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Programme RELIF (GSRL), compte-rendu de la réunion du 16 juin 2026

Organisée ce mardi 16 juin 2026, la 21e réunion du programme « Religion et Francophonie » s’est tenue entre 14H et 16H45 dans nos locaux du Campus Condorcet (salle 5.067, bâtiment Recherche Nord). 

Elle s’est comme d’habitude déroulée en mode hybride, toujours grâce à l’aide technique d’Antoine Vermande que nous remercions. La réunion a été jumelée avec le dernier séminaire EPHE-PSL de l’année 2025-26 consacré au modernisme bouddhique (directeur d’études, Pascal Bourdeaux).

Outre celles et ceux qui ont suivi à distance, la réunion a rassemblé une douzaine de participantes et participants en présentiel, autour d’un présentation particulièrement passionnante.

Pour commencer, le tour de table habituel a permis un échange de nouvelles, avant de laisser la parole à Pascal Bourdeaux (directeur d’études à l’EPHE/GSRL). Il nous a donné l’occasion de revenir sur un ouvrage collectif exceptionnel, qu’il a codirigé, à la croisée de l’histoire globale et de l’histoire connectée, réinterrogeant nos catégories à partir d’un décentrement à la fois géographique, culturel et postcolonial. Le livre en question s’intitule La question laïque vue d’Asie : Regards croisés sur les relations États–Religions (De Gruyter, 2025). Il a été dirigé par Pascal Bourdeaux, Eddy Dufourmont, André Laliberté et Rémy Madinier.

Pascal Bourdeaux, directeur d’études à l’EPHE-PSL

Pascal Bourdeaux rappelle le long processus qui a précédé cet ouvrage. Amorcée par une journée d’études en 2012, puis par un colloque international en 2014, et un second colloque international en 2018, la réflexion collective s’est déployée sur une décennie au service d’une exigence épistémologique jamais démentie : combiner sémantique historique, études croisées, pluri-disciplinaires, autour des enjeux de régulation du religieux, pour avancer sur une approche, alors particulièrement novatrice, de laïcité comparée, loin des visions occidentalistes trop réductrices. L’idée est de « faire dialoguer des systèmes très différents », non sans s’inspirer de la veine des Global studies

Une boîte à l’outil sur la laïcité, appliquée au champ asiatique

Après avoir détaillé l’itinéraire scientifique qui a abouti à un premier ouvrage en anglais (2022), puis à l’ouvrage en langue française (2025), Pascal Bourdeaux entre dans le « cœur du réacteur », à savoir les contenus rassemblés dans La question laïque vue d’Asie. André Laliberté, Pascal Bourdeaux, Eddy Dufourmont, Rémy Madinier ouvrent le bal avec une introduction qui pointe la question des « mots, concepts et pratiques » (p.1 à 18 ; André Laliberté évoque et analyse ensuite les « Modernités multiples enchevêtrées et diversité des États laïcs », en référence, notamment, aux travaux de Schmuel Eisenstadt (p.19 à 44).

Jean Baubérot poursuit par un cadrage stimulant sur « Laïcité, sécularisme, sécularisation : Quelques hypothèses concernant l’Asie . . . et ailleurs » (p. 45 à 62). Pascal Bourdeaux souligne la fécondité du cadre théorique forgé par Jean Baubérot, dont la souplesse typologique (sept modèles) a servi de boîte à outil conceptuelle sur les terrains asiatiques étudiés. Peter Van der Veer propose, du haut de sa longue expérience, une approche synthétique sur la laïcité en Asie (p. 63 à 74), passant ensuite le relai à Rémy Madinier qui s’interroge : « Le Pancasila en Indonésie : une « laïcité religieuse » menacée ? » (p.75-94).

A partir du passionnant dossier du paléo-hindouisme à Bali, Michel Picard creuse ensuite la question suivante « Religion, sécularisation et contre-sécularisation à Bali » (p.95 à 118). Le cas vietnamien, ausculté par Pascal Bourdeaux, permet de mettre en lumière la fécondité heuristique d’une historicisation des modèles de laïcité, période par période (p.119 à 150). Aminah Mohammad-Arif revient ensuite sur le modèle de régulation indien, entre « originalité et limites » (p. 151 à 168), avant qu’Eddy Dufourmont ne traite de la laïcisation du Japon moderne (p.169 à 192). A front renversé, Ji Zhe s’interroge, après le dossier japonais, sur le regard porté depuis la Chine sur la laïcité française au début du XXe siècle (p. 193 à 218). Dans une contribution originale, qui a été rajoutée par rapport à l’édition de 2022 (De Gruyter) en anglais, André Laliberté se penche sur la « laïcité sinisée de Taïwan » (p.219-244), avant que Bénédicte Brac de la Perrière ne ferme le ban avec une réflexion sur la religion en tant qu’enjeu de transition politique en Birmanie, entre sécularisme autoritaire et projet de nationalisme religieux bouddhiste (p. 245-270). 

En restituant les apports de chaque chapitre, Pascal Bourdeaux souligne combien l’enjeu de la retraduction en français n’a pas été de tout repos : un « territoire circulatoire des concepts » se dessinerait ainsi, les notions se voyant traduites, retravaillées, et renvoyées en boomerang.

La mise en perspective d’Alexis

Alexis, étudiant de Pascal Bourdeaux, a ensuite pris la parole pour relancer la discussion, à partir d’une fiche de lecture réalisée sur l’ouvrage, et présentée dans le cadre du séminaire EPHE de Valentine Zuber. Il salue le « liant » apporté par la typologie des laïcités de Jean Baubérot, et pointe des pistes d’élargissement à d’autres terrains asiatiques, comme l’Iran, le Pakistan, la Corée du Sud, ce qui pourrait permettre à cet ouvrage fondamental de devenir un manuel de synthèse sur la question, pour toute l’Asie.

Alexis note aussi l’intérêt de découvrir, dans l’ouvrage, des débats et des perspectives parfois divergentes, signalant ainsi la liberté académique qui a nourrit l’ensemble du projet. André Laliberté, ainsi, ne considère pas la Chine ou le Vietnam comme laïques, alors que Jean Baubérot, au contraire, estime que ces deux terrains relèvent bien de la laïcité, mais d’une laïcité antireligieuse. 

Un copieux temps de questions a prolongé l’exposé à deux voix présenté par Pascal et Alexis. Les deux intervenants ont répondu avec détail et précision aux remarques et observations faites. L’enjeu de la circulation et de la transitivité des notions a nourri des échanges animés, tout comme la perspective d’élargir par un comparatisme Sud-Sud entre l’Asie et l’Afrique (cf. l’ouvrage collectif L’Afrique des laïcités: Etat, religion et pouvoirs au Sud du Sahara, 2014 ).

Théologie vs Cosmologie

Le point aveugle de l’approche juridique et constitutionnelle a été également évoqué, tout comme la question du monothéisme des valeurs (Max Weber). L’occasion, pour Pascal Bourdeaux, de pointer le fait que le divin n’est pas forcément un prérequis de la discussion, proposant de faire jouer la tension entre « théologie » et « cosmologie ». Passionnant !

De riches échanges, un auditoire attentif et réactif

La discussion a également relevé l’intérêt de distinguer la laïcité, dans ses diverses déclinaisons, d’autres régimes de régulation, comme la religion civile (dossier japonais), le nationalisme religieux (dossier birman), le sécularisme anti-religieux (dossier mongol communiste). Le projet de dictionnaire sur les notions, cultivé par le grand programme RELIGIS, ne manquera pas, souligne Pascal Bourdeaux, de se saisir de ces enjeux. 

Bien des pistes passionnantes à poursuivre dans le cadre d’une histoire globale et connectée marquée aujourd’hui par les effets « boomerang » de la mondialisation postcoloniale et de nouvelles dynamiques Sud-Sud.

Grand merci Pascal Bourdeaux et Alexis ! 

Réunion n°21, programme RELIF, invitation (Pascal Bourdeaux)

Après un temps de réflexion collective (marqué notamment par une contribution programmatique proposée au GSRL, mûrie entre l’école interne de Maintenon du GSRL les 27 et 28 mars 2026, et le mois de mai dernier), il y a du nouveau au programme RELIF !

Nous nous réjouissons vivement de vous convier à notre prochaine réunion du programme GSRL “Religion et Francophonie”, qui se tiendra le mardi 16 juin 2026 de14:00-16:30 salle 5.067, bâtiment recherche nord (5e étage), au Campus Condorcet (Aubervilliers). 

Après le tour de table habituel, nous aurons le grand plaisir d’écouter Pascal Bourdeaux, directeur d’études à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (EPHE-PSL), par ailleurs co-responsable de ce programme de recherche GSRL.

Pascal Bourdeaux, directeur d’études à l’EPHE-PSL

Pascal Bourdeaux nous donnera l’occasion de revenir sur un ouvrage exceptionnel, qu’il a codirigé, à la croisée de l’histoire globale et de l’histoire connectée, réinterrogeant nos catégories à partir d’un décentrement à la fois géographique, culturel et postcolonial.

Le livre en question, La question laïque vue d’Asie : Regards croisés sur les relations États–Religions (De Gruyter, 2025) est un ouvrage collectif dirigé par Pascal Bourdeaux, Eddy Dufourmont, André Laliberté et Rémy Madinier.


Il examine la diversité des formes de laïcité et de sécularisme dans plusieurs sociétés asiatiques.
L’ouvrage remet en question une conception exclusivement occidentale de la laïcité, souvent fondée sur l’expérience européenne et chrétienne.
Les auteurs analysent les trajectoires historiques propres à des pays tels que l’Inde, le Japon, la Chine, Taïwan, l’Indonésie, le Vietnam et le Myanmar.
Ils montrent que les relations entre l’État et les religions résultent de contextes culturels, linguistiques et politiques spécifiques.

Cet ouvrage, qui a été également traduit et publié en anglais, examine la diversité des États laïques à travers une pluralité de perspectives asiatiques et retrace leurs origines dans des trajectoires singulières, façonnées au fil des siècles par les traditions religieuses, les langues et les structures et interactions sociopolitiques. Ces études de cas décentrent et élargissent le débat sur la laïcité, en s’éloignant des références au christianisme comme cadre de référence pour appréhender le désenchantement du monde.

 

Les chapitres de ce livre analysent cette question dans des contextes nationaux en examinant la formation historique du lexique qui a défini le « séculier », l’« État laïque » et la laïcité. Cette approche implique de prendre en compte les langues vernaculaires modernes et leurs précédents dans les traditions écrites, souvent très anciennes. Cet ouvrage présente trois cadres d’interprétation : la modernité multiple, la variété de la laïcité et les typologies des États laïques postcoloniaux.

Un très riche grain à moudre que le professeur Pascal Bourdeaux nous présentera dans le cadre d’un exposé suivi d’une discussion.

Qu’on se le dise, venez en nombre !

 









 









 

Programme RELIF (GSRL), compte-rendu de la réunion du 26 février 2026

Organisée ce jeudi 26 février 2026, la 20e réunion du programme « Religion et Francophonie » s’est tenue entre 14H et 16H30 dans nos locaux du Campus Condorcet (salle 5.067, bâtiment Recherche Nord). Elle s’est déroulée en mode hybride, grâce à l’aide technique d’Antoine Vermande que nous remercions.

Outre les auditeurs qui ont suivi à distance, la réunion a rassemblé sept personnes en présentiel, autour d’un beau programme.

Le tour de table habituel a permis un échange de nouvelles, avant de laisser la parole à Marc Lebranchu (GSRL), auteur de Découvrir le taoïsme, Histoire, courants, fondements et pratiques (Paris, Eyrolles, 2020). A l’aide d’une projection Powerpoint particulièrement soignée, il a traité du thème Taoïsme en francophonie. Comment une religion chinoise s’est inscrite dans le monde francophone.

Commençant par quelques considérations méthodologiques, il souligne le décalage entre « l’invention » (c’est-à-dire la découverte) en Europe du taoïsme, qui reste relativement récente -une érudition, longtemps via des lunettes confessionnelles, en déploiement progressif-, et une tradition profondément ancrée et imbriquée dans la culture chinoise depuis environ deux millénaires.

Le taoïsme entretient un certain régime de confusion avec un fonds commun de la pensée chinoise, et nécessite, pour être appréhendé en profondeur, une bonne connaissance en sinologie. Marc Lebranchu décrit avec pédagogie et finesse, non sans humour, un univers religieux complexe, décentralisé, non-missionnaire (contrairement au bouddhisme) et sans magistère, qui conjugue notamment des pratiques communautaires ascriptives, non confessionnelles, et des pratiques individuelles, personnelles, monastiques ou érémitiques. 

On poursuit par un survol extrêmement complet de l’historiographie comparée du taoïsme depuis l’époque moderne, avec des figures emblématiques comme Edouard Chavannes et Paul Pelliot, au début du XXe siècle, Henri Maspero (1883-1945), et bien d’autres. Ce processus de transmission, traduction, et de relecture plus ou moins sélective témoigne entre autres du rôle clef joué, en France, par la 5e section de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, mais aussi, plus globalement, d’une translation progressive d’un pôle francophone vers un pôle anglophone. 

Premières associations taoïstes en Europe depuis 1993

Marc Lebranchu nous décrit l’acculturation progressive, récente, différenciée, du taoïsme en Europe et dans la francophonie. Les premières associations taoïstes en Europe ? Elles datent de 1993, majoritairement à l’initiative de taoïsants occidentaux. Chemin faisant, notre orateur détaille des parcours singuliers comme celui de Karine Martin, française et première prêtresse européenne à avoir été initiée en 2016 (ce qui lui donne pleinement le titre de taoïste, réservé en principe aux initiés).

Dans la vision taoïste, on combine enseignements révélés par des divinités primordiales et des immortels, ainsi que des rituels communautaires ou individuels, pour les vivants et les morts ; des pratiques individuelles s’ajoutent également. En Occident, à l’intérieur ou à l’extérieur de la francophonie, cette grammaire religieuse est souvent revisitée comme une boîte à outil, une religion choisie, non-assignée, ultraminoritaire et en évolution constante ; on comprend aussi, au fil des explications et analyses, qu’il existe toute une gamme de rapports possibles au taoïsme, qui vont d’un consumérisme utilitariste à une formation approfondie, notamment via l’enseignement exigeant de maître à disciple.

Pour synthétiser des développements très riches et nuancés, Marc Lebranchu pointe, au fil de la démonstration, un déclin de l’influence française, européenne et catholique depuis le XVIIe siècle. On quitte un creuset européen chrétien pour des recompositions à l’échelle du monde global. La perception-représentation des traditions de culture de soi chinoises passe du biais de l’euro-centrisme à celui de l’américano-centrisme consumériste, et du biais du rationalisme laïque militant à celui du New Age psycho-mystique.  

Il fait également le constat d’un développement du taoïsme très progressif, et par capillarité : au sein de réseaux européens d’une part, via l’orientalisme, l’ésotérisme, les arts martiaux, la médecine ; au sein des Etats-Unis (notamment depuis la Californie) d’autre part, via enseignants sino-américains de Hong Kong, de Taïwan, mais aussi une vaste production éditoriale ; ces déploiements s’effectuent dans la majorité des cas sans lien direct avec la Chine ou même avec les communautés diasporiques. 

Hypothèse d’un néo-taoïsme occidental populaire

Il conclut en ouvrant sur de multiples pistes à poursuivre, en particulier sur l’hypothèse de l’invention d’un néo-taoïsme occidental populaire : une offre cognitive exotique, alternative implicite aux modèles religieux/rationnels occidentaux, donnant place à un monisme dualiste (yinyang), un naturalisme spiritualiste, offrant large espace à la nature, au féminin, au corps, avec des signifiants flottants susceptibles de toutes les projections/interprétations.

Inventée en partie par des Américains blancs et des émigrés chinois occidentalisés en quête d’identité, cette offre néo-taoïste serait centrée sur des pratiques psychocorporelles hybrides de développement personnel / Guérison.

Laozi en serait le sage fondateur, d’une sagesse immémoriale, ‘authentique’, universelle. Et on note que la connaissance/maîtrise de la langue chinoise s’avère très rare dans ces cercles « néo-taoïstes », où le niveau de diplôme, en revanche, est plutôt élevé, avec une forte sur-représentation de femmes. 

Un copieux temps de questions a prolongé l’exposé présenté (y compris à partir de l’auditoire qui suivait par écran interposé), s’interrogeant notamment sur l’histoire comparée de l’occidentalisation du bouddhisme et du taoïsme, sur la nature des rites domestiques pratiqués, ou sur les raisons du basculement de la francophonie vers l’anglophonie.

Bien des pistes passionnantes à poursuivre dans le cadre d’une histoire globale et connectée marquée aujourd’hui par les effets « boomerang » de la mondialisation postcoloniale. Grand merci Marc Lebranchu ! 

Réunion n°18, programme ReliF, 25 novembre 2025, invitation

Nous nous réjouissons de vous convier à notre prochaine réunion du programme GSRL “Religion et Francophonie”, qui se tiendra, en collaboration avec le laboratoire CESOR (EHESS/CNRS), dans le cadre de son séminaire “Les débats du CESOR”, le mardi 25 novembre 2025 de 16H à 18H, en salle 3.001 (3e étage du Bâtiment Recherche Nord, Campus Condorcet, Aubervilliers).

Nous aurons le plaisir d’écouter Jérémie Foa, maître de conférences HDR en histoire moderne à l’université d’Aix-Marseille, et membre du laboratoireTELEMMe (Temps, Espaces, Langages, Europe Méridionale, Méditerranée).

Jérémie Foa  (Université d’Aix-Marseille)

Nous débattrons de son ouvrage Survivre. Une histoire des guerres de Religion (Seuil, 2024). Ce livre d’historien, éclairé par une large palette analytique puisée dans d’autres sciences sociales, explore les stratégies quotidiennes de survie pendant les conflits civils et confessionnels en France (1562-1598). Comment mentir, se déguiser, s’échapper, simuler ou dissimuler sa confession religieuse ? Comment se faufiler, tromper ou surprendre son adversaire ? 

A partir quatre grands postes d’observation (les interactions interpersonnelles, la conquête de l’espace, le parti pris des choses, et l’impact de la guerre civile sur la langue), le chercheur se focalise en particulier, sur l’incertitude identitaire, la dissimulation religieuse, la manipulation des signes (vêtements, accents, langages) et les expériences intimes des acteurs anonymes.

Basé sur des sources comme mémoires, chroniques et archives, Survivre met en lumière les “savoir-vivre avec le trouble”, dans un contexte où la mort n’est jamais loin, et propose une relecture “par le bas” de ces guerres, en dialogue avec des auteurs comme Montaigne ou Erving Goffman.

Les stratégies de survie (double jeu sur les signes linguistiques et identitaires) décrites par Foa dans le contexte des guerres de religion françaises (1562-1598) résonnent avec le pôle “Mémoire et résilience” de notre programme ReliF. L’impact du religieux sur le langage, en particulier (accents, ambivalences sémantiques pour masquer la foi) renvoie à des terrains plus contemporains (vaste espace francophone du Sahel, par exemple). La “coexistence précaire” et le “savoir-vivre avec le trouble”, dans Survivre, peuvent renvoyer à certaines dynamiques postcoloniales francophones (ex. : conversions et identités hybrides en Afrique ou au Vietnam).

Ces stratégies de survie (“faire l’huitre”) pourraient constituer aussi, comme le suggère l’auteur dans la conclusion de son ouvrage, un laboratoire de la modernité.

Sans anachronisme, mais avec un goût pour l’interdisciplinaire et la comparaison, nous écouterons Jérémie Foa nous présenter son ouvrage, puis en discuterons avec lui, avec en appui deux regards posés sur le livre, par Sébastien Fath (GSRL) et Hélène Dumas (Centre d’études sociologiques et politiques Raymond Aron, CESOR).

Pour en savoir plus, et pour en discuter ensemble, venez nombreux échanger avec Jérémie Foa le 25 novembre 2025 au Bâtiment Recherche Nord du Campus Condorcet (pôle d’hébergement des laboratoires organisateurs, le CESOR et le GSRL).

Un Lien visio sera disponible pour celles et ceux qui souhaitent participer à distance.

A bientôt !

Pascal et Sébastien (GSRL), avec les amis du CESOR

Programme RELIF (GSRL), compte-rendu de la réunion du 2 avril 2025

Après les ajustements techniques nécessaires pour mettre en place la retransmission en distantiel (merci Antoine Vermande), notre 14e réunion du programme « Religion et Francophonie » s’est tenue comme convenu en ce mercredi 2 avril 2025 entre 14H et 17H. Le tour de table habituel a d’abord permis un échange de nouvelles, avec notamment cette annonce, détaillée par Pascal Bourdeaux, du lancement d’un grand programme de recherche, soutenu par le Ministère des Affaires Étrangères, qui porte sur la traduction de textes en SHS français/vietnamien. 

Puis ce fut le temps d’écouter notre invité, avec un exposé particulièrement fouillé et stimulant proposé par Fernand Idriss Mintoogue, docteur en anthropologie sociale de l’EPHE-PSL, « jeune docteur » de l’IMAF (Institut des Mondes Africains). 

 Appuyé sur une projection Powerpoint et de nombreuses références bibliographiques, Fernand Idriss Mintoogue a traité du sujet suivant : « soigner la crise en postcolonie, retour sur l’actualité du protestantisme et son rôle dans la reconfiguration de l’espace religieux au Cameroun ». L’exposé commence par une présentation de la méthodologie, basée sur une collecte de sources locale, l’observation participante et l’observation passive, au fil d’un terrain camerounais, principalement à Yaoundé, qui recouvre, au total, une période de treize mois. L’occasion d’une ample collecte d’informations qui ont permis, ensuite, de développer une analyse approfondie des recompositions postcoloniales du protestantisme et du champ des offres religieuses au Cameroun, objet d’une thèse de doctorat EPHE-PSL, soutenue, en décembre dernier (2024), sous la direction de la directrice d’études Agnieszka Kedzierska Manzon. 

Huit personnes ont assisté en présentiel à l’exposé de Fernand Idriss Mintoogue, sans compter le suivi en distantiel

1990 : libéralisation du champ des offres religieuses au Cameroun

Fernand Idriss Mintoogue a structuré sa présentation en trois points. Il commence par mettre en perspective historique la christianisation du Cameroun, au travers des aléas de la colonisation puis de l’indépendance (proclamée au 1er janvier 1960), en pointant l’importance, côté protestant, des baptistes implantés depuis la Jamaïque en 1846 (Baptist Missionary Society), et, côté catholique, des pallotins (arrivés plus tard, à partir de 1890). Il souligne ensuite, et surtout, l’impact considérable des recompositions protestantes sous l’effet du pentecôtisme, dont une première vague, discrète, s’affirme dans les années 1960, puis une seconde vague, nettement plus importante, depuis les années 1980. 

Avec la libéralisation du champ religieux opérée au Cameroun en 1990, sous l’effet de l’octroi d’une large liberté d’association, c’est « un verrou qui saute ». Une troisième vague se dessine alors, amorcée par le père Soffo (ce qui veut dire « ami de Dieu », en langue bamileke), qui se présente comme prophète ; la vague néocharismatique ou néoprophétique s’amplifie et explose à partir des années 2000. Cette dernière, appuyée sur les médias numériques et les réseaux sociaux, s’est engagée dans une surenchère la « bataille de charisme », dans un combat d’influence où se joue le nombre de fidèles, mais aussi l’influence politique, sociale, et l’impact territorial. 

Surplus sacrés

Cette bataille de charisme, qui renvoie à une définition mise au point par Fernand Idriss Mintoogue, s’appuie aussi sur la commercialisation de multiples objets sacrés transitionnels, supposés communiquer une grâce ou des bienfaits matériels. Mouchoirs, sable, eau, huile bénite, châles, etc. peuvent être réemployé à ces fins, illustrant ce que Fernand Idriss Mintoogue appelle, à la suite du chercheur sud-africain Asondeh Ukah (2020), le « surplus sacré ».

Dans l’économie du salut de ces entreprises religieuses compétitives, le recours aux objets médiateurs peut offrir un avantage comparatif sur le concurrent, dans une course à l’influence qui recompose, chaque année un peu plus, le paysage chrétien, sur la base d’une tendance à l’uniformisation des pratiques : quelle que soit l’étiquette confessionnelle, les Églises adoptent de plus en plus ouvertement les codes, pratiques, stratégies de ces nouvelles Églises « pentecôtistes », « charismatiques », « néocharismatiques ». Une pentecôtisation du christianisme camerounais ? Une homogénéisation postcoloniale des pratiques, sur la base d’une spiritualité utilitaire ? Le terrain des enfants n’est pas oublié : l’encadrement de plus en plus « agressif » et précoce des enfants, dans certaines Églises néocharismatiques, dénote une volonté de façonner, préempter, la prochaine génération d’adultes. 

Dans un second temps de son exposé, Fernand Idriss Mintoogue détaille également la tension conflictuelle qui se déploie, depuis plus d’un quart de siècles, entre les offres néoprotestantes, en forte croissance, comme la Cathédrale de la Foi de Dieunedort Kandem, et le catholicisme, qui bénéficie toujours d’un statut dominant et d’une proximité sans égal avec le pouvoir en place. 

Bataille de charisme et surplus sacré

Cette tension complexe s’inscrit dans des circulations interconfessionnelles, des hybridations, et une temporalité qui voit les positionnements évoluer. Ainsi, après deux vagues de fermeture d’Églises de Réveil (dont 200 fermées par la police depuis ce début d’année 2025), les acteurs néocharismatiques se font beaucoup plus discrets dans leur critique des autorités en place. 

Popularité de la spiritualité thérapeutique des cellules de prière

Enfin, Fernand Idriss Mintoogue parachève sa présentation avec les résultats de son observation d’une cellule de prière presbytérienne (fondée en 2012). Il montre à quel point ces cellules contrebalancent l’offre cultuelle classique (office du dimanche). Autant le culte dominical relève de l’enseignement, de la transmission des Écritures, autant ces cellules fonctionnent sur un autre régime, celui d’une offre thérapeutique tous azimuts, avec prescriptions spirituelles, carnet de santé dédié, pratiques de piété et de jeûne destinées à guérir de 1000 et 1 maux. Très suivies, ces cellules se retrouvent aujourd’hui dans toutes les confessions chrétiennes du Cameroun, quelle que soit l’étiquette, et répondent aux besoins concrets des fidèles, dans un contexte social, économique, politique, marqué par la précarité, l’insécurité, la souffrance et la peur du lendemain. 

Quel rapport à la langue, française, vernaculaire ? Cette question, et beaucoup d’autres, a été posée lors du temps de débat qui a suivi l’exposé présenté. Repérable notamment à travers l’hymnologie, la progression du recours aux langues vernaculaires n’empêche pas l’usage dominant du français, mais selon un régime gradué : un prédicateur peut très bien passer du français (comme langue d’enseignement) à la langue locale (pour traiter d’un fait divers connu par la population, par exemple). Des questions posées aussi sur la comparaison avec le bouddhisme (dans le rapport à l’argent, à l’évergétisme), la répartition genrée des fidèles (75% de femmes, 25% d’hommes dans les cellules de prière), les circulations religieuses Sud-Sud avec l’Asie, le contraste entre milieu rural et grandes villes, ont permis d’apprendre encore davantage, grâce aux réponses très précises apportées par l’orateur, que nous remercions vivement ! 

Réunion n°14, programme ReliF, 2 avril 2025 (invitation)

Nous nous réjouissons de vous convier à notre prochaine réunion du programme GSRL “Religion et Francophonie, qui se tiendra le mercredi 2 avril 2025 à 14H, en salle 5.067 (5e étage du Bâtiment Recherche Nord, Campus Condorcet, Aubervilliers)

Nous aurons le plaisir d’écouter Fernand Idriss Mintoogue, docteur en anthropologie sociale de l’EPHE-PSL, et “jeune docteur” de l’IMAF (site-Aubervilliers). 

                              Fernand Idriss Mintoogue, EPHE-PSL, IMAF

Ses travaux portent sur les conceptualisations du corps, de la maladie et de la cure en contextes charismatique (pentecôtisme, presbytérianisme), ésotérique et traditionnel (médecine traditionnelle) au Cameroun.

Il s’intéresse aux rôles des cellules de prière (chrétiennes), etde certaines organisations ésotériques d’origine occidentale et orientale (néo-gnose et foi baha’ie) présentes sur le sol Africain, dans la transformation du paysage religieux de ce continent, à partir du cas camerounais, dans un premier temps. 

Ses recherches portent également sur les usages du corps et la matérialité des cures dans les médecines alternatives. Il envisage de mener, plus tard, des travaux comparatifs sur le continent africain et dans les Amériques, pour documenter la singularité de ces pratiques et les circulations de doctrines et de matériaux à l’échelle globale.   

Comment soigner la crise en postcolonie ? (Cameroun)

Lors de nos échanges, Fernand Idriss Mintoogue aura le plaisir de nous proposer une discussion autour cet enjeu : comment soigner la crise en postcolonie ? Il développera cette question , sous le prisme des recompositions protestantes au Cameroun. 

Il traitera en particulier de la tension conflictuelle qui oppose les offres néoprotestantes avec le catholicisme, avec l’Etat en juge et partie ; il nous proposera enfin l’étude de l’organisation d’une cellule de prière presbytérienne, dont les pratiques de guérison imitent les caractéristiques des églises pentecôtistes. 

Ces deux situations seront étudiées à l’aune des concepts de “bataille de charisme” (Mintoogue 2024, sous presse) et du “surplus charismatique” ou “excès charismatique” (Ukah, 2020).

Un tour de table précédera l’exposé, suivi d’un temps de questions. 

A bientôt !

Pascal et Sébastien

Programme RELIF (GSRL), compte-rendu de la réunion du 6 novembre 2024

Tenue à partir de 14H au Campus Condorcet en ce jour de résultat d’élections américaines, notre réunion n°11 du programme GSRL “Religion et Francophonie” a permis d’entrer de comprendre “la fabrique d’une institution” confessionnelle francophone à partir d’un milieu fluide, mouvant, celui du protestantisme évangélique français.

Avant d’avoir le plaisir d’écouter Constance Gotte (Ecole Pratique des Hautes Etudes, doctorante GSRL) comme oratrice invitée, nous avons commencé par l’habituel tour de table, qui fut l’occasion d’échanger quelques nouvelles scientifiques, dont la parution de la somme que l’historien Pierre-Yves Kirschleger a consacrée à la matrice étrangère du protestantisme français, fruit de soin HDR.

En dépit de plusieurs absents qui se sont excusés (dont Pascal Bourdeaux (EPHE / GSRL), retenu par un colloque, et Jean-Paul Willaime (EPHE / GSRL), finalement retenu pour raisons de santé, une assistance dynamique et réactive de sept personnes a profité du riche exposé présenté par Constance Gotte, agrémenté d’une projection Powerpoint (merci Alexandre Antoine et KArim Arezki pour l’aide technique), sur le thème: “L’institutionnalisation du mouvement évangélique français à travers le Conseil National des Evangéliques de France, de 1969 à nos jours”.

Constance Gotte (EPHE-PSL / GSRL)

L’oratrice a commencé par exposer les enjeux posés par la définition du sujet, pointant une certaine difficulté à cerner le mouvement, entre approche classique de l’historien David Bebbington, redéfinitions ou déconstruction en contexte évangélique états-unien (Darryl G. Hart, Philippe Gonzalez) ou spécificités de la sédimentation historique française. S’appuyant sur un visuel de synthèse qui présente les trois objectifs contemporains du Conseil National des Evangéliques de France (CNEF), à savoir “être, faire, inspirer”, Constance Gotte a ensuite précisé son axe de recherche, s’interrogeant sur la manière dont les acteurs évangéliques français produisent de l’unité, via une fabrique institutionnelle originale.

Ce faisant, elle a détaillé sa méthodologie et le périmètre de son corpus, puis a inscrit sa réflexion dans un séquençage chronologique très éclairant, qui permet de comprendre, entre les années 1960 et 2001, pourquoi un mouvement a priori très diversifié, hétérogène, rétif à l’institution, est finalement parvenu à construire une institution faîtière représentative (avec le débat: 60% 70% des évangéliques représentés?). Elle a en particulier fait valoir ces facteurs : une sédimentation préalable d’institutions représentatives, de lieux de formation, une mémoire et un patrimoine évangélique, et des figures d’autorité transversales et para-ecclésiales (comme le pasteur André Thobois, donné en exemple, cumulard de présidences multiples au sein du monde protestant et évangélique).   

Enjeu de la définition du mouvement

Constance Gotte a détaillé les enjeux de champ en matière de définition légitime du mouvement, entre la Fédération Evangélique de France (FEF), l’Alliance Evangélique Française (AEF) et les Assemblées de Dieu (ADD), qui s’inscrivent dans des approches différentes. Au terme d’un rapprochement progressif, une rencontre emblématique à l’Institut Biblique de Nogent-sur-Marne (IBN), le 6 janvier 2001, permet à ces trois acteurs de se réconcilier. Une demande de pardon adressée à Michel Foret (président des ADD) marque les esprits, et fonctionne plus tard comme un marqueur, dans la mesure où elle spiritualise la création du CNEF.

De 2001 à 2010, le CNEF, créé comme une plateforme officieuse, évolue ensuite peu à peu vers une structure plus pérenne et plus institutionnelle, jusqu’à son officialisation en 2010, avec une existence juridique et une nouvelle visibilité. Le nom choisi, CNEF, n’allait pas de soi, une autre option (finalement rejetée) étant dans la balance (Conseil Français du Protestantisme Evangélique).

Constance Gotte parachève son survol socio-historique par la séquence qui couvre juin 2010 (officialisation du CNEF) à nos jours, en détaillant les dispositifs d’organisation interne de ce réseau francophone, et les processus qui permettent de valider le “mode de domination létigime” au sein du CNEF. Ce faisant, elle propose notamment une typologie des autorités, entre la légitimité classique du théologien ou pasteur docteur, et celle de l’esprit start-up, servi par un charisme basé sur l’éthique. Constance Gotte a terminé en analysant les répertoires d’action du CNEF, entre évangélisation, expertise au service de la représentation publique, défense et pédagogie de la différence évangélique

Fabrique d’une institution légitime

Le passionnant exposé de Constance Gotte a été suivi d’un débat très riche, qui témoigne de la fécondité des pistes de réflexion développées.

Les nombreuses questions posées ont notamment porté sur les sources (piste d’interroger le Bureau Central des Cultes, quelques préfets…), les logiques de champ concurrentiel (ou complémentaire) avec la Fédération Protestante de France, les effets de génération dans le rapport à l’autorité et la mise en valeur des compétence, la tension entre le localisme évangélique et le mouvement d’institutionnalisation, l’oecuménisme, l’intérêt heuristique du concept de label et de marque, la transition entre les “dynasties” évangéliques et la démocratisation permise par l’institution, la comparaison possible avec d’autres processus d’institutionnalisation, soit outre-Atlantique (National Association of Evangelicals aux Etats-Unis), soit en France (Consistoire, CRIF, pour le judaïsme), etc.

Apportant de nombreux éléments de complément, Constance Gotte a montré une maîtrise du sujet et des sources qui augurent d’un travail de recherche bientôt abouti. Une thèse qui apportera une contribution précieuse au champ, encore assez neuf, de la sociologie et de l’histoire des institutions évangéliques en francophonie. A suivre !

Réunion n°11 programme ReliF, 6/11/2024 (invitation)

Nous avons le plaisir de vous convier à la réunion n°11 du programme GSRL “Religion et Francophonie”.

La séance aura lieu le mercredi 6 novembre 2024 de 14H à 16H en salle 5.067 (5e étage du Bâtiment Recherche Nord, Campus Condorcet, Aubervilliers), avec Constance Gotte comme oratrice invitée.

Constance Gotte, doctorante EPHE-PSL

Constance Gotte est actuellement doctorante en sociologie et en histoire à la section des sciences religieuses de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (EPHE-PSL), sous la direction du professeur Patrick Cabanel, EPHE (codirection Sébastien Fath, CNRS).

Nous nous réjouissons de l’écouter et d’échanger avec elle sur le sujet suivant :

L’institutionnalisation du mouvement évangélique français au travers du CNEF, regards sur un chantier de recherche

Cette présentation aura pour objectif de présenter le dossier de recherche en cours, qui porte sur la socio-genèse et le positionnement contemporain du Conseil National des Evangéliques de France (CNEF), en tant que vecteur d’institutionnalisation du mouvement évangélique français.

Héritier de plusieurs tentatives de regroupement des évangéliques français sous une seule organisation, le CNEF, fondé en 2010, rassemble la majorité des évangéliques français. Son but est d’en favoriser « l’unité » et la « visibilité » dans la sphère publique française. Cette présentation reviendra sur le processus de création du CNEF, à travers le rapprochement de personnalités, d’organisations et de réseaux évangéliques. Surtout, elle s’attardera sur les modalités par lesquelles ses acteurs ont construit et développé une institution destinée à être représentative d’une minorité religieuse, qu’elle entend aussi façonner par-là. La question sous-jacente sera de comprendre s’il est possible, à partir du CNEF, de déceler des spécificités et des contours d’un certain mouvement évangélique français, d’une identité évangélique faite de logiques religieuses, organisationnelles et politiques.   

Un tour de table précédera l’exposé, suivi d’un temps de questions. 

Venez nombreux ! 

Pascal et Sébastien

Programme RELIF (GSRL), compte-rendu de la réunion du 21.03.2024

Devant une assistance de huit personnes présentes sur place, et quatre connectées, cette réunion du programme RELIF, impulsée par l’axe transversal GSRL « Religion et numérique » qui a efficacement co-organisé la séance, a nourri de riches échanges autour de l’enjeu des « ressources numériques francophones vues du Vietnam : de l’isolat à la mise en réseaux ».

Pascal Bourdeaux (EPHE-PSL), orateur du programme RELIF (21/03/2024)

VALEASE, Humanités numériques vietnamiennes francophones

Pascal Bourdeaux (EPHE-PSL, coresponsable du programme RELIF) a ouvert le ban en brossant une synthèse très complète des ressources archivistiques, numériques ou non, qui alimentent le travail de l’historien du Vietnam contemporain. Il a en particulier présenté le programme VALEASE (Valorisation de l’Ecrit en Asie du Sud-Est), en soulignant que cette approche ne relève pas d’une nostalgie coloniale de l’Indochine. Au contraire, elle fait ressortir, via des archives héritées de l’époque coloniale, un patrimoine historique national commun.

Ces sources ne sont pas des sources françaises. Elles font partie du patrimoine vietnamien, et sont à étudier comme telles. Les archives religieuses permettent par ailleurs d’éclairer bien autre chose que la religion : elles peuvent apporter une précieuse contribution à l’histoire sociale, démographique, culturelle du Vietnam.

Après le programme VIETNAMICA (projet ERC mené à bien), qui, lui, portait sur la langue vernaculaire, l’idée est ici de travailler sur les sources francophones, en s’adaptant à la révolution numérique qui induit une déterritorialisation de l’accès aux sources. Loin de se limiter à inventorier avec précision les nombreux fonds d’archives, numérisées ou non, qui attendent le chercheur, Pascal Bourdeaux a soulevé de nombreux enjeux méthodologiques et théoriques, et plaidé pour une mise en réseau croissante des centres d’archives et des bibliothèques, pour nourrir une arborescence du savoir historique sur le Vietnam contemporain. Il a souligné au passage que les sources en langue française, mais aussi en langue portugaise ou italienne, par exemple, contribuent aussi à ouvrir une lucarne sur le Vietnam précolonial.  

Nguyen Ngoc Giang présente ses travaux, Programme RELIF, 21/03/2024

Explorer le Bulletin de la Société des Etudes Indochinoises

Un vaste chantier s’est ouvert, dont Nguyen Ngoc Giang, titulaire d’un master de recherche en humanités numériques, a donné ensuite un aperçu détaillé au travers d’un dossier spécifique. Sous la direction de Pascal Bourdeaux et de Marc Bui (EPHE / PSL),  elle a procédé, grâce à des outils logiciels, à « l’exploration numérique d’un corpus scientifique d’époque coloniale : le Bulletin de la Société des Etudes Indochinoises (1883-1975) ».

Ce corpus impressionnant, déployé sur une période de 92 ans, représente 225 numéros de revue, et des milliers de contributeurs.  Pour l’appréhender, Nguyen Ngoc Giang a suivi une formation spécifique, qui lui a permis d’utiliser les algorithmes pour rechercher les thématiques plus plus traitées, via Top 2Vec, par exemple, ou le modèle KRAKEN (logiciel open source), qui peut fonctionner sur un mode multilingue.

Ce dernier modèle, testé sur 700 pages en français, 400 pages en quocngu (vietnamien), et 500 pages en français et quocngu, s’est révélé d’une fiabilité remarquable (supérieure à 90%). En matière religieuse, quel est le mot clef qui ressort le plus souvent au terme d’un travail de « Topic Modelling » effectué sur le Bulletin de la Société des Etudes Indochinoises ? C’est celui d’offrande. Nguyen Ngoc Giang souligne, au fil de son exposé, combien ces approches sérielles sont utiles, mais à condition d’être complétées par un travail manuel et qualitatif qui permet au chercheur d’affiner les outils numériques, et d’éviter les erreurs d’interprétation, à partir, notamment, de la sémantique historique.

Stimulée par l’introduction / présentation effectuée par Johan Rols (GSRL / INALCO), une riche discussion s’est poursuivie, croisant enjeu de la francophonie (une langue liée à la colonialité, mais pas seulement) et défi de la numérisation, et de la (re) fabrique de la source, qui peut certes à la fois démocratiser l’accès aux documents d’archive, mais aussi accentuer le contrôle sur ces mêmes sources.

Réunion n°2 programme ReliF, 30/10/2023 (invitation)

Avec un exposé de Jean-Pierre Laurant sur les réseaux guénoniens

 

Chères amies, chers amis du programme “Religions et Francophonie”,

Nous avons le plaisir de vous convier à la réunion n°2 du programme GSRL “Religion et Francophonie”. Elle aura lieu le lundi 30 octobre 2023 de 14H à 16H en salle 5.067 (5e étage du Bâtiment Recherche Nord, Campus Condorcet, Aubervilliers).

ORDRE DU JOUR :

1/ Tour de table, échange de nouvelles

2/ Point sur la communication interne (liste mail)

3/ Exposé de Jean-Pierre Laurant (EPHE, GSRL) sur “Francophonie et réseaux guénoniens”

Spécialiste des courants ésotériques, Jean-Pierre Laurant a notamment publié Génon au combat, des réseaux en mal d’institution (Paris, L’Harmattan, 2019). Il est aussi le cofondateur de la revue Politica Hermetica dont voici le site internet :

https://politicahermetica.wordpress.com

Au moment où l’ésotérisme s’efforçait de se constituer en discipline scientifique à l’E.P.H.E. l’approche radicale de René Guénon, fondée sur un accès réservé et direct à l’absolu, s’est organisée dans la mise en place de réseaux, tant initiatiques qu’éditoriaux. A ce titre l’enracinement culturel a été déterminant dans cette démarche; le propos de Jean-Pierre Laurant sera double. Il s’attachera à éclairer par des souvenirs personnels la mise en place de cette expérience hors normes, qui occupe une place notable dans le paysage intellectuel contemporain. Il retracera aussi, à partir des réseaux francophones, les grandes lignes de son dernier ouvrage, « Génon au combat, des réseaux en mal d’institution », une recherche appuyée sur le dépouillement d’une correspondance considérable.

4/ Questions et échanges au sujet de l’exposé de Jean-Pierre Laurant. Venez nombreux !

Pascal et Sébastien, pour le GSRL