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Programme RELIF (GSRL), compte-rendu de la réunion du 11 février 2026

Coorganisée avec l’axe transversal GSRL «Interactions et créativités religieuses ». que nous remercions vivement, notre 19e réunion du programme « Religion et Francophonie » s’est tenue, en ce mercredi 11 février 2026, entre 14H et 16H30 dans nos locaux du Campus Condorcet (salle 5.067, bâtiment Recherche Nord).

Le tour de table habituel a permis un échange de nouvelles, notamment pour signaler le tout prochain colloque “Piétisme et éducation”, dont le GSRL est un des organisateurs (lien), ainsi qu’un colloque sur le bouddhisme en France prévu le 26 juin 2026. Puis ce fut l’opportunité d’écouter Dr Zuzana Bártová ,senior lecturer à l’Université de Bohème du Sud (University of South Bohemia, České Budějovice), qui effectue actuellement un séjour de recherche en France dans le cadre d’Erasmus. 


Devant une salle bien remplie, complétée par un public qui a suivi en distantiel (près de 20 personnes au total), Zuzana Bártová nous a fait partager avec brio quelques éléments de recherche issus de sa thèse de doctorat (Université de Strasbourg), disponible par ailleurs en ligne en accès intégral (lien).

Le titre de son exposé : “Le style de vie bouddhiste et ses valeurs, le cas des pratiquants bouddhistes en France et en République tchèque”.

Zuzana Bártová nous présente ses recherches

Appuyée par une projection Powerpoint (merci Antoine Vermande pour le support technique), Zuzana Bártová a commencé par préciser qu’elle je travaille pas sur tous les pratiquants du bouddhisme, mais qu’elle se concentre sur le bouddhisme de convertis, c’est-à-dire des personnes dépourvues d’héritage culturel bouddhiste.

Sa perspective s’ancre sur un double terrain, en France (avec Soka Gakkai France, Bodhicarya France, association Zen international) et en République tchèque (diamond way et la soto zen CR). Elle aborde successivement, après des éléments d’introduction, des références théoriques pour aborder le religieux dans la culture de consommation, puis des éclairages méthodologiques sur ses terrains; elle poursuit en détaillant “les valeurs bouddhistes dans le religieux vécu”, terminant, dans un cinquième et dernier point, par les valeurs bouddhistes dans la culture de consommation.

Une précieuse mise en perspective bibliographique et théorique permet de parfaitement cadrer le sujet, avec des références comme McMahan (l’éthique de l’authenticité), Liogier et Cirklova (valeurs post-matérialistes), BMcKenzie 2013, Carrette et King, 2005, Mitchell, 2012 (débat autour du bouddhisme discrédité par sa commercialisation), et Gauthier et alii, 2013, 2020 (Le religieux dans la culture de consommation). S’appuyant sur une approche de “cosmopolitisme théorique” qui part du présupposé que les congruences transnationales sont plus importantes que les particularismes nationaux, elle souligne l’importance d’items comme le bonheur, le choix, l’authenticité, et une approche du religieux comme ressource identitaire et style de vie. Elle observe, entre la France et la République tchèque, des expériences similaires, montrant davantage de ressemblances que de différences.

“Une note bouddhiste commune, des timbres différents”

Ses matériaux empiriques, nourris d’une observation participante déployée entre 2010 et 2013, montrent un rapport très réflexif à la culture de la consommation, avec un accent sur l’amélioration de soi, la libération par rapport aux états émotionnels, le bien-être. « j’ai pas à me plaindre, à transformer oui, mais pas à plaindre » (Bernard, pratiquant de la Soka Gakkai, France). Elle observe “une note bouddhiste commune”, avec des “timbres différents” suivants les bouddhismes pratiqués.

Un exposé très riche qui a nourri beaucoup de questions

Zuzana Bártová met également l’accent sur une certaine valeur de non-conformité à la société ambiante.

Non-conformité valorisée

Le bouddhisme pratiqué par ces convertis permet une mise en tension entre le matérialisme consumériste dans sa rationalité instrumentale, et la spiritualité pratiquée. Le bien-être durable et une fabrique patiente du bonheur seront par exemple valorisés, par opposition au mirage d’une instantanéité prête à consommer que proposerait la société ambiante. L’individualisme et l’agressivité sont également des repoussoirs, le “style de vie” bouddhiste apparaissant comme un recours, qui n’oblige pas non plus à rompre avec son travail ou sa vie sociale.

Un riche débat a suivi l’exposé, témoignant du caractère stimulant de la recherche présentée par Zuzana Bártová. Catherine Evuort-Moïse a ouvert le ban avec une question sur la dimension collective et communautaire de la pratique observée. D’autres se sont interrogés sur les différents types de bouddhismes, y compris ceux non traités dans l’exposés, ou sur le rôle du numérique, aujourd’hui, dans une éventuelle homogénéisation d’un certain “style” bouddhiste. L’enjeu des classes sociales, ou du débat entre théorie du choix rationnel et économie morale (soulevé par Pascal Bourdeaux) n’ont pas été oubliés, ainsi que la dimension genrée de la pratique religieuse.

Grand merci à Dr Zuzana Bártová pour cette réflexion partagée !

Programme RELIF (GSRL), compte-rendu de la réunion du 22 septembre 2025

Notre 17e réunion du programme « Religion et Francophonie » s’est tenue, en ce lundi 22 septembre 2025 entre 14H et 17H00 dans nos locaux du Campus Condorcet, à l’écoute des passionnants travaux comparatistes de Mme Paule-Estelle Adjanba (Université de Nantes), qui nous a de surcroît régalés d’un excellent diaporama Powerpoint d’accompagnement (qu’elle nous communiquera bientôt).

Si la quantité des participants n’était pas tout à fait au rendez-vous (en cause, d’autres réunions au même horaire, et un mois de septembre chargé), la qualité était bien là en revanche , avec six participants très réactifs, dont deux à distance (par visio), Philippe Portier et Anne Ruolt, qui sont tous deux intervenus lors du temps de question.

Le tour de table habituel a permis un bref échange de nouvelles, avec notamment l’annonce de la venue, le 25 novembre prochain, de l’historien Jérémie Foa, qui interviendra lors d’une séance que nous co-organisons avec le laboratoire CESOR (le mardi de 16H à 18H). Plus d’infos à suivre bientôt !

Ce fut ensuite au tour de Paule-Estelle Adjanba de prendre la parole pour un exposé didactique très fouillé, nourri des travaux déployés dans sa thèse de doctorat de l’Université de Nantes (Faculté de Droit et des Sciences Politiques), soutenue le 28 juin 2024 (lien). Elle s’appuie sur une riche enquête de terrain, alimentée de nombreux entretiens (notamment avec le Bureau des cultes, en France, et la Direction générale des cultes, en Côte d’Ivoire, mais aussi des élus locaux, des acteurs religieux et éducatifs), et éclairée à la fois par le droit, les sciences politiques, et la sociologie historique.

Un principe constitutionnel commun, décliné différemment
(Paule Estelle Adjanba, 22 septembre 2025, GSRL)

Notre invitée commence par mettre en parallèle l’acceptation sociale généralisée, en Côte d’Ivoire, autour de la participation du président Ouattara à certaines rencontres religieuses, qui contraste avec les débats vifs et les critiques acerbes qui fusent lorsque le président Macron assiste à une messe présidée par le pape François au stade vélodrome de Marseille.

Laïcité de collaboration / La¨ïcité de séparation

Constitutionnellement laïques, les deux pays, la Côte d’Ivoire et la France, partagent, en apparence, un même référentiel. Mais ils ne perçoivent pas la laïcité de la même manière. Société très peu sécularisée, imprégnée par un rapport à la religion non dissocié du reste de la réalité sociale, la Côte d’Ivoire est aussi héritière d’une histoire de collaboration coloniale entre colons français et religions. Elle interprète et applique une laïcité qui s’apparente à une laïcité de collaboration avec les religions. Ce modèle diffère à bien des égards, de la laïcité de séparation française, même si certains croisements s’opèrent, d’autant que suivant les périodes et les aides géographiques (hexagone, outre-mer), la France n’a pas une application univoque de la laïcité.

Le rôle de la chronologie (décolonisation) et du contexte local (une société profondément religieuse, composée d’au moins 60 ethnies différentes) est souligné, pour expliquer des écarts qui interrogent, en creux, les modèles de régulation des deux pays. En Côte d’Ivoire, c’est un pragmatisme qui domine, mais aussi un souci d’équidistance entre les cultes, d’arbitrage et de dialogue, sans séparation.

22 septembre 2025, Campus Condorcet (GSRL)

En France, la séparation, en principe, est de règle, même si, de facto, ce n’est pas forcément le cas. Le financement des religions, en Côte d’Ivoire, est explicité, au grand jour. Il est accepté, même s’il soulève certains enjeux en matière d’instrumentalisation et de clientélisme. Il apparaît normal de rencontrer les représentants des différentes confessions religieuses, et le mariage coutumier (largement imprégné de religion traditionnelle) reste central, au point qu’en 2019, on a supprimé les sanctions pénales jusque-là prévues lorsque le mariage coutumier passe avant le mariage civil.

Quant aux jours fériés en Côte d’Ivoire, ils sont ouverts à toutes les religions, conformément au pluralisme et à la diversité religieuse du pays. Le question de la langue française, et de l’usage du mot “laïcité”, n’a pas été éludée, avec l’enjeu, aujourd’hui, de reformuler, à partir des expressions de la population ivoirienne, cette “laïcité”. Quel mot retenir ? Et quels contenus juridiques adosser à la notion ?

Une des conclusions de Paule-Estelle Adjanba est qu’il n’existe pas encore de formalisation juridique opérante de la laïcité constitutionnelle. Cette dernière n’est pourtant pas sans effets, notamment en matière de non-discrimination, mais elle souffre d’un manque de traduction dans le droit et la jurisprudence, à partir des réalités ivoiriennes.

N’hésitant pas à esquisser des propositions programmatiques, elle ouvre des pistes pour prévenir les risques du clientélisme politico-religieux. Des enjeux d’autant plus vivaces que la société ivoirienne fut marquée, en 2010-2011, par un conflit interne à fort caractère politico-religieux, attisé par une fièvre prophétique qui a fracturé la société.

Un riche temps de questions, portant en particulier sur le contexte ivoirien (ses religions, l’enjeu sectaire, le poids discret de la franc-maçonnerie) et sur le régime de laïcité en jeu (Philippe Portier) ont conclu une séance très stimulante. Grand merci Paule Estelle Adjanba, et “tout de bon” pour la publication de cette passionnante thèse de doctorat.

Réunion n°17, programme ReliF, 22 septembre 2025 (invitation)

Nous nous réjouissons de vous convier à notre prochaine réunion du programme GSRL “Religion et Francophonie”, qui se tiendra le lundi 22 septembre 2025 de 14H à 16H, en salle 5.067 (5e étage du Bâtiment Recherche Nord, Campus Condorcet, Aubervilliers)

Nous aurons le plaisir d’écouter Attaoua Paule-Estelle Kra Adjangba, docteure en droit et sciences politiques de l’Université de Nantes.

Dr Attaoua Paule-Estelle Kra Adjangba (Université de Nantes)

Le constat établi par Attaoua Paule Estelle Kra Adjangba au travers de sa recherche doctorale est double. D’abord, bien que la laïcité soit inscrite dans les constitutions des deux pays, la Côte d’Ivoire et la France, son application diverge sensiblement. L’héritage de la situation coloniale y est pour quelque chose. Ensuite, même en France, la laïcité n’est pas une notion monolithique. Elle est plurielle, tiraillée par des interprétations conflictuelles et adoucie par des aménagements, tant en métropole qu’au-delà, ce qu’elle démontre à partir de plusieurs terrains d’observation, notamment l’école, les jours fériés et le mariage.

Ces investigations mènent Dr Kra Adjangba à une question centrale : quelle est la portée juridique de la laïcité en France et en Côte d’Ivoire, et comment, à partir d’une même base constitutionnelle, pourrait-on envisager une laïcité spécifique en Côte d’Ivoire, fondée sur une collaboration formelle entre l’État et les cultes ?

Pour répondre à cette question, le travail de recherche développé par Attaoua Paule Estelle Kra Adjangba s’articule autour de plusieurs objectifs. Tout d’abord, elle s’attache à explorer la signification et l’application de la laïcité dans deux États liés par la colonisation et aujourd’hui partenaires sur les plans politique, diplomatique, économique et scientifique. 

Ces deux nations francophones partagent un même pluralisme religieux, mais leurs contextes historiques et sociaux façonnent des approches distinctes, avec des degrés de sécularisation très différents.

Ensuite, à travers l’exemple de la France et de la Côte d’Ivoire, elle cherche à démontrer sous l’angle juridique et contextuel, comment les variables historiques, sociales, politiques et économiques influencent l’interprétation et l’évolution de la laïcité. 

Enfin, alors que la France débat activement de ce concept de laïcité, la Côte d’Ivoire souffre d’un vide juridique sur la question, que son travail ambitionne de combler en proposant des pistes de réflexion.

Pour en savoir plus, et pour en discuter ensemble, venez nombreux écouter Attaoua Paule-Estelle Kra Adjangba le 22 septembre 2025 au GSRL !

Cliquer ici avec le Lien visio pour celles et ceux qui ne pourront pas venir.

Un tour de table précédera l’exposé, suivi d’un temps de questions. 

A bientôt !

Pascal et Sébastien

Réunion n°15, programme ReliF, 25 juin 2025 (invitation)

Nous nous réjouissons de vous convier à notre prochaine réunion du programme GSRL “Religion et Francophonie, qui se tiendra le mercredi 25 juin 2025 de 10H à 12H, en salle 5.067 (5e étage du Bâtiment Recherche Nord, Campus Condorcet, Aubervilliers)

Nous aurons le plaisir d’écouter Brunehaut Cros, titulaire d’un Master d’Histoire et cultures européennes à l’Université de Tours, et observatrice junior PHAROS.

Brunehaut Cros (Université de Tours)

Sur le site de Pharos, Brunehaut Cros souligne son intérêt particulier pour les minorités religieuses, et l’Indre et Loire, où elle réside, qui est devenu son “terrain d’étude”. Du déclin significatif du fait religieux catholique au début des années 1960, à l’arrivée successive de vagues d’immigration extra européennes, comptant nombre d’individus de culture non chrétienne/non catholique, elle souligne que le paysage religieux français est multiple et complexe, sans même évoquer l’essor des spiritualités areligieuses d’inspiration New Age.

Elle nous présentera particulièrement le terrain des Églises Hmongs, qu’elle a ausculté à la fois en Indre-et-Loire et sur une échelle plus vaste, ce qui fut l’occasion d’un article de synthèse très éclairant, publié sur le site de l’Observatoire Pharos (lien).

Le cadre de son intervention, suivie d’un échange, portera sur « L’émergence d’un réseau Hmong évangélique en francophonie (métropole, Guyane) : entre dynamique d’intégration et préservation identitaire »

L’Église évangélique hmong en France, apparue dans les années 1980, est un exemple de courant chrétien marqué par une identité ethnique. Issue des migrations post-guerre du Vietnam, la communauté hmong, originaire des montagnes du Laos, s’est installée en France, notamment via les camps de réfugiés en Thaïlande. Le christianisme évangélique, enraciné aux États-Unis au XXe siècle, s’est quant à lui implanté chez les Hmong au Laos dès 1957 avec l’Institut biblique de Xieng Khouang.

Malgré des débuts modestes, l’Église Hmong (bien ancrée aussi en Guyane) s’est développée, passant de 11 églises en 1998 à 23 en 2018. Elle a gagné en visibilité en intégrant l’AECM (Association des Églises Chrétiennes et Missionnaires), renforçant sa place dans le paysage religieux français. La barrière linguistique reste un défi, compliquant l’accès à des pasteurs bilingues.

Les Hmong, souvent animistes à l’origine, ont vu certains se convertir au christianisme, influencés par des missionnaires. Cette évolution reflète un mélange d’identité culturelle hmong et de foi chrétienne. Elle illustre une dynamique d’intégration et de préservation identitaire possiblement unique en France.

Pour en savoir plus, venez nombreux écouter Brunehaut Cros le 25 juin 2025 au GSRL !

Un tour de table précédera l’exposé, suivi d’un temps de questions. 

A bientôt !

Pascal et Sébastien

Cliquer ici avec le Lien visio pour celles et ceux qui ne pourront pas venir.