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Réunion n°11 programme ReliF, 6/11/2024 (invitation)

Nous avons le plaisir de vous convier à la réunion n°11 du programme GSRL “Religion et Francophonie”.

La séance aura lieu le mercredi 6 novembre 2024 de 14H à 16H en salle 5.067 (5e étage du Bâtiment Recherche Nord, Campus Condorcet, Aubervilliers), avec Constance Gotte comme oratrice invitée.

Constance Gotte, doctorante EPHE-PSL

Constance Gotte est actuellement doctorante en sociologie et en histoire à la section des sciences religieuses de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (EPHE-PSL), sous la direction du professeur Patrick Cabanel, EPHE (codirection Sébastien Fath, CNRS).

Nous nous réjouissons de l’écouter et d’échanger avec elle sur le sujet suivant :

L’institutionnalisation du mouvement évangélique français au travers du CNEF, regards sur un chantier de recherche

Cette présentation aura pour objectif de présenter le dossier de recherche en cours, qui porte sur la socio-genèse et le positionnement contemporain du Conseil National des Evangéliques de France (CNEF), en tant que vecteur d’institutionnalisation du mouvement évangélique français.

Héritier de plusieurs tentatives de regroupement des évangéliques français sous une seule organisation, le CNEF, fondé en 2010, rassemble la majorité des évangéliques français. Son but est d’en favoriser « l’unité » et la « visibilité » dans la sphère publique française. Cette présentation reviendra sur le processus de création du CNEF, à travers le rapprochement de personnalités, d’organisations et de réseaux évangéliques. Surtout, elle s’attardera sur les modalités par lesquelles ses acteurs ont construit et développé une institution destinée à être représentative d’une minorité religieuse, qu’elle entend aussi façonner par-là. La question sous-jacente sera de comprendre s’il est possible, à partir du CNEF, de déceler des spécificités et des contours d’un certain mouvement évangélique français, d’une identité évangélique faite de logiques religieuses, organisationnelles et politiques.   

Un tour de table précédera l’exposé, suivi d’un temps de questions. 

Venez nombreux ! 

Pascal et Sébastien

Programme RELIF (GSRL), compte rendu de la réunion du 2 octobre 2024

Tenue à partir de 14H au Campus Condorcet, notre réunion n°10 du programme GSRL “Religion et Francophonie”, co-organisée avec l’axe transversal GSRL “Judaïsmes contemporains” (responsable : Nadia Malinovich), a tenu toutes ses promesses.

Avant d’avoir le plaisir d’écouter Nadia Malinovich (Université Jules Verne, Picardie) comme oratrice invitée, nous avons commencé par un tour de table, qui fut l’occasion d’échanger quelques nouvelles scientifiques. Nous avons notamment formulé notre souhait d’organiser une séance “Religions, Universel(s) et espace francophone”, en accompagnement des manifestations qui auront lieu par ailleurs au Campus Condorcet dans le cadre du “Printemps des Humanités” 2025 (20-22 mars).

En présence de 14 personnes (dont quatre, puis deux en distantiel), nous avons ensuite bénéficié d’un riche exposé de Nadia Malinovich, agrémenté d’une projection Powerpoint, sur le thème: L’Alliance Israélite Universelle, la fabrique d’une institution transnationale francophone.

L’oratrice, parfois complétée par des précisions fournies par Jean-Claude Kuperminc (responsable de la bibliothèque de l’Alliance Israélite Universelle de Paris), a commencé par s’interroger sur la signification liminaire du terme “Universel”, choisi dès le lancement de l’Alliance Israélite Universelle en 1860. Pour les citoyens français et juifs (qui doivent leur accès à la citoyenneté à la Révolution), en pleine période impériale, l’idée force était de conjuguer identité française, langue et universalité. Après l’affaire de Damas (1840, arrestations sur la base d’accusation de crime rituel) puis l’affaire Mortara (1858), le temps est mûr pour accentuer une dynamique d’émancipation et de “régénération” à partir d’un modèle républicain basé sur les principes de 1789, perçu comme universel, indissociable de la francophonie. La langue française passe alors pour “la langue de la liberté”.

 

183 écoles de l’AIU dès 1914

Portée à la fois par un financement externe, mais aussi par l’appui des communautés juives locales, l’Alliance Israélite Universelle va créer, avec méthode et pragmatisme, un vaste réseau d’écoles francophones au sein (principalement) de l’empire colonial français. On en compte déjà 183 en 1914, réparties dans 90 villes. C’est considérable ! Les programmes sont, peu ou prou, ceux de l’Education Nationale, avec cependant quelques ajouts, en particulier en matière d’enseignement de la culture juive et d’enseignement de l’hébreu. Les implantations se font toujours en négociation avec les chefs des communautés juives locales, aboutissant parfois, en cas d’accord, à transformer une école traditionnelle en école de l’Alliance Israélite Universelle.

Dès 1900, on compte aussi de plus en plus d’écoles de filles, ainsi que d’écoles mixtes. Les enseignantes et enseignants sont formés à l’Ecole Normale Israélite Orientale (ENIO), à Paris. Les motivations des familles ne sont pas seulement liées à une question pratique (s’inscrire, en vue de monter l’échelle sociale). Il y a association entre la langue et l’émancipation, avec presque une sorte de vénération pour la langue française et sa culture.

Plasticité et l’adaptabilité du modèle de l’AIU

L’espace manque pour restituer les développements passionnants proposés sur l’impact de la Seconde Guerre Mondiale, de la Shoah, de la naissance d’Israël et de la décolonisation. Nadia Malinovich s’attache à montrer qu’au contraire d’une idée reçue, 1945 n’a pas constitué une fracture. C’est plutôt entre 1970 et 1980 qu’un glissement s’effectue, avec un début de perte d’intérêt pour la francophonie, parfois, dès les années 1960. Auparavant, le paradigme dominant reste celui d’un modèle d’enseignement du français et de la culture française comme outil d’émancipation, avec cependant de nombreuses variantes suivant les contextes nationaux (l’Iran n’est pas le Maroc). La plasticité et l’adaptabilité du modèle de l’AIU a fait ses preuves. En synthèse, l’oratrice conclut en soulignant qu’on est peu à peu passé, à l’intérieur d’une même exigence scolaire, de l’idée de la régénération comme outil d’intégration dans le monde occidental, à l’idée de régénération comme outil d’intégration dans le monde juif.

Le passionnant exposé de Nadia Malinovich a été suivi d’un débat très nourri, avec de nombreuses questions, à la fois sur la trame chronologique, le détail des dispositifs mis en place par l’AIU, où les enjeux liés à l’universel, la décolonisation, la création de l’Etat d’Israël, l’influence américaine, majeure après 1945 (également pour des raisons de démographie du judaïsme) ou des questions de diplomatie linguistique.

Apportant de nombreux éléments de réponse ainsi que des repères bibliographiques (comme l’Histoire de l’Alliance Israélite Universelle de 1860 à nos jours, par André Kaspi, ed. Armand Colin 2010), Nadia Malinovich a ainsi contribué à ouvrir de nouvelles pistes de recherche, notamment sur la question des manuels scolaires utilisés dans le cadre des programmes de l’AIU.