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Programme RELIF (GSRL), compte-rendu de la réunion du 25 juin 2025

Après les ajustements techniques nécessaires pour mettre en place la retransmission en distantiel (merci Antoine Vermande), notre 15e réunion du programme « Religion et Francophonie » s’est tenue comme convenu en ce mercredi 25 juin 2025 entre 10H et 12H30 dans nos locaux du Campus Condorcet, avec une dizaine de participants (dont trois à distance).

Le tour de table habituel a d’abord permis un échange de nouvelles, avec notamment l’annonce de la venue au Campus Condorcet à l’automne prochain de l’historien Jérémie FOA, invité pour présenter son livre “Survivre” (25 novembre 2025)

Puis ce fut le temps d’écouter notre invitée, Brunehaut Cros, observatrice Pharos et titulaire d’un Master d’Histoire et cultures européennes à l’Université de Tours. 

Intitulé « Venir d’ailleurs, croire d’ici », son exposé remarquablement clair et documenté s’est appuyé sur une projection Powerpoint. Il explore l’évangélisme hmong en France, en lien avec la migration des Hmong laotiens, un peuple originaire du sud de la Chine, historiquement animiste et bouddhiste. Après la guerre du Vietnam (1975), persécutés par le régime communiste Pathet Lao pour leur collaboration avec les Américains, environ 300 000 Hmong fuient, principalement via des camps en Thaïlande.

La France accueille 10 000 d’entre eux à partir de 1979. Elle leur offre un statut de réfugiés politiques. Dès les années 1950, des missionnaires protestants (suédois, puis américains de la Christian and Missionary Alliance) et catholiques, comme Yves Bertrais, initient les premières conversions au Laos. Bertrais, outre son rôle missionnaire, transcrit la langue Hmong et traduit des textes chrétiens, facilitant l’évangélisation.

“Venir d’ailleurs, croire d’ici”, l’exposé de Brunehaut Cros (GSRL)

En France, les premières communautés évangéliques Hmong émergent dans les années 1980, notamment en Indre-et-Loire dans les années 1990. Ces églises, fondées par des familles converties, se réunissent d’abord dans des foyers privés, avant de s’organiser en associations cultuelles, comme l’Association des Chrétiens Évangéliques Hmong de Tours, déclarée en 1997.

Initialement, les cultes sont en Hmong, mais le français devient prédominant avec l’intégration des jeunes générations, souvent nées en France. Des cultes bilingues émergent, et des cours de Hmong sont proposés à la demande, bien que la préservation linguistique ne soit pas prioritaire. Les églises Hmong s’intègrent aux réseaux protestants français, passant de la Fédération des Églises Chrétiennes Missionnaires Hmong (FECMIM, 2000) à l’Alliance des Églises Chrétiennes Missionnaires (AECM), affiliée au CNEF, pour gagner en visibilité et dialoguer avec les autorités. Ce processus s’inscrit dans un contexte de suspicion envers les « sectes » et de renforcement de la laïcité avec la loi sur le séparatisme de 2021.

Brunehaut Cros (Université de Tours) au GSRL, 24 juin 2025

Brunehaut Cros observe que les pratiques animistes persistent dans certaines familles chrétiennes, notamment lors de rites familiaux (mariages, enterrements) ou en cas de maladie, perçues comme un manque d’affermissement de la foi, mais tolérées sans conflit dogmatique majeur. Ces syncrétismes, plus marqués chez les catholiques hmong, s’observent lors d’événements comme le Nouvel An hmong, où des offrandes aux esprits coexistent avec des bénédictions chrétiennes.

La dénomination « ethnique » des églises, nécessaire pour préserver l’identité culturelle et faciliter les liens communautaires, est parfois stigmatisante dans le contexte universaliste français, où elle peut être vue comme un repli identitaire. Pourtant, ces églises sont ouvertes, notamment via des mariages mixtes, et jouent un rôle clé de soutien pour une diaspora confrontée à la discrimination et à l’éloignement culturel.

En 2018, moins d’un millier d’adultes fréquentent régulièrement les 23 communautés évangéliques Hmong en France, dont 7 en métropole et 3 en Guyane. Malgré une baisse des effectifs à Tours due à la mobilité des jeunes, ces églises incarnent une mosaïque religieuse, et mêlent héritage Hmong et intégration française. Elles enrichissent le paysage spirituel national tout en naviguant entre défis démographiques, culturels et institutionnels.

Des questions nourries, qui témoignent de la grande richesse de l’exposé passionnant présenté par Brunehaut Cros, ont conclu la séance. Avec des pistes à creuser, notamment autour de l’héritage colonial, des circulations transatlantiques, du rôle d’internet, du faible poids du charismatisme au sein des Eglises Hmong, des usages de la langue française, et de la spécificité d’un peuple (semi-nomade à l’origine) sans Etat, que l’on pourrait comparer en partie aux Tziganes.

Programme RELIF (GSRL), compte-rendu de la réunion du 12 décembre 2024

Il y a des réunions qu’on organise longtemps à l’avance, dans le cadre d’un planning rigide ; d’autres qu’on prévoit à la dernière minute, en raison d’une opportunité à ne pas rater.

C’est dans ce dernier cadre qu’a été invité le professeur Filip Kraus (Olomouc, Palacky University, Prague, Faculty of Arts, dpt of Asian Studies). C’est peu de dire que personne ne fut déçu de l’occasion, tant la présentation passionnante de Filip Kraus a captivé l’assistance du programme GSRL “Religion et Francophonie”.

L’exposé présenté n’a pas comporté de lien direct avec la thématique spécifiquement francophone. En revanche, le volet de notre programme consacré aux dynamiques diasporiques a été abondamment traité au fil d’un exposé intitulé (en anglais) : History of Religious Freedom, Catholic Politics, and Diasporic Religious Groups in the Czech Republic (Histoire de la liberté religieuse, de la politique catholique, et des groupes religieux diasporiques dans la République thèque).

Dr Filip Kraus, GSRL, Campus Condorcet (France), 12 décembre 2024

Notre collègue tchèque a déployé son analyse, à partir d’une projection Powerpoint de grande qualité (émaillé de sources et caricatures d’époque), sur la base d’un long rappel historique qui a permis de saisir à quel point le processus de pluralisation religieuse, en République Tchèque, n’a pas été linéaire. Filip Kraus a minutieusement retracé l’histoire de ce processus, à partir des guerres hussites. La guerre de Trente ans, qui aurait décimé les 2/3 de la population (!) a laissé des marques durables.

La résolution de ce conflit de nature religieuse a été obtenu avec la paix de Westphalie (1648), qui marque la victoire du parti catholique. Depuis lors, le catholicisme a été, en quelque sorte, le maître du jeu religieux, jusqu’à une période communiste marquée par discrimination et même persécution violente, en dépit d’une relation en apparence apaisée avec le pouvoir.

Démographie catholique en République tchèque

La révolution de velours, en 1989, a ensuite marqué un tournant décisif, avec des effets sécularisants qui se sont poursuivis. Filip Kraus rappelle aussi que la société tchèque reste peu ouverte, en particulier à l’égard des religions non chrétiennes, mais aussi du pentecôtisme, peu représenté (quelques milliers d’adeptes).

Les communautés juives, très importantes à l’époque de l’Empire austro-hongrois, ont été confrontées à l’exclusion. Après 1945, la défiance religieuse à l’égard des minorités a évolué vers une forme de xénophobie culturelle, les Tchèques, majoritairement athées, manifestant souvent de forts sentiments anti-islamiques. Il est intéressant de noter que cette attitude ne s’étend pas aux religions comme le bouddhisme, l’hindouisme ou les religions plus animistes. Essentiellement, la société tchèque a des préjugés sur certaines religions tout en en tolérant d’autres.

Cette présentation nous a offert un passionnant aperçu du paysage religieux pluriel de la République tchèque, sur fond d’une sécularisation massive, ouvrant sur de nombreuses questions sur les liens avec la diaspora vietnamienne, chinoise notamment. 90.000 Chinois vivraient aujourd’hui en République tchèque. Le lien entre diaspora, religion et économie n’a pas été occulté.

Des questions se sont aussi posées sur la tension entre politique identitaire, patrimonielle, de la religion (Colonne Marian reconstruite le 15 août 2020 sur la Grand Place de Prague, éminent symbole catholique ; cimetière juif de Prague…) et politique d’influence, y compris via un “soft power” possiblement activé à partir des réseaux transnationaux (pagodes, mosquées, circulations évangéliques).

Merci Filip Kraus !