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Programme RELIF (GSRL), compte-rendu de la réunion du 16 juin 2026

Organisée ce mardi 16 juin 2026, la 21e réunion du programme « Religion et Francophonie » s’est tenue entre 14H et 16H45 dans nos locaux du Campus Condorcet (salle 5.067, bâtiment Recherche Nord). 

Elle s’est comme d’habitude déroulée en mode hybride, toujours grâce à l’aide technique d’Antoine Vermande que nous remercions. La réunion a été jumelée avec le dernier séminaire EPHE-PSL de l’année 2025-26 consacré au modernisme bouddhique (directeur d’études, Pascal Bourdeaux).

Outre celles et ceux qui ont suivi à distance, la réunion a rassemblé une douzaine de participantes et participants en présentiel, autour d’un présentation particulièrement passionnante.

Pour commencer, le tour de table habituel a permis un échange de nouvelles, avant de laisser la parole à Pascal Bourdeaux (directeur d’études à l’EPHE/GSRL). Il nous a donné l’occasion de revenir sur un ouvrage collectif exceptionnel, qu’il a codirigé, à la croisée de l’histoire globale et de l’histoire connectée, réinterrogeant nos catégories à partir d’un décentrement à la fois géographique, culturel et postcolonial. Le livre en question s’intitule La question laïque vue d’Asie : Regards croisés sur les relations États–Religions (De Gruyter, 2025). Il a été dirigé par Pascal Bourdeaux, Eddy Dufourmont, André Laliberté et Rémy Madinier.

Pascal Bourdeaux, directeur d’études à l’EPHE-PSL

Pascal Bourdeaux rappelle le long processus qui a précédé cet ouvrage. Amorcée par une journée d’études en 2012, puis par un colloque international en 2014, et un second colloque international en 2018, la réflexion collective s’est déployée sur une décennie au service d’une exigence épistémologique jamais démentie : combiner sémantique historique, études croisées, pluri-disciplinaires, autour des enjeux de régulation du religieux, pour avancer sur une approche, alors particulièrement novatrice, de laïcité comparée, loin des visions occidentalistes trop réductrices. L’idée est de « faire dialoguer des systèmes très différents », non sans s’inspirer de la veine des Global studies

Une boîte à l’outil sur la laïcité, appliquée au champ asiatique

Après avoir détaillé l’itinéraire scientifique qui a abouti à un premier ouvrage en anglais (2022), puis à l’ouvrage en langue française (2025), Pascal Bourdeaux entre dans le « cœur du réacteur », à savoir les contenus rassemblés dans La question laïque vue d’Asie. André Laliberté, Pascal Bourdeaux, Eddy Dufourmont, Rémy Madinier ouvrent le bal avec une introduction qui pointe la question des « mots, concepts et pratiques » (p.1 à 18 ; André Laliberté évoque et analyse ensuite les « Modernités multiples enchevêtrées et diversité des États laïcs », en référence, notamment, aux travaux de Schmuel Eisenstadt (p.19 à 44).

Jean Baubérot poursuit par un cadrage stimulant sur « Laïcité, sécularisme, sécularisation : Quelques hypothèses concernant l’Asie . . . et ailleurs » (p. 45 à 62). Pascal Bourdeaux souligne la fécondité du cadre théorique forgé par Jean Baubérot, dont la souplesse typologique (sept modèles) a servi de boîte à outil conceptuelle sur les terrains asiatiques étudiés. Peter Van der Veer propose, du haut de sa longue expérience, une approche synthétique sur la laïcité en Asie (p. 63 à 74), passant ensuite le relai à Rémy Madinier qui s’interroge : « Le Pancasila en Indonésie : une « laïcité religieuse » menacée ? » (p.75-94).

A partir du passionnant dossier du paléo-hindouisme à Bali, Michel Picard creuse ensuite la question suivante « Religion, sécularisation et contre-sécularisation à Bali » (p.95 à 118). Le cas vietnamien, ausculté par Pascal Bourdeaux, permet de mettre en lumière la fécondité heuristique d’une historicisation des modèles de laïcité, période par période (p.119 à 150). Aminah Mohammad-Arif revient ensuite sur le modèle de régulation indien, entre « originalité et limites » (p. 151 à 168), avant qu’Eddy Dufourmont ne traite de la laïcisation du Japon moderne (p.169 à 192). A front renversé, Ji Zhe s’interroge, après le dossier japonais, sur le regard porté depuis la Chine sur la laïcité française au début du XXe siècle (p. 193 à 218). Dans une contribution originale, qui a été rajoutée par rapport à l’édition de 2022 (De Gruyter) en anglais, André Laliberté se penche sur la « laïcité sinisée de Taïwan » (p.219-244), avant que Bénédicte Brac de la Perrière ne ferme le ban avec une réflexion sur la religion en tant qu’enjeu de transition politique en Birmanie, entre sécularisme autoritaire et projet de nationalisme religieux bouddhiste (p. 245-270). 

En restituant les apports de chaque chapitre, Pascal Bourdeaux souligne combien l’enjeu de la retraduction en français n’a pas été de tout repos : un « territoire circulatoire des concepts » se dessinerait ainsi, les notions se voyant traduites, retravaillées, et renvoyées en boomerang.

La mise en perspective d’Alexis

Alexis, étudiant de Pascal Bourdeaux, a ensuite pris la parole pour relancer la discussion, à partir d’une fiche de lecture réalisée sur l’ouvrage, et présentée dans le cadre du séminaire EPHE de Valentine Zuber. Il salue le « liant » apporté par la typologie des laïcités de Jean Baubérot, et pointe des pistes d’élargissement à d’autres terrains asiatiques, comme l’Iran, le Pakistan, la Corée du Sud, ce qui pourrait permettre à cet ouvrage fondamental de devenir un manuel de synthèse sur la question, pour toute l’Asie.

Alexis note aussi l’intérêt de découvrir, dans l’ouvrage, des débats et des perspectives parfois divergentes, signalant ainsi la liberté académique qui a nourrit l’ensemble du projet. André Laliberté, ainsi, ne considère pas la Chine ou le Vietnam comme laïques, alors que Jean Baubérot, au contraire, estime que ces deux terrains relèvent bien de la laïcité, mais d’une laïcité antireligieuse. 

Un copieux temps de questions a prolongé l’exposé à deux voix présenté par Pascal et Alexis. Les deux intervenants ont répondu avec détail et précision aux remarques et observations faites. L’enjeu de la circulation et de la transitivité des notions a nourri des échanges animés, tout comme la perspective d’élargir par un comparatisme Sud-Sud entre l’Asie et l’Afrique (cf. l’ouvrage collectif L’Afrique des laïcités: Etat, religion et pouvoirs au Sud du Sahara, 2014 ).

Théologie vs Cosmologie

Le point aveugle de l’approche juridique et constitutionnelle a été également évoqué, tout comme la question du monothéisme des valeurs (Max Weber). L’occasion, pour Pascal Bourdeaux, de pointer le fait que le divin n’est pas forcément un prérequis de la discussion, proposant de faire jouer la tension entre « théologie » et « cosmologie ». Passionnant !

De riches échanges, un auditoire attentif et réactif

La discussion a également relevé l’intérêt de distinguer la laïcité, dans ses diverses déclinaisons, d’autres régimes de régulation, comme la religion civile (dossier japonais), le nationalisme religieux (dossier birman), le sécularisme anti-religieux (dossier mongol communiste). Le projet de dictionnaire sur les notions, cultivé par le grand programme RELIGIS, ne manquera pas, souligne Pascal Bourdeaux, de se saisir de ces enjeux. 

Bien des pistes passionnantes à poursuivre dans le cadre d’une histoire globale et connectée marquée aujourd’hui par les effets « boomerang » de la mondialisation postcoloniale et de nouvelles dynamiques Sud-Sud.

Grand merci Pascal Bourdeaux et Alexis ! 

Programme RELIF (GSRL), compte-rendu de la réunion du 26 février 2026

Organisée ce jeudi 26 février 2026, la 20e réunion du programme « Religion et Francophonie » s’est tenue entre 14H et 16H30 dans nos locaux du Campus Condorcet (salle 5.067, bâtiment Recherche Nord). Elle s’est déroulée en mode hybride, grâce à l’aide technique d’Antoine Vermande que nous remercions.

Outre les auditeurs qui ont suivi à distance, la réunion a rassemblé sept personnes en présentiel, autour d’un beau programme.

Le tour de table habituel a permis un échange de nouvelles, avant de laisser la parole à Marc Lebranchu (GSRL), auteur de Découvrir le taoïsme, Histoire, courants, fondements et pratiques (Paris, Eyrolles, 2020). A l’aide d’une projection Powerpoint particulièrement soignée, il a traité du thème Taoïsme en francophonie. Comment une religion chinoise s’est inscrite dans le monde francophone.

Commençant par quelques considérations méthodologiques, il souligne le décalage entre « l’invention » (c’est-à-dire la découverte) en Europe du taoïsme, qui reste relativement récente -une érudition, longtemps via des lunettes confessionnelles, en déploiement progressif-, et une tradition profondément ancrée et imbriquée dans la culture chinoise depuis environ deux millénaires.

Le taoïsme entretient un certain régime de confusion avec un fonds commun de la pensée chinoise, et nécessite, pour être appréhendé en profondeur, une bonne connaissance en sinologie. Marc Lebranchu décrit avec pédagogie et finesse, non sans humour, un univers religieux complexe, décentralisé, non-missionnaire (contrairement au bouddhisme) et sans magistère, qui conjugue notamment des pratiques communautaires ascriptives, non confessionnelles, et des pratiques individuelles, personnelles, monastiques ou érémitiques. 

On poursuit par un survol extrêmement complet de l’historiographie comparée du taoïsme depuis l’époque moderne, avec des figures emblématiques comme Edouard Chavannes et Paul Pelliot, au début du XXe siècle, Henri Maspero (1883-1945), et bien d’autres. Ce processus de transmission, traduction, et de relecture plus ou moins sélective témoigne entre autres du rôle clef joué, en France, par la 5e section de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, mais aussi, plus globalement, d’une translation progressive d’un pôle francophone vers un pôle anglophone. 

Premières associations taoïstes en Europe depuis 1993

Marc Lebranchu nous décrit l’acculturation progressive, récente, différenciée, du taoïsme en Europe et dans la francophonie. Les premières associations taoïstes en Europe ? Elles datent de 1993, majoritairement à l’initiative de taoïsants occidentaux. Chemin faisant, notre orateur détaille des parcours singuliers comme celui de Karine Martin, française et première prêtresse européenne à avoir été initiée en 2016 (ce qui lui donne pleinement le titre de taoïste, réservé en principe aux initiés).

Dans la vision taoïste, on combine enseignements révélés par des divinités primordiales et des immortels, ainsi que des rituels communautaires ou individuels, pour les vivants et les morts ; des pratiques individuelles s’ajoutent également. En Occident, à l’intérieur ou à l’extérieur de la francophonie, cette grammaire religieuse est souvent revisitée comme une boîte à outil, une religion choisie, non-assignée, ultraminoritaire et en évolution constante ; on comprend aussi, au fil des explications et analyses, qu’il existe toute une gamme de rapports possibles au taoïsme, qui vont d’un consumérisme utilitariste à une formation approfondie, notamment via l’enseignement exigeant de maître à disciple.

Pour synthétiser des développements très riches et nuancés, Marc Lebranchu pointe, au fil de la démonstration, un déclin de l’influence française, européenne et catholique depuis le XVIIe siècle. On quitte un creuset européen chrétien pour des recompositions à l’échelle du monde global. La perception-représentation des traditions de culture de soi chinoises passe du biais de l’euro-centrisme à celui de l’américano-centrisme consumériste, et du biais du rationalisme laïque militant à celui du New Age psycho-mystique.  

Il fait également le constat d’un développement du taoïsme très progressif, et par capillarité : au sein de réseaux européens d’une part, via l’orientalisme, l’ésotérisme, les arts martiaux, la médecine ; au sein des Etats-Unis (notamment depuis la Californie) d’autre part, via enseignants sino-américains de Hong Kong, de Taïwan, mais aussi une vaste production éditoriale ; ces déploiements s’effectuent dans la majorité des cas sans lien direct avec la Chine ou même avec les communautés diasporiques. 

Hypothèse d’un néo-taoïsme occidental populaire

Il conclut en ouvrant sur de multiples pistes à poursuivre, en particulier sur l’hypothèse de l’invention d’un néo-taoïsme occidental populaire : une offre cognitive exotique, alternative implicite aux modèles religieux/rationnels occidentaux, donnant place à un monisme dualiste (yinyang), un naturalisme spiritualiste, offrant large espace à la nature, au féminin, au corps, avec des signifiants flottants susceptibles de toutes les projections/interprétations.

Inventée en partie par des Américains blancs et des émigrés chinois occidentalisés en quête d’identité, cette offre néo-taoïste serait centrée sur des pratiques psychocorporelles hybrides de développement personnel / Guérison.

Laozi en serait le sage fondateur, d’une sagesse immémoriale, ‘authentique’, universelle. Et on note que la connaissance/maîtrise de la langue chinoise s’avère très rare dans ces cercles « néo-taoïstes », où le niveau de diplôme, en revanche, est plutôt élevé, avec une forte sur-représentation de femmes. 

Un copieux temps de questions a prolongé l’exposé présenté (y compris à partir de l’auditoire qui suivait par écran interposé), s’interrogeant notamment sur l’histoire comparée de l’occidentalisation du bouddhisme et du taoïsme, sur la nature des rites domestiques pratiqués, ou sur les raisons du basculement de la francophonie vers l’anglophonie.

Bien des pistes passionnantes à poursuivre dans le cadre d’une histoire globale et connectée marquée aujourd’hui par les effets « boomerang » de la mondialisation postcoloniale. Grand merci Marc Lebranchu ! 

Programme RELIF (GSRL), compte-rendu de la réunion du 11 février 2026

Coorganisée avec l’axe transversal GSRL «Interactions et créativités religieuses ». que nous remercions vivement, notre 19e réunion du programme « Religion et Francophonie » s’est tenue, en ce mercredi 11 février 2026, entre 14H et 16H30 dans nos locaux du Campus Condorcet (salle 5.067, bâtiment Recherche Nord).

Le tour de table habituel a permis un échange de nouvelles, notamment pour signaler le tout prochain colloque “Piétisme et éducation”, dont le GSRL est un des organisateurs (lien), ainsi qu’un colloque sur le bouddhisme en France prévu le 26 juin 2026. Puis ce fut l’opportunité d’écouter Dr Zuzana Bártová ,senior lecturer à l’Université de Bohème du Sud (University of South Bohemia, České Budějovice), qui effectue actuellement un séjour de recherche en France dans le cadre d’Erasmus. 


Devant une salle bien remplie, complétée par un public qui a suivi en distantiel (près de 20 personnes au total), Zuzana Bártová nous a fait partager avec brio quelques éléments de recherche issus de sa thèse de doctorat (Université de Strasbourg), disponible par ailleurs en ligne en accès intégral (lien).

Le titre de son exposé : “Le style de vie bouddhiste et ses valeurs, le cas des pratiquants bouddhistes en France et en République tchèque”.

Zuzana Bártová nous présente ses recherches

Appuyée par une projection Powerpoint (merci Antoine Vermande pour le support technique), Zuzana Bártová a commencé par préciser qu’elle je travaille pas sur tous les pratiquants du bouddhisme, mais qu’elle se concentre sur le bouddhisme de convertis, c’est-à-dire des personnes dépourvues d’héritage culturel bouddhiste.

Sa perspective s’ancre sur un double terrain, en France (avec Soka Gakkai France, Bodhicarya France, association Zen international) et en République tchèque (diamond way et la soto zen CR). Elle aborde successivement, après des éléments d’introduction, des références théoriques pour aborder le religieux dans la culture de consommation, puis des éclairages méthodologiques sur ses terrains; elle poursuit en détaillant “les valeurs bouddhistes dans le religieux vécu”, terminant, dans un cinquième et dernier point, par les valeurs bouddhistes dans la culture de consommation.

Une précieuse mise en perspective bibliographique et théorique permet de parfaitement cadrer le sujet, avec des références comme McMahan (l’éthique de l’authenticité), Liogier et Cirklova (valeurs post-matérialistes), BMcKenzie 2013, Carrette et King, 2005, Mitchell, 2012 (débat autour du bouddhisme discrédité par sa commercialisation), et Gauthier et alii, 2013, 2020 (Le religieux dans la culture de consommation). S’appuyant sur une approche de “cosmopolitisme théorique” qui part du présupposé que les congruences transnationales sont plus importantes que les particularismes nationaux, elle souligne l’importance d’items comme le bonheur, le choix, l’authenticité, et une approche du religieux comme ressource identitaire et style de vie. Elle observe, entre la France et la République tchèque, des expériences similaires, montrant davantage de ressemblances que de différences.

“Une note bouddhiste commune, des timbres différents”

Ses matériaux empiriques, nourris d’une observation participante déployée entre 2010 et 2013, montrent un rapport très réflexif à la culture de la consommation, avec un accent sur l’amélioration de soi, la libération par rapport aux états émotionnels, le bien-être. « j’ai pas à me plaindre, à transformer oui, mais pas à plaindre » (Bernard, pratiquant de la Soka Gakkai, France). Elle observe “une note bouddhiste commune”, avec des “timbres différents” suivants les bouddhismes pratiqués.

Un exposé très riche qui a nourri beaucoup de questions

Zuzana Bártová met également l’accent sur une certaine valeur de non-conformité à la société ambiante.

Non-conformité valorisée

Le bouddhisme pratiqué par ces convertis permet une mise en tension entre le matérialisme consumériste dans sa rationalité instrumentale, et la spiritualité pratiquée. Le bien-être durable et une fabrique patiente du bonheur seront par exemple valorisés, par opposition au mirage d’une instantanéité prête à consommer que proposerait la société ambiante. L’individualisme et l’agressivité sont également des repoussoirs, le “style de vie” bouddhiste apparaissant comme un recours, qui n’oblige pas non plus à rompre avec son travail ou sa vie sociale.

Un riche débat a suivi l’exposé, témoignant du caractère stimulant de la recherche présentée par Zuzana Bártová. Catherine Evuort-Moïse a ouvert le ban avec une question sur la dimension collective et communautaire de la pratique observée. D’autres se sont interrogés sur les différents types de bouddhismes, y compris ceux non traités dans l’exposés, ou sur le rôle du numérique, aujourd’hui, dans une éventuelle homogénéisation d’un certain “style” bouddhiste. L’enjeu des classes sociales, ou du débat entre théorie du choix rationnel et économie morale (soulevé par Pascal Bourdeaux) n’ont pas été oubliés, ainsi que la dimension genrée de la pratique religieuse.

Grand merci à Dr Zuzana Bártová pour cette réflexion partagée !

Programme RELIF (GSRL), compte-rendu de la réunion du 25 novembre 2025 

En collaboration avec “Les débats du CESOR“, laboratoire ami que nous remercions vivement, notre 18e réunion du programme « Religion et Francophonie » s’est tenue, en ce mardi 25 novembre 2025 entre 16H et 18H00 dans nos locaux du Campus Condorcet (salle 3.001 réservée par le CESOR), en débat avec les passionnants travaux de l’historien Jérémie Foa (Maître de conférences HDR en Histoire moderne à l’Université d’Aix-Marseille).


Devant une salle comble (env. 25 personnes, sans compter la visio), il nous a présenté son dernier ouvrage, “Survivre, Une histoire des guerres de religion”, Paris, Seuil, 2024 (prix de l’essai France Culture / Arte 2025). 

Jérémie Foa nous présente “Survivre”, à l’aide d’un Powerpoint qui donne un aperçu de ses sources

Après les habituels ajustements techniques de rigueur, requis notamment en raison des exigences du distantiel (zoom) et du partage du Powerpoint présenté par Jérémie Foa, nous nous sommes passés cette fois-ci du tour de table dont nous avons l’habitude au programme RELIF, au profit d’un exposé liminaire condensé et hautement stimulant de Jérémie Foa, suivi d’une lecture croisée proposée par deux discutants, Hélène Dumas (Centre d’études sociologiques et Politiques Raymond Aron/CESOR) et Sébastien Fath (GSRL/EPHE).

L’historien et seiziémiste Jérémie Foa a ouvert la séance en rappelant les conditions d’élaboration de cette nouvelle recherche, consacrée aux enjeux de survie, au long de quatre décennies, au temps des guerres de religion.

Il explique avoir souhaité sortir d’un temps court, celui du massacre de masse, effectué par surprise, et à rebours de l’expérience passée des Huguenots (cf. son livre 2021 sur la Saint Barthélémy, “massacre entre voisins”), pour étudier des logiques sociales inscrites dans un temps plus long.

Crise sémiotique provoquée par la dérégulation de l’espace public

Que produit sur une société l’embrasement d’une guerre civile étalée sur quarante ans ? S’inspirant de Michel de Montaigne, contemporain des événements, il pointe la crise sémiotique provoquée par la guerre : chacun en vient à se méfier de tout le monde, d’autant que rien ne ressemble plus à un catholique, qu’un protestant. Et si l’on se retrouvait égorgé par un ami ?

De multiples fronts s’ouvrent, jusque dans la chambre à coucher, transformée en cœur névrotique de la guerre civile. C’est le temps de l’hyper vigilance. Les objets du quotidien, jadis univoques et familiers, deviennent potentiellement suspects, à l’image des horloges, désormais susceptibles de contenir une bombe. Cette image de l’horloge dont le sens s’opacifie, pourrait d’ailleurs servir de métaphore au dérèglement du temps et de l’espace engendré par le conflit fratricide.

Avec verve et souci pédagogique, ouvrant généreusement sa boîte à outil conceptuelle, nourrie de sociologie interactionniste (E. Goffman), de sémiotique, de Bourdieu etc., Jérémie Foa illustre son résumé par quelques sources d’époque fort bien choisies (images et textes) qui redonnent une épaisseur et une quotidienneté à un conflit qui n’a pas seulement mobilisé le Politique, ni la Religion et l’Eschatologie, mais a imprégné l’habitus et les moindres détails de la vie ordinaire des Françaises et Français au temps tumultueux des “troubles de religion”.

La venue de Jérémie Foa (Université Aix/Marseille) a fait salle comble !

Quatre angles d’analyse, qui constituent autant de parties du livre, sont rappelés par l’auteur .

La guerre civile alimente d’abord un doute sur les personnes. Qui vive ? Il s’agit de s’identifier, et de répondre au guet (équivalent du check-point aujourd’hui) dans un espace social instable, changeant, où une ville peut devenir catholique, puis protestante. Une demande de mise en conformité est requise, qui suppose un apprentissage du mensonge et de la dissimulation, pour rester en vie.

La guerre de religion nourrit ensuite un doute sur les espaces. Dans un contexte de dérégulation politique et spatiale, il s’agit de réapprendre à lire la distance, le lieu, la ville. Non sans peur (fantasmatique) du marquage, qui suscite une abondante paralittérature et des légendes urbaines -comme celle du marquage des portes lors de la Saint Barthélémy, qui n’a jamais eu lieu-.

Un doute sur les objets du quotidien s’invite aussi dans la durée. Tout ce qui est creux ne peut-il pas cacher une bombe ? L’inquiétude se porte désormais sur les objets, instruments, meubles les plus triviaux.

Enfin, la guerre fratricide engendre aussi un doute sur la langue (thème de la 4e et dernière partie du livre), entre création d’une « novlangue des troubles », invention de néologismes, et neutralisation/appauvrissement des énoncés, pour passer inaperçu.

En fin de compte, l’époque analysée par l’historien Jérémie Foa débouche sur la fabrique d’une femme et d’un homme post-guerre civile qui a appris à dissimuler, contrôler ses émotions : ce n’est pas la figure du brutal et du sanguin qui s’impose, mais celle du sang froid et de la maîtrise, non sans des effets de modernité, par la neutralisation progressive de l’espace public, mis à distance des factions religieuses.

Discussions après l’exposé : pistes comparatistes

Hélène Dumas (CNRS), spécialiste du génocide des Tutsi au Rwanda, a ensuite engagé en profondeur la discussion avec l’auteur, depuis Kigai (Rwanda), où elle intervenait en visioconférence. Elle a d’abord pointé l’effet de miroir entre les massacres et troubles religieux de la seconde moitié du XVIe siècle, en France, et le contexte du génocide rwandais.

Elle a ensuite souligné l’importance d’une élaboration très fine du savoir sur ces enjeux, dans une granulométrie qui parviennent à faire ressortir l’apparente  banalité des « massacres entre voisins ». 

Sébastien Fath (CNRS) a de son côté pointé les passerelles avec la micro-histoire (Ginzburg), l’histoire des émotions (Barbara Rosenwein), et l’anthropologie historique de la coexistence confessionnelle (Kaplan, Luria, Caroll etc.), et ouvert vers des pistes comparatistes avec l’espace sahélien contemporain, marqué depuis plus de trois décennies par des phénomènes de guerre civile qui interrogent les usages de la langue française (#francophonie, #résilience) et les frontières confessionnelles.

Hélène Dumas comme Sébastien Fath ont lancé quelques questions, auxquelles Jérémie Foa ne s’est pas dérobé, nourrissant du même coup une envie de débattre davantage.

La séance s’est dès lors poursuivie par un riche temps de questions avec les collègues/étudiantes et étudiants présents, qui ont porté tantôt sur les outils conceptuels utilisés, tantôt sur les sources -actes notariés du XVIe siècle-, tantôt sur des pistes comparatistes -notamment avec la Syrie contemporaine, évoquée par Emma Aubin-Boltanski, directrice du CESOR-, tantôt, enfin, sur les projets de recherche de Jérémie Foa.

Ce dernier nous a notamment annoncé travailler à un ouvrage avec Hélène Dumas sur l’enjeu des massacres de masse.

Grand merci à Jérémie Foa (Université Aix/Marseille) de nous avoir rejoints depuis Marseille (où il est reparti après la séance), pour se prêter avec pertinence et bienveillance à cet exercice de discussion autour de son dernier livre, et “tout de bon” à lui pour ses prochains projets éditoriaux, que nous suivrons de près !

Programme RELIF (GSRL), compte-rendu de la réunion du 22 septembre 2025

Notre 17e réunion du programme « Religion et Francophonie » s’est tenue, en ce lundi 22 septembre 2025 entre 14H et 17H00 dans nos locaux du Campus Condorcet, à l’écoute des passionnants travaux comparatistes de Mme Paule-Estelle Adjanba (Université de Nantes), qui nous a de surcroît régalés d’un excellent diaporama Powerpoint d’accompagnement (qu’elle nous communiquera bientôt).

Si la quantité des participants n’était pas tout à fait au rendez-vous (en cause, d’autres réunions au même horaire, et un mois de septembre chargé), la qualité était bien là en revanche , avec six participants très réactifs, dont deux à distance (par visio), Philippe Portier et Anne Ruolt, qui sont tous deux intervenus lors du temps de question.

Le tour de table habituel a permis un bref échange de nouvelles, avec notamment l’annonce de la venue, le 25 novembre prochain, de l’historien Jérémie Foa, qui interviendra lors d’une séance que nous co-organisons avec le laboratoire CESOR (le mardi de 16H à 18H). Plus d’infos à suivre bientôt !

Ce fut ensuite au tour de Paule-Estelle Adjanba de prendre la parole pour un exposé didactique très fouillé, nourri des travaux déployés dans sa thèse de doctorat de l’Université de Nantes (Faculté de Droit et des Sciences Politiques), soutenue le 28 juin 2024 (lien). Elle s’appuie sur une riche enquête de terrain, alimentée de nombreux entretiens (notamment avec le Bureau des cultes, en France, et la Direction générale des cultes, en Côte d’Ivoire, mais aussi des élus locaux, des acteurs religieux et éducatifs), et éclairée à la fois par le droit, les sciences politiques, et la sociologie historique.

Un principe constitutionnel commun, décliné différemment
(Paule Estelle Adjanba, 22 septembre 2025, GSRL)

Notre invitée commence par mettre en parallèle l’acceptation sociale généralisée, en Côte d’Ivoire, autour de la participation du président Ouattara à certaines rencontres religieuses, qui contraste avec les débats vifs et les critiques acerbes qui fusent lorsque le président Macron assiste à une messe présidée par le pape François au stade vélodrome de Marseille.

Laïcité de collaboration / La¨ïcité de séparation

Constitutionnellement laïques, les deux pays, la Côte d’Ivoire et la France, partagent, en apparence, un même référentiel. Mais ils ne perçoivent pas la laïcité de la même manière. Société très peu sécularisée, imprégnée par un rapport à la religion non dissocié du reste de la réalité sociale, la Côte d’Ivoire est aussi héritière d’une histoire de collaboration coloniale entre colons français et religions. Elle interprète et applique une laïcité qui s’apparente à une laïcité de collaboration avec les religions. Ce modèle diffère à bien des égards, de la laïcité de séparation française, même si certains croisements s’opèrent, d’autant que suivant les périodes et les aides géographiques (hexagone, outre-mer), la France n’a pas une application univoque de la laïcité.

Le rôle de la chronologie (décolonisation) et du contexte local (une société profondément religieuse, composée d’au moins 60 ethnies différentes) est souligné, pour expliquer des écarts qui interrogent, en creux, les modèles de régulation des deux pays. En Côte d’Ivoire, c’est un pragmatisme qui domine, mais aussi un souci d’équidistance entre les cultes, d’arbitrage et de dialogue, sans séparation.

22 septembre 2025, Campus Condorcet (GSRL)

En France, la séparation, en principe, est de règle, même si, de facto, ce n’est pas forcément le cas. Le financement des religions, en Côte d’Ivoire, est explicité, au grand jour. Il est accepté, même s’il soulève certains enjeux en matière d’instrumentalisation et de clientélisme. Il apparaît normal de rencontrer les représentants des différentes confessions religieuses, et le mariage coutumier (largement imprégné de religion traditionnelle) reste central, au point qu’en 2019, on a supprimé les sanctions pénales jusque-là prévues lorsque le mariage coutumier passe avant le mariage civil.

Quant aux jours fériés en Côte d’Ivoire, ils sont ouverts à toutes les religions, conformément au pluralisme et à la diversité religieuse du pays. Le question de la langue française, et de l’usage du mot “laïcité”, n’a pas été éludée, avec l’enjeu, aujourd’hui, de reformuler, à partir des expressions de la population ivoirienne, cette “laïcité”. Quel mot retenir ? Et quels contenus juridiques adosser à la notion ?

Une des conclusions de Paule-Estelle Adjanba est qu’il n’existe pas encore de formalisation juridique opérante de la laïcité constitutionnelle. Cette dernière n’est pourtant pas sans effets, notamment en matière de non-discrimination, mais elle souffre d’un manque de traduction dans le droit et la jurisprudence, à partir des réalités ivoiriennes.

N’hésitant pas à esquisser des propositions programmatiques, elle ouvre des pistes pour prévenir les risques du clientélisme politico-religieux. Des enjeux d’autant plus vivaces que la société ivoirienne fut marquée, en 2010-2011, par un conflit interne à fort caractère politico-religieux, attisé par une fièvre prophétique qui a fracturé la société.

Un riche temps de questions, portant en particulier sur le contexte ivoirien (ses religions, l’enjeu sectaire, le poids discret de la franc-maçonnerie) et sur le régime de laïcité en jeu (Philippe Portier) ont conclu une séance très stimulante. Grand merci Paule Estelle Adjanba, et “tout de bon” pour la publication de cette passionnante thèse de doctorat.

Programme RELIF (GSRL), compte-rendu de la réunion du 30 juin 2025

Notre 16e réunion du programme « Religion et Francophonie » s’est tenue, malgré la canicule, en ce lundi 30 juin 2025 entre 14H et 16H30 dans nos locaux du Campus Condorcet, avec douze participants, dont deux à distance (par visio), Sylvie Toscer-Angot et Jean-Paul Willaime, qui sont tous deux intervenus lors du temps de question.

Le tour de table habituel a permis un bref échange de nouvelles, avec notamment l’annonce de la parution du colloque franco-belge sur les mutations religieuses, aux éditions de l’Université de Bruxelles (sous la dir. de Philippe Portier et de Jean-Philippe Schreiber)

Puis ce fut le temps d’écouter notre invitée, Corinne Valasik, professeure extraordinaire à l’Institut Catholique de Paris (ICP) et directrice adjointe du Groupe Sociétés Religions Laïcités (EPHE-PSL / CNRS). Appuyée sur une présentation Powerpoint, elle a traité de l’enjeu des prêtres africains en France, du catholicisme et du postcolonial.

Corinne Valasik, directrice adjointe du GSRL

Fait peu connu, près de la moitié des prêtres actifs en France aujourd’hui seraient des prêtres étrangers, dont 80% d’Africains. Corinne Valasik souligne la médiatisation récente de ce phénomène, mais aussi la difficulté à se procurer des chiffres à jour : d’un diocèse à l’autre, le traitement des données n’est pas toujours le même, et les relevés transmis à Rome ne sont pas toujours répercutés vers la Conférence des Evêques de France.

Au-delà d’une certaine incertitude sur les montants précis, une chose est sûre : la tendance à la “mission en retour”, pour une durée déterminée (généralement sept ans) est massive, et interroge les imaginaires, les pratiques, le rapport à la liturgie, au corps, voire à la pastorale, non sans engendrer incompréhensions, choc culturel, difficultés diverses (solitude, voire suicide).

En arrière plan, c’est tout le passage d’un paradigme colonial à un paradigme postcolonial qui est posé. Explicitant avec soin et pédagogie ses outils, sa méthodologie, ses hypothèses, Corinne Valasik montre en quoi une forme de libération de la parole permet d’interroger les relations Nord-Sud et les enjeux d’interculturalité, de formation et d’accueil, avec des situations très diverses d’un diocèse à l’autre. De nombreux décalages sont ressentis et exprimés par les prêtres africains : la découverte de la retraite, de la sécurité sociale, des congés payés, d’un côté, mais aussi une certaine solitude, et un statut social du prêtre moins valorisé en France qu’en Afrique. L’usage de la langue française diffère en partie, les paroissiens jugeant parfois le français parlé par ces prêtres de “livresque”.

Corinne Valasik (ICP, GSRL), réunion RELIF du 30 juin 2025

De quoi amorcer un processus de créolisation implicite du clergé catholique en France, comme le souligne à un moment l’historien Denis Pelletier, dans la discussion.

Son échantillon d’enquête est copieux et diversifié : il comprend notamment 48 prêtres venus d’Afrique, soit en Fidei Donum (le fidei donum désigne, dans l’Église catholique, les prêtres diocésains envoyés en mission dans d’autres diocèses ou pays pour répondre à des besoins pastoraux. Ce terme est issu de l’encyclique Fidei Donum (1957) de Pie XII), soit prêtres étudiants, des prêtres religieux, des frères/prêtres missionnaires, et certains revenus en Afrique Des entretiens particulièrement longs, d’une durée de 4heures, sont enregistrés puis retranscrits, anonymisés et analysés.

Outre ces données, des religieuses africaines en France, mais aussi des religieuses françaises, ont été interrogées, sans compter une vingtaine de laïcs en entretiens (formels ou informels), une quinzaine de prêtres français, dont certains anciennement africains, des vicaires, etc. Au total, un corpus très riche, qui permet tirer des pistes d’analyses très étayées.

Ces pistes constituent non seulement une contribution à l’histoire contemporaine du catholicisme français et francophone, grâce à l’agentivité de prêtres africains qui tendent un miroir au catholicisme français. Mais elles représentent aussi une contribution importante à l’histoire connectée de l’Afrique et de l’Europe, entre paradigme postcolonial (l’imaginaire de l’Africain en position dominée laisse place à la figure du prêtre qui officie devant un public blanc) et paradigme néocolonial (invisibilisation partielle des prêtres africains, enjeu de la ponction démographique sur les clergés d’Afrique, question du racisme).

Pour compléter le panorama donné à partir d’une approche muséographique, Corinne Valasik a conclu son propos par un retour d’expérience sur sa visite du Humboldt Forum de Berlin, un ancien musée colonial qui a tenté de repenser sa muséographie sous un prisme postcolonial, s’éloignant du cabinet de curiosité, sans complètement y parvenir…. L’occasion d’une comparaison avec le Musée Royal d’Afrique Centrale de Tervuren, près de Bruxelles, qui a tenté également une mue similaire.

Un riche temps de questions a ensuite permis de prolonger de nombreuses pistes soulevées par Corinne Valasik, soulignant la forte dimension programmatique de son terrain de recherche. Grand merci à Corinne Valasik !

Programme RELIF (GSRL), compte-rendu de la réunion du 25 juin 2025

Après les ajustements techniques nécessaires pour mettre en place la retransmission en distantiel (merci Antoine Vermande), notre 15e réunion du programme « Religion et Francophonie » s’est tenue comme convenu en ce mercredi 25 juin 2025 entre 10H et 12H30 dans nos locaux du Campus Condorcet, avec une dizaine de participants (dont trois à distance).

Le tour de table habituel a d’abord permis un échange de nouvelles, avec notamment l’annonce de la venue au Campus Condorcet à l’automne prochain de l’historien Jérémie FOA, invité pour présenter son livre “Survivre” (25 novembre 2025)

Puis ce fut le temps d’écouter notre invitée, Brunehaut Cros, observatrice Pharos et titulaire d’un Master d’Histoire et cultures européennes à l’Université de Tours. 

Intitulé « Venir d’ailleurs, croire d’ici », son exposé remarquablement clair et documenté s’est appuyé sur une projection Powerpoint. Il explore l’évangélisme hmong en France, en lien avec la migration des Hmong laotiens, un peuple originaire du sud de la Chine, historiquement animiste et bouddhiste. Après la guerre du Vietnam (1975), persécutés par le régime communiste Pathet Lao pour leur collaboration avec les Américains, environ 300 000 Hmong fuient, principalement via des camps en Thaïlande.

La France accueille 10 000 d’entre eux à partir de 1979. Elle leur offre un statut de réfugiés politiques. Dès les années 1950, des missionnaires protestants (suédois, puis américains de la Christian and Missionary Alliance) et catholiques, comme Yves Bertrais, initient les premières conversions au Laos. Bertrais, outre son rôle missionnaire, transcrit la langue Hmong et traduit des textes chrétiens, facilitant l’évangélisation.

“Venir d’ailleurs, croire d’ici”, l’exposé de Brunehaut Cros (GSRL)

En France, les premières communautés évangéliques Hmong émergent dans les années 1980, notamment en Indre-et-Loire dans les années 1990. Ces églises, fondées par des familles converties, se réunissent d’abord dans des foyers privés, avant de s’organiser en associations cultuelles, comme l’Association des Chrétiens Évangéliques Hmong de Tours, déclarée en 1997.

Initialement, les cultes sont en Hmong, mais le français devient prédominant avec l’intégration des jeunes générations, souvent nées en France. Des cultes bilingues émergent, et des cours de Hmong sont proposés à la demande, bien que la préservation linguistique ne soit pas prioritaire. Les églises Hmong s’intègrent aux réseaux protestants français, passant de la Fédération des Églises Chrétiennes Missionnaires Hmong (FECMIM, 2000) à l’Alliance des Églises Chrétiennes Missionnaires (AECM), affiliée au CNEF, pour gagner en visibilité et dialoguer avec les autorités. Ce processus s’inscrit dans un contexte de suspicion envers les « sectes » et de renforcement de la laïcité avec la loi sur le séparatisme de 2021.

Brunehaut Cros (Université de Tours) au GSRL, 24 juin 2025

Brunehaut Cros observe que les pratiques animistes persistent dans certaines familles chrétiennes, notamment lors de rites familiaux (mariages, enterrements) ou en cas de maladie, perçues comme un manque d’affermissement de la foi, mais tolérées sans conflit dogmatique majeur. Ces syncrétismes, plus marqués chez les catholiques hmong, s’observent lors d’événements comme le Nouvel An hmong, où des offrandes aux esprits coexistent avec des bénédictions chrétiennes.

La dénomination « ethnique » des églises, nécessaire pour préserver l’identité culturelle et faciliter les liens communautaires, est parfois stigmatisante dans le contexte universaliste français, où elle peut être vue comme un repli identitaire. Pourtant, ces églises sont ouvertes, notamment via des mariages mixtes, et jouent un rôle clé de soutien pour une diaspora confrontée à la discrimination et à l’éloignement culturel.

En 2018, moins d’un millier d’adultes fréquentent régulièrement les 23 communautés évangéliques Hmong en France, dont 7 en métropole et 3 en Guyane. Malgré une baisse des effectifs à Tours due à la mobilité des jeunes, ces églises incarnent une mosaïque religieuse, et mêlent héritage Hmong et intégration française. Elles enrichissent le paysage spirituel national tout en naviguant entre défis démographiques, culturels et institutionnels.

Des questions nourries, qui témoignent de la grande richesse de l’exposé passionnant présenté par Brunehaut Cros, ont conclu la séance. Avec des pistes à creuser, notamment autour de l’héritage colonial, des circulations transatlantiques, du rôle d’internet, du faible poids du charismatisme au sein des Eglises Hmong, des usages de la langue française, et de la spécificité d’un peuple (semi-nomade à l’origine) sans Etat, que l’on pourrait comparer en partie aux Tziganes.

Programme RELIF (GSRL), compte-rendu de la réunion du 2 avril 2025

Après les ajustements techniques nécessaires pour mettre en place la retransmission en distantiel (merci Antoine Vermande), notre 14e réunion du programme « Religion et Francophonie » s’est tenue comme convenu en ce mercredi 2 avril 2025 entre 14H et 17H. Le tour de table habituel a d’abord permis un échange de nouvelles, avec notamment cette annonce, détaillée par Pascal Bourdeaux, du lancement d’un grand programme de recherche, soutenu par le Ministère des Affaires Étrangères, qui porte sur la traduction de textes en SHS français/vietnamien. 

Puis ce fut le temps d’écouter notre invité, avec un exposé particulièrement fouillé et stimulant proposé par Fernand Idriss Mintoogue, docteur en anthropologie sociale de l’EPHE-PSL, « jeune docteur » de l’IMAF (Institut des Mondes Africains). 

 Appuyé sur une projection Powerpoint et de nombreuses références bibliographiques, Fernand Idriss Mintoogue a traité du sujet suivant : « soigner la crise en postcolonie, retour sur l’actualité du protestantisme et son rôle dans la reconfiguration de l’espace religieux au Cameroun ». L’exposé commence par une présentation de la méthodologie, basée sur une collecte de sources locale, l’observation participante et l’observation passive, au fil d’un terrain camerounais, principalement à Yaoundé, qui recouvre, au total, une période de treize mois. L’occasion d’une ample collecte d’informations qui ont permis, ensuite, de développer une analyse approfondie des recompositions postcoloniales du protestantisme et du champ des offres religieuses au Cameroun, objet d’une thèse de doctorat EPHE-PSL, soutenue, en décembre dernier (2024), sous la direction de la directrice d’études Agnieszka Kedzierska Manzon. 

Huit personnes ont assisté en présentiel à l’exposé de Fernand Idriss Mintoogue, sans compter le suivi en distantiel

1990 : libéralisation du champ des offres religieuses au Cameroun

Fernand Idriss Mintoogue a structuré sa présentation en trois points. Il commence par mettre en perspective historique la christianisation du Cameroun, au travers des aléas de la colonisation puis de l’indépendance (proclamée au 1er janvier 1960), en pointant l’importance, côté protestant, des baptistes implantés depuis la Jamaïque en 1846 (Baptist Missionary Society), et, côté catholique, des pallotins (arrivés plus tard, à partir de 1890). Il souligne ensuite, et surtout, l’impact considérable des recompositions protestantes sous l’effet du pentecôtisme, dont une première vague, discrète, s’affirme dans les années 1960, puis une seconde vague, nettement plus importante, depuis les années 1980. 

Avec la libéralisation du champ religieux opérée au Cameroun en 1990, sous l’effet de l’octroi d’une large liberté d’association, c’est « un verrou qui saute ». Une troisième vague se dessine alors, amorcée par le père Soffo (ce qui veut dire « ami de Dieu », en langue bamileke), qui se présente comme prophète ; la vague néocharismatique ou néoprophétique s’amplifie et explose à partir des années 2000. Cette dernière, appuyée sur les médias numériques et les réseaux sociaux, s’est engagée dans une surenchère la « bataille de charisme », dans un combat d’influence où se joue le nombre de fidèles, mais aussi l’influence politique, sociale, et l’impact territorial. 

Surplus sacrés

Cette bataille de charisme, qui renvoie à une définition mise au point par Fernand Idriss Mintoogue, s’appuie aussi sur la commercialisation de multiples objets sacrés transitionnels, supposés communiquer une grâce ou des bienfaits matériels. Mouchoirs, sable, eau, huile bénite, châles, etc. peuvent être réemployé à ces fins, illustrant ce que Fernand Idriss Mintoogue appelle, à la suite du chercheur sud-africain Asondeh Ukah (2020), le « surplus sacré ».

Dans l’économie du salut de ces entreprises religieuses compétitives, le recours aux objets médiateurs peut offrir un avantage comparatif sur le concurrent, dans une course à l’influence qui recompose, chaque année un peu plus, le paysage chrétien, sur la base d’une tendance à l’uniformisation des pratiques : quelle que soit l’étiquette confessionnelle, les Églises adoptent de plus en plus ouvertement les codes, pratiques, stratégies de ces nouvelles Églises « pentecôtistes », « charismatiques », « néocharismatiques ». Une pentecôtisation du christianisme camerounais ? Une homogénéisation postcoloniale des pratiques, sur la base d’une spiritualité utilitaire ? Le terrain des enfants n’est pas oublié : l’encadrement de plus en plus « agressif » et précoce des enfants, dans certaines Églises néocharismatiques, dénote une volonté de façonner, préempter, la prochaine génération d’adultes. 

Dans un second temps de son exposé, Fernand Idriss Mintoogue détaille également la tension conflictuelle qui se déploie, depuis plus d’un quart de siècles, entre les offres néoprotestantes, en forte croissance, comme la Cathédrale de la Foi de Dieunedort Kandem, et le catholicisme, qui bénéficie toujours d’un statut dominant et d’une proximité sans égal avec le pouvoir en place. 

Bataille de charisme et surplus sacré

Cette tension complexe s’inscrit dans des circulations interconfessionnelles, des hybridations, et une temporalité qui voit les positionnements évoluer. Ainsi, après deux vagues de fermeture d’Églises de Réveil (dont 200 fermées par la police depuis ce début d’année 2025), les acteurs néocharismatiques se font beaucoup plus discrets dans leur critique des autorités en place. 

Popularité de la spiritualité thérapeutique des cellules de prière

Enfin, Fernand Idriss Mintoogue parachève sa présentation avec les résultats de son observation d’une cellule de prière presbytérienne (fondée en 2012). Il montre à quel point ces cellules contrebalancent l’offre cultuelle classique (office du dimanche). Autant le culte dominical relève de l’enseignement, de la transmission des Écritures, autant ces cellules fonctionnent sur un autre régime, celui d’une offre thérapeutique tous azimuts, avec prescriptions spirituelles, carnet de santé dédié, pratiques de piété et de jeûne destinées à guérir de 1000 et 1 maux. Très suivies, ces cellules se retrouvent aujourd’hui dans toutes les confessions chrétiennes du Cameroun, quelle que soit l’étiquette, et répondent aux besoins concrets des fidèles, dans un contexte social, économique, politique, marqué par la précarité, l’insécurité, la souffrance et la peur du lendemain. 

Quel rapport à la langue, française, vernaculaire ? Cette question, et beaucoup d’autres, a été posée lors du temps de débat qui a suivi l’exposé présenté. Repérable notamment à travers l’hymnologie, la progression du recours aux langues vernaculaires n’empêche pas l’usage dominant du français, mais selon un régime gradué : un prédicateur peut très bien passer du français (comme langue d’enseignement) à la langue locale (pour traiter d’un fait divers connu par la population, par exemple). Des questions posées aussi sur la comparaison avec le bouddhisme (dans le rapport à l’argent, à l’évergétisme), la répartition genrée des fidèles (75% de femmes, 25% d’hommes dans les cellules de prière), les circulations religieuses Sud-Sud avec l’Asie, le contraste entre milieu rural et grandes villes, ont permis d’apprendre encore davantage, grâce aux réponses très précises apportées par l’orateur, que nous remercions vivement ! 

Programme RELIF (GSRL), compte-rendu de la réunion du 20 mars 2025

En collaboration avec le séminaire GSRL « Religion et violence », le programme « Religion et francophonie » (GSRL) a eu le plaisir et l’honneur d’accueillir en ce 20 mars 2025 dans nos locaux du Campus Condorcet, de 14H à 16H30, le politologue Marc-Antoine Pérouse de Montclos.

Directeur de recherche à l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD) et membre du Centre Population et Developpement (CEPED, UMR 196), il est venu présenter son dernier livre et nous présenter son itinéraire et sa méthodologie.

 

L’assistance  fut de neuf personnes en présentiel, auxquelles s’ajoutent neuf autres participantes et participants en distantiel, grâce au système de visioconférence installé par Antoine Vermande (que nous remercions). Marc-Antoine Pérouse de Montclos s’est appuyé sur une projection Powerpoint (avec des cartes de grande qualité) pour traiter le sujet suivant : « Les ‘violences religieuses’ en Afrique sahélienne et subsaharienne, regard comparatiste et mise en contexte ».

En tant que politiste, spécialiste des conflits armés en Afrique, il explique être venu au fait religieux comme une évidence, que ce soit en Afrique du Sud, au Kenya ou au Nigeria. Doté d’une exceptionnelle connaissance du terrain, il raconte avec verve ses échanges et découvertes, notamment au Kenya, avec la prophétesse acholie Alice Lakwena, à la tête de la rébellion du Mouvement du Saint-Esprit dressée contre Museweni (Ouganda). Ce mouvement mystique et guerrier fut finalement réprimé, non sans engendrer, en partie, la Lord Resistance Army de Joseph Kony (LRA).

Trilogie sur le phénomène du Jihad en Afrique

Depuis lors, Marc-Antoine Pérouse de Montclos n’a cessé de croiser religion, géopolitique et conflits régionaux. Il est notamment auteur d’une « trilogie » de référence consacrée au jihadisme : d’abord L’Afrique, nouvelle frontière du djihad ? (La Découverte, 2018), Une guerre perdue, la France au Sahel (JC Lattès, 2020), et Un Djihad sans foi ni loi, ou la guerre contre le terrorisme à l’épreuve des réalités africaines (PUF, 2022).

Mais c’est avant tout de son dernier livre, Prophètes en armes, des ‘violences religieuses’ en Afrique (Maisonneuve et Larose, 2024), que l’orateur est venu nous parler. Déroulant les points principaux de sa démonstration, il conjugue la finesse d’analyse et attention constante portée aux causalités multifactorielles, intégrant dans l’équation, loin des conclusions simplistes, les particularismes régionaux, culturels, linguistiques et sociaux, ainsi que les conflits de génération.

Il commence par interroger la notion de “violence religieuse”, qui peut, mal utilisée, essentialiser un phénomène en faisant fi des facteurs multiples qui conduisent à un soulèvement ou une lutte armée. Il fait ensuite un pas de côté par rapport aux trois théories qui minimisent ou écartent l’influence religieuse (l’approche marxiste qui interprète la religion comme une construction politique, l’approche théologique qui matraque l’équivalence fallacieuse religion=paix, l’approche sociologique qui peut tendre à réduire le Jihad aux motivations prosaïques et profanes). Et il rappelle l’ambivalence de la notion d’hérésie : dans le champ étudié, l’hérésie est un objet géopolitique, pas seulement théologique. Celui qu’on veut délégitimer… est hérétique. Les procédures de répudiation mutuelle sont nombreuses.

Agentivité des acteurs et approche multifactorielle

En s’appuyant sur de superbes cartes, il contextualise ensuite les motivations des djihadistes, soulignant les nombreux héritages historiques (le Jihad est une réalité prégnante au XIXe siècle dans certaines régions de l’Afrique), et l’agentivité des acteurs -loin des caricatures sur la manipulation-, à partir de multiples exemples éclairants (qu’on consultera avec profit dans l’ouvrage). Le rôle équivoque des armées nationales sahéliennes, qui, statistiquement, tendent à tuer davantage que les groupes armés, ou l’héritage de l’histoire et des contraintes géographiques, est ausculté.

Marc-Antoine Pérouse de Montclos termine en revenant sur trois études de cas très éclairantes : la Lord Resistance Army de Joseph Kony (aux confins de l’Ouganda, du Soudan du Sud et de la République Centrafricaine), les Mungiki, gangs kényans issus de la communauté Kikuyu, et le groupe islamiste de Maitatsine, qui agite la région de Kano, au Nigéria, jusqu’aux années 1980. Il montre que les positionnements changent, avec des va-et-vient qui peuvent même faire parfois basculer les groupes armés d’un référentiel religieux à un autre.

Il souligne aussi, contrairement à une idée reçue, que le passage à la clandestinité et à l’action violente est souvent accompagné d’une certaine sécularisation interne : quand les groupes ont au départ pignon sur rue, ce sont les religieux qui sont au coeur des flux et attirent des adeptes. Avec la clandestinité, ce sont les militaires, les hommes en arme qui donnent désormais le ton, non sans certains effets de sécularisation.

Un riche débat a suivi la présentation, avec notamment des questions sur l’importance du facteur linguistique (jusqu’où y-a-t-il rejet des langues coloniales, part du vernaculaire, etc.), le rôle des marges du religieux et la place du millénarisme, ou la part du facteur ethnique, très variable selon les contextes.

Contraint par le format, ce résumé ne permet pas de rendre compte de l’extrême richesse de l’exposé, mais c’est une raison de plus pour ne pas se priver de découvrir le dernier ouvrage de l’auteur, disponible dans toutes les bonnes librairies.

Merci Marc-Antoine Pérouse de Montclos !

Programme RELIF (GSRL), compte-rendu de la réunion du 12 décembre 2024

Il y a des réunions qu’on organise longtemps à l’avance, dans le cadre d’un planning rigide ; d’autres qu’on prévoit à la dernière minute, en raison d’une opportunité à ne pas rater.

C’est dans ce dernier cadre qu’a été invité le professeur Filip Kraus (Olomouc, Palacky University, Prague, Faculty of Arts, dpt of Asian Studies). C’est peu de dire que personne ne fut déçu de l’occasion, tant la présentation passionnante de Filip Kraus a captivé l’assistance du programme GSRL “Religion et Francophonie”.

L’exposé présenté n’a pas comporté de lien direct avec la thématique spécifiquement francophone. En revanche, le volet de notre programme consacré aux dynamiques diasporiques a été abondamment traité au fil d’un exposé intitulé (en anglais) : History of Religious Freedom, Catholic Politics, and Diasporic Religious Groups in the Czech Republic (Histoire de la liberté religieuse, de la politique catholique, et des groupes religieux diasporiques dans la République thèque).

Dr Filip Kraus, GSRL, Campus Condorcet (France), 12 décembre 2024

Notre collègue tchèque a déployé son analyse, à partir d’une projection Powerpoint de grande qualité (émaillé de sources et caricatures d’époque), sur la base d’un long rappel historique qui a permis de saisir à quel point le processus de pluralisation religieuse, en République Tchèque, n’a pas été linéaire. Filip Kraus a minutieusement retracé l’histoire de ce processus, à partir des guerres hussites. La guerre de Trente ans, qui aurait décimé les 2/3 de la population (!) a laissé des marques durables.

La résolution de ce conflit de nature religieuse a été obtenu avec la paix de Westphalie (1648), qui marque la victoire du parti catholique. Depuis lors, le catholicisme a été, en quelque sorte, le maître du jeu religieux, jusqu’à une période communiste marquée par discrimination et même persécution violente, en dépit d’une relation en apparence apaisée avec le pouvoir.

Démographie catholique en République tchèque

La révolution de velours, en 1989, a ensuite marqué un tournant décisif, avec des effets sécularisants qui se sont poursuivis. Filip Kraus rappelle aussi que la société tchèque reste peu ouverte, en particulier à l’égard des religions non chrétiennes, mais aussi du pentecôtisme, peu représenté (quelques milliers d’adeptes).

Les communautés juives, très importantes à l’époque de l’Empire austro-hongrois, ont été confrontées à l’exclusion. Après 1945, la défiance religieuse à l’égard des minorités a évolué vers une forme de xénophobie culturelle, les Tchèques, majoritairement athées, manifestant souvent de forts sentiments anti-islamiques. Il est intéressant de noter que cette attitude ne s’étend pas aux religions comme le bouddhisme, l’hindouisme ou les religions plus animistes. Essentiellement, la société tchèque a des préjugés sur certaines religions tout en en tolérant d’autres.

Cette présentation nous a offert un passionnant aperçu du paysage religieux pluriel de la République tchèque, sur fond d’une sécularisation massive, ouvrant sur de nombreuses questions sur les liens avec la diaspora vietnamienne, chinoise notamment. 90.000 Chinois vivraient aujourd’hui en République tchèque. Le lien entre diaspora, religion et économie n’a pas été occulté.

Des questions se sont aussi posées sur la tension entre politique identitaire, patrimonielle, de la religion (Colonne Marian reconstruite le 15 août 2020 sur la Grand Place de Prague, éminent symbole catholique ; cimetière juif de Prague…) et politique d’influence, y compris via un “soft power” possiblement activé à partir des réseaux transnationaux (pagodes, mosquées, circulations évangéliques).

Merci Filip Kraus !