante dans le contexte universaliste français, où elle peut être vue comme un repli identitaire. Pourtant, ces églises sont ouvertes, notamment via des mariages mixtes, et jouent un rôle clé de soutien pour une diaspora confrontée à la discrimination et à l’éloignement culturel.

En 2018, moins d’un millier d’adultes fréquentent régulièrement les 23 communautés évangéliques Hmong en France, dont 7 en métropole et 3 en Guyane. Malgré une baisse des effectifs à Tours due à la mobilité des jeunes, ces églises incarnent une mosaïque religieuse, et mêlent héritage Hmong et intégration française. Elles enrichissent le paysage spirituel national tout en naviguant entre défis démographiques, culturels et institutionnels.

Des questions nourries, qui témoignent de la grande richesse de l’exposé passionnant présenté par Brunehaut Cros, ont conclu la séance. Avec des pistes à creuser, notamment autour de l’héritage colonial, des circulations transatlantiques, du rôle d’internet, du faible poids du charismatisme au sein des Eglises Hmong, des usages de la langue française, et de la spécificité d’un peuple (semi-nomade à l’origine) sans Etat, que l’on pourrait comparer en partie aux Tziganes.

Réunion n°16, programme ReliF, 30 juin 2025 (invitation)

Nous nous réjouissons de vous convier à notre prochaine réunion du programme GSRL “Religion et Francophonie”, qui se tiendra le lundi 30 juin 2025 de 14H à 16H, en salle 5.067 (5e étage du Bâtiment Recherche Nord, Campus Condorcet, Aubervilliers)

Nous aurons le plaisir d’écouter Corinne Valasik, directrice adjointe du laboratoire GSRL et maître de conférences à l’Institut Catholique de Paris (ICP).

Corinne Valasik (GSRL) sur RFi

Le 25 mai 2023 sur RFI (photo), Corinne Valasik a passionné un très large auditoire autour du thème “Religieuses et prêtres africains en France: «de nouveaux missionnaires»?” Il faut dire que son terrain de recherche, mené tambour battant, est des plus passionnant.

Aussi est-ce avec beaucoup d’impatience que nous nous réjouissons, dans le cadre de nos réunions RELIF, de pouvoir écouter Corinne Valasik, puis échanger avec elle, autour du sujet des prêtres africains en France, catholicisme et enjeu postcolonial.

Sur 3000 prêtres étrangers en France, 80% sont africains

En France, nous dit-elle, la présence des prêtres africains est devenue un phénomène majeur au sein de l’Église catholique. Sur environ 3 000 prêtres étrangers exerçant dans le pays, 80 % sont originaires d’Afrique, soit près de 2 400 à 2 500 prêtres africains actuellement en mission sur le territoire français

Cette dynamique s’est fortement accélérée depuis les années 1990, principalement en raison de la baisse des vocations sacerdotales françaises, du vieillissement du clergé et de la sécularisation de la société, qui ont poussé les diocèses à renverser l’encyclique Fidei Donum de 1957. 

La majorité de ces prêtres viennent de pays francophones d’Afrique subsaharienne comme la République démocratique du Congo (RDC), le Burkina Faso, Madagascar, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Bénin, le Togo, le Sénégal, le Burundi et le Rwanda.

Ils jouent un rôle vital dans le catholicisme français, tout en posant de nouveaux défis d’intégration, de formation et de partenariat entre continents, notamment entre les Églises du Sud et du Nord.

Pour en savoir plus, et pour en discuter ensemble, venez nombreux écouter Corinne Valasik le 30 juin 2025 au GSRL !

Cliquer ici avec le Lien visio pour celles et ceux qui ne pourront pas venir.

Un tour de table précédera l’exposé, suivi d’un temps de questions. 

A bientôt !

Pascal et Sébastien